À seulement 29 ans, Benjamin Voisin s’impose comme l’une des figures les plus singulières du cinéma français. Révélé par Été 85, l’acteur enchaîne les rôles complexes et contrastés, de Illusions perdues à Un vrai bonhomme, en passant par En roue libre. Prochainement, il incarnera Johnny Hallyday dans le biopic consacré au taulier, succédant à Raphaël Quenard.
Dans un entretien accordé au magazine Trois couleurs, Voisin se confie sur sa démarche artistique, sa vision de la masculinité et sa sensibilité aux inégalités sociales. Entre radicalité et profondeur, l’acteur trace un parcours à contre-courant des standards habituels.
Un goût prononcé pour les rôles contrastés
Benjamin Voisin explique que son choix de personnages s’inscrit dans une volonté de créer du contraste. « Si le personnage est fort, je vais rajouter de la faiblesse. S’il est doué, je vais rajouter de l’échec. S’il est beau, je vais rajouter de la mocheté », confie-t-il. Cette approche ne découle pas d’un vécu personnel douloureux : « Non, mes parents m’ont éduqué avec une belle poésie, une certaine élégance envers les femmes, un respect de l’autre ».
Pour l’acteur, la complexité des personnages permet d’explorer des dimensions humaines universelles. « Ce qui m’amuse, c’est de détruire ce qu’on pense être un homme fort. On réinterroge tout dans notre société et personnellement, j’adore ça. Plus c’est le chaos, moins on comprend ce qui se passe, plus j’aime », affirme-t-il.
Une conscience sociale affirmée
Au-delà de sa démarche artistique, Benjamin Voisin manifeste une sensibilité particulière aux déséquilibres sociaux et aux discriminations. « Il faudrait être aveugle pour ne pas s’apercevoir qu’il existe un privilège chez les hommes ou chez les personnes blanches », souligne-t-il. Selon lui, nier ces inégalités serait du déni : « Affirmer que tout le monde a les mêmes cartes dans son jeu, que les droits entre les hommes et les femmes sont à égalité serait du déni ».
L’acteur estime que la reconnaissance de ces disparités est indispensable pour construire un chemin vers plus d’égalité. Cette conscience sociale imprègne ses choix artistiques et son approche des rôles, même si ses personnages restent distincts de sa personnalité.
Des personnages éloignés de lui-même
Interrogé sur le lien entre ses rôles et sa propre personnalité, Voisin précise : « Tous les rôles que j’incarne sont aux antipodes de ce que je suis au quotidien. » Même lorsqu’un personnage présente des traits familiers, comme dans Un vrai bonhomme, l’acteur garde une distance avec sa propre identité : « Je n’ai joué aucun rôle qui ressemble à la personne que je suis quand je suis seul dans ma chambre. Il faut vraiment du temps pour jouer un rôle qui nous ressemble ».
Cette distance volontaire est liée à sa recherche d’authenticité et de densité. « Seule l’expérience me donnera l’opportunité d’être totalement moi-même dans mes rôles. Me voir tel que je suis à l’écran ne m’intéresse pas pour l’instant, ça serait trop brouillon. Il faut une vraie densité, acquérir de l’âge et surtout avoir vécu le plateau », explique-t-il.
Le chaos comme moteur créatif
Pour Benjamin Voisin, le chaos n’est pas une finalité mais un outil de création. Il favorise les situations ambiguës, les personnages en tension et les récits qui bousculent le spectateur. Cette approche, loin du sensationnalisme, contribue à son identité artistique singulière et à sa reconnaissance croissante dans le cinéma français.
En incarnant Johnny Hallyday dans le prochain biopic, Voisin s’attaque à une figure emblématique de la culture populaire française, démontrant sa capacité à mêler complexité psychologique et fidélité historique. Le choix du casting souligne l’exigence des réalisateurs qui, selon lui, « choisissent les acteurs, pas l’inverse ».
Une trajectoire singulière dans le cinéma français
Depuis ses débuts, Benjamin Voisin a su éviter les stéréotypes du jeune premier. Ses rôles naviguent entre ambiguïté, fragilité et force apparente, construisant une filmographie riche et contrastée. Cette trajectoire s’inscrit dans une logique de long terme, où l’expérience et le vécu sur plateau façonnent une carrière d’acteur pleinement assumée.
À 29 ans, il continue de démontrer que l’exigence, la conscience sociale et la capacité à embrasser le chaos peuvent constituer un socle solide pour un jeu d’acteur à la fois radical et profondément humain.