Björk appelle à l’indépendance du Groenland face aux pressions de Trump

Björk appelle à l’indépendance du Groenland face aux pressions de Trump

Auteur : Julien Baudry

Date : 07 janvier 2026 à 15:30

Par une prise de position publique rare et fortement symbolique, la chanteuse islandaise Björk appelle les Groenlandais à revendiquer leur indépendance. Dans un message publié sur ses réseaux sociaux début janvier, l’artiste de renommée internationale dénonce à la fois l’héritage colonial danois et les pressions renouvelées de Donald Trump, qui a réaffirmé son intérêt stratégique pour l’île arctique. Une intervention artistique qui résonne comme un acte politique, au cœur d’un débat géopolitique sensible mêlant souveraineté, mémoire coloniale et enjeux internationaux contemporains.

 

Une prise de parole engagée, ancrée dans une histoire personnelle et régionale

 

« Chers Groenlandais, déclarez votre indépendance. » La formule, directe et sans ambiguïté, ouvre un long message publié par Björk sur ses réseaux sociaux. L’artiste islandaise, connue pour son engagement contre le néocolonialisme et les formes contemporaines de domination culturelle et politique, s’adresse cette fois explicitement au peuple groenlandais.

Cette prise de position ne relève pas du simple soutien symbolique. Elle s’inscrit dans une continuité historique et personnelle. L’Islande, pays natal de Björk, a elle-même été placée sous domination danoise pendant plusieurs siècles avant d’accéder à son autonomie en 1918, puis à l’indépendance totale en 1944. Une trajectoire que l’artiste évoque pour rappeler que l’émancipation politique des peuples nordiques n’est ni abstraite ni théorique.

Dans son message, Björk affirme que le Danemark a longtemps considéré les Groenlandais comme des « humains de seconde zone », une expression lourde de sens qui renvoie à des politiques publiques aujourd’hui largement documentées et contestées.

 

Le rappel de pratiques coloniales controversées au Groenland

 

Pour étayer son propos, Björk évoque plusieurs épisodes sombres de l’histoire récente du Groenland sous administration danoise. Parmi eux, la campagne de contraception forcée menée dans les années 1960, destinée à limiter la croissance démographique de la population inuite. Longtemps passée sous silence, cette politique fait aujourd’hui l’objet d’enquêtes officielles et de demandes de reconnaissance institutionnelle.

L’artiste mentionne également les « tests de compétence parentale » imposés à des familles inuites, un dispositif jugé discriminatoire qui a conduit, pendant des décennies, au retrait d’enfants de leur foyer pour être placés dans des familles danoises. Ces pratiques, dénoncées par des ONG et des institutions internationales, ont été officiellement arrêtées en mai 2025.

« Le colonialisme m’a donné à plusieurs reprises des frissons d’horreur dans le dos », écrit Björk, soulignant le caractère traumatique et durable de ces politiques sur les populations concernées.

 

Donald Trump et le retour d’une pression américaine assumée

 

La publication de Björk intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Début janvier, Donald Trump a réaffirmé publiquement son intérêt pour le Groenland, allant jusqu’à évoquer une possible annexion. Une position qui n’est pas nouvelle : dès son premier mandat, l’ancien président américain avait suscité une vague d’indignation internationale en suggérant l’achat de l’île.

Si ces déclarations avaient alors été perçues comme provocatrices, leur réitération récente, dans un climat international instable, leur confère une portée différente. Le Groenland est aujourd’hui convoité pour plusieurs raisons stratégiques :

  • ses importantes ressources minières, notamment en terres rares ;
  • sa position géographique clé dans l’Arctique ;
  • son rôle croissant dans les équilibres militaires et climatiques mondiaux.

« L’idée que mes compatriotes groenlandais puissent passer d’un colonisateur cruel à un autre est trop brutale pour être envisagée », avertit Björk, exprimant la crainte d’un transfert de dépendance plutôt qu’une réelle émancipation.

 

Le Groenland, territoire autonome mais dépendant

 

Plus grande île du monde, le Groenland est une ancienne colonie danoise devenue territoire autonome en 1953. Depuis l’instauration du statut d’autonomie renforcée en 2009, les autorités groenlandaises disposent de compétences élargies, notamment en matière de ressources naturelles et de politique intérieure.

Pour autant, le territoire reste largement dépendant du Danemark, qui conserve la maîtrise de la défense, de la politique étrangère et d’une partie substantielle des finances publiques. Une dépendance structurelle qui alimente le débat sur l’indépendance, sans toutefois faire l’objet d’un consensus politique clair.

Contrairement aux îles Féroé — autre entité autonome du Royaume du Danemark — qui ont organisé en 2018 un référendum sur une Constitution incluant le droit à l’autodétermination, le Groenland n’a jamais soumis la question de l’indépendance à un vote populaire formel.

 

Une opinion publique prudente mais opposée à une annexion américaine

 

Si l’indépendance demeure un sujet sensible et complexe, l’opinion publique groenlandaise s’est montrée très claire sur un point : le rejet d’une intégration aux États-Unis. Selon un sondage publié en janvier 2025 par le quotidien groenlandais Sermitsiaq, 85 % des habitants se déclaraient opposés à une future appartenance aux États-Unis. Seuls 6 % y étaient favorables.

Ces chiffres traduisent une volonté majoritaire de préserver l’identité, la culture et l’autonomie politique du territoire, dans un contexte où les enjeux économiques et environnementaux sont de plus en plus prégnants.

 

La réaction ferme de Copenhague et l’ombre de l’OTAN

 

Face aux déclarations de Donald Trump, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a rapidement réagi. Dans un communiqué officiel, elle a rappelé que le Royaume du Danemark — incluant le Groenland et les îles Féroé — est membre de l’OTAN et bénéficie à ce titre des garanties de sécurité collective de l’Alliance.

Le Danemark demeure par ailleurs un allié stratégique historique des États-Unis, notamment sur le plan militaire, une relation qui complexifie encore davantage la gestion diplomatique du dossier groenlandais.

 

Björk, une voix artistique devenue politique

 

Ce n’est pas la première fois que Björk utilise sa notoriété pour soutenir des causes liées à l’autodétermination. En 2008, elle avait déjà interprété le titre Declare Independence en faveur de l’indépendance des îles Féroé, suscitant alors des réactions contrastées mais un large écho médiatique.

À 60 ans, l’artiste continue d’assumer un rôle de conscience critique, refusant la neutralité lorsqu’elle estime que les droits humains et la dignité des peuples sont en jeu. Sa prise de parole sur le Groenland, bien que symbolique, s’inscrit dans une tradition où la culture devient un levier d’interpellation politique.

 

Un débat appelé à s’intensifier

 

Entre aspirations à l’autodétermination, dépendance économique persistante et convoitises internationales, le Groenland se trouve à la croisée de chemins historiques. L’intervention de Björk ne tranche pas le débat, mais elle contribue à le remettre au centre de l’espace public international.

Dans un Arctique de plus en plus stratégique, où les lignes de fracture géopolitiques se redessinent rapidement, la question groenlandaise dépasse désormais largement le cadre nordique. Elle interroge, plus fondamentalement, la capacité des peuples à choisir librement leur avenir dans un monde de puissances rivales.

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