La comédienne française Anna Mouglalis fait sensation en défendant la grève du sexe, un choix militant visant à dénoncer le patriarcat. L’actrice, connue pour ses rôles théâtraux, notamment dans l’adaptation de l’essai La Chair est triste d’Ovidie, soulève un débat important autour du féminisme et des droits des femmes dans une société hétéro-patriarcale.
La grève du sexe, un geste militant et historique
La grève du sexe, ou refus volontaire des relations sexuelles avec les hommes, est une pratique féministe qui a traversé les siècles. Popularisée par des figures contemporaines du mouvement #MeToo comme Alyssa Milano et Bette Midler, elle vise à dénoncer l’inégalité et la marchandisation du corps féminin.
Pour Anna Mouglalis, la démarche est claire : arrêter d’avoir des relations sexuelles avec des hommes pour mettre en lumière le patriarcat et les inégalités dans les rapports hommes-femmes. Dans un entretien largement relayé sur France Inter, elle explique son positionnement avec calme et précision, soulignant la portée politique de ce geste.
Pourquoi la démarche d’Anna Mouglalis choque-t-elle ?
Les réactions ont été vives, certains internautes interprétant cette initiative comme un acte de misandrie. D’autres ont opté pour le body shaming, critiquant son apparence et sa voix pour détourner l’attention du message politique.
Pourtant, cette pratique n’est pas récente et s’inscrit dans une tradition féministe millénaire :
| Période | Référence | Objectif |
|---|---|---|
| Antiquité | Lysistrata d’Aristophane | Les femmes refusent les relations sexuelles pour mettre fin à la guerre entre Athènes et Sparte et revendiquer un rôle politique |
| 19ème siècle | Grève des ventres (anarchistes et féministes) | Réduire la natalité et dénoncer l’envoi des enfants à la guerre ou à l’usine |
| 21ème siècle | Anna Mouglalis, Alyssa Milano, Bette Midler | Militantisme féministe contemporain pour dénoncer le patriarcat et l’inégalité dans les rapports hommes-femmes |
Les racines historiques de la grève du sexe
Le concept de grève du sexe remonte à l’Antiquité. Dans Lysistrata d’Aristophane, les femmes se réunissent à l’Acropole pour interrompre les relations sexuelles avec leurs époux et ainsi forcer les hommes à mettre fin à la guerre. Geneviève Fraisse, philosophe et directrice de recherche au CNRS, explique que ce geste constitue déjà une affirmation politique : les citoyennes revendiquaient un droit à ne pas être gouvernées par des hommes sans leur consentement.
Cette démarche montre qu’il s’agit moins d’une opposition aux hommes en tant que tels que d’une lutte pour l’égalité et la justice sociale. La grève du sexe devient ainsi un outil politique et social.
Le féminisme moderne et la grève du sexe
Dans un contexte contemporain, Anna Mouglalis rejoint les réflexions d’Ovidie et de nombreuses militantes féministes. La grève du sexe est interprétée comme un acte de réappropriation du corps féminin, loin de la simple cessation d’un acte sexuel :
- Refuser un rapport sexuel subi ou non désiré
- Mettre fin à la marchandisation du corps féminin
- Réaffirmer son autonomie face aux attentes sociales et aux pressions sexuelles
Ovidie résume la démarche en expliquant que la grève du sexe va au-delà de la simple abstinence : elle concerne la manière dont les femmes vivent leur corps et leur sexualité dans une société patriarcale.
Un acte politique et féministe
La grève du sexe n’est pas uniquement un geste personnel : elle s’inscrit dans un cadre politique. Elle dénonce l’inégalité structurelle et la dissymétrie de plaisir entre hommes et femmes. Comme le souligne Ovidie, dans un monde égalitaire, les femmes pourraient avoir des relations sexuelles pour elles-mêmes, sans être contraintes par les attentes ou le désir masculin.
Pénélope Bagieu, autrice de bandes dessinées féministes, souligne que cette initiative bouscule les normes et interpelle les hommes sur leur rôle dans les rapports sociaux et sexuels :
"Les commentaires montrent à quel point elle balance un pavé dans la mare en disant ça. Certains sont blessés à l’idée que plaire aux hommes ne soit pas la finalité absolue pour une femme."
Les impacts contemporains de la grève du sexe
De nos jours, la grève du sexe se matérialise à travers plusieurs formes d’action et de sensibilisation :
- Articles et tribunes dans les médias (ex. L’Obs, Terrafemina)
- Prises de parole publiques par des actrices et militantes
- Campagnes sur les réseaux sociaux
Ces initiatives permettent de mettre en lumière les inégalités structurelles et de promouvoir une réflexion sur les droits reproductifs, le plaisir et l’égalité entre les sexes.
La démarche d’Anna Mouglalis s’inscrit dans une tradition féministe historique et contemporaine. La grève du sexe n’est pas une attaque contre les hommes, mais un moyen de dénoncer le patriarcat et de promouvoir l’égalité. Ce geste symbolique rappelle que les luttes féministes continuent d’évoluer et que les femmes restent actrices de leur corps et de leurs choix.
La grève du sexe est ainsi un outil puissant pour questionner les rapports de pouvoir, affirmer l’autonomie féminine et réinterroger les normes sociales. En choisissant de rendre cette démarche publique, Anna Mouglalis relance un débat essentiel sur la place des femmes dans la société et sur la manière dont elles vivent leur sexualité.
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