Figure emblématique du divertissement français, juré incontournable de Danse avec les stars, Chris Marques a longtemps incarné l’énergie, la rigueur et la passion du mouvement. Derrière cette image publique, unanimement associée à la performance et à la vitalité, se cache pourtant une trajectoire personnelle marquée par une longue errance médicale, des diagnostics brutaux et des préjugés lourds de conséquences. Pendant près de dix ans, le chorégraphe a vécu avec une souffrance invisible, physique et psychologique, avant que la fibromyalgie ne soit enfin identifiée comme la cause réelle de ses symptômes.
Un témoignage rare et profondément humain, livré en 2024 dans l’émission Dans les yeux d’Olivier, qui éclaire à la fois le parcours d’un artiste et les failles persistantes de la prise en charge des maladies chroniques dites « invisibles ».
Une fatigue inexpliquée aux débuts d’une carrière prometteuse
À la fin de son adolescence, alors qu’il n’a que 19 ans, Chris Marques quitte la France pour s’installer à Londres. Il y poursuit une carrière de danseur professionnel exigeante, rythmée par les répétitions, les compétitions et les tournées. C’est à cette période charnière que les premiers signaux d’alerte apparaissent.
Une fatigue écrasante, disproportionnée par rapport à l’effort fourni, s’installe progressivement. À cela s’ajoutent des épisodes de fièvre récurrents, des douleurs diffuses et une incapacité croissante à récupérer. Pour un jeune artiste dont le corps constitue l’outil de travail principal, ces symptômes sont non seulement inquiétants, mais profondément déstabilisants.
Commence alors une succession de consultations médicales, d’examens et de bilans, sans qu’aucune explication claire ne soit apportée. Pendant près de deux ans, les symptômes persistent, s’aggravent parfois, tandis que les réponses tardent à venir.
Des diagnostics successifs, parfois contradictoires, souvent traumatisants
L’errance médicale atteint un premier point de rupture lorsqu’un praticien évoque un diagnostic particulièrement lourd : le syndrome de Hodgkin, une forme de cancer du système lymphatique. L’annonce est brutale, d’autant plus qu’elle survient sans certitude absolue. Deux jours plus tard, des analyses complémentaires viennent finalement infirmer cette hypothèse.
Ce revirement n’apporte toutefois aucun soulagement durable. Il laisse au contraire place à un sentiment de confusion, de perte de repères et de défiance envers un système incapable de nommer la souffrance vécue.
Mais l’épisode le plus marquant reste celui d’un diagnostic prononcé sans fondement clinique solide, reposant davantage sur des stéréotypes que sur la science médicale. Interrogé sur son métier, Chris Marques explique être danseur professionnel. La réponse du médecin tombe alors, lapidaire : « Vous êtes danseur ? Je pense savoir ce que vous avez : c’est le sida. »
Aucun examen approfondi, aucune précaution de langage, aucune empathie. Une phrase qui, selon les propres mots du chorégraphe, restera « gravée » dans sa mémoire.
Quand les préjugés médicaux aggravent la souffrance psychologique
Au-delà de l’erreur diagnostique, cet épisode illustre une réalité plus large : l’impact délétère des préjugés dans la relation soignant-soigné. En associant arbitrairement une profession artistique à une pathologie grave, le praticien projette des stéréotypes liés à l’orientation sexuelle supposée et aux modes de vie, sans aucun fondement scientifique.
Pour un jeune homme déjà fragilisé par des symptômes invalidants et l’incertitude, cette annonce agit comme un choc psychologique. Elle installe la peur, la honte et un sentiment d’injustice, venant s’ajouter à la douleur physique.
Chris Marques décrira plus tard combien ces mots ont pesé durablement sur son rapport à la médecine, mais aussi sur sa confiance en lui et en son avenir professionnel.
Dix années de douleurs invisibles avant un diagnostic enfin posé
Les années passent. Chris Marques poursuit sa carrière, coûte que coûte. Il danse, chorégraphie, enseigne, tout en composant avec une fatigue chronique et des douleurs persistantes qu’il apprend à dissimuler. Comme de nombreux patients atteints de maladies chroniques non reconnues, il s’habitue à minimiser ses symptômes, à s’adapter, à « faire avec ».
Ce n’est qu’après près d’une décennie qu’un médecin met enfin un nom sur son état : la fibromyalgie. Une pathologie chronique caractérisée par des douleurs musculaires et articulaires diffuses, une fatigue intense, des troubles du sommeil et des difficultés cognitives.
Longtemps controversée, parfois remise en question, la fibromyalgie demeure aujourd’hui encore mal comprise et insuffisamment reconnue, malgré son inscription dans les classifications internationales.
La fibromyalgie, une maladie chronique encore largement incomprise
Le diagnostic de fibromyalgie marque un tournant décisif. Non parce qu’il apporte une solution miracle, mais parce qu’il valide enfin une réalité vécue. Mettre un mot sur la souffrance permet de sortir de la culpabilité et du doute, deux fardeaux fréquemment portés par les patients atteints de maladies invisibles.
La fibromyalgie touche des millions de personnes dans le monde, majoritairement des femmes, mais aussi des hommes, souvent confrontés à une double peine : la douleur physique et l’incrédulité sociale. L’absence de marqueurs biologiques clairs rend le diagnostic complexe et expose les patients à des années d’errance médicale, comme ce fut le cas pour Chris Marques.
Son témoignage contribue à rendre visible cette pathologie et à rappeler l’importance d’une écoute attentive et dénuée de jugements dans le parcours de soins.
Une rencontre déterminante et une approche thérapeutique alternative
Alors qu’il travaille comme chorégraphe dans la version britannique de Danse avec les stars, Chris Marques fait une rencontre décisive. Il échange avec un ancien champion de rugby dont l’épouse souffre de la même pathologie. Ce dialogue ouvre une nouvelle perspective.
Après avoir consacré des sommes considérables à des traitements classiques sans résultats probants, le couple s’oriente vers une approche alternative. Celle-ci repose sur un protocole combinant auto-hypnose, ostéopathie et techniques d’appropriation corporelle, visant à mieux comprendre et apprivoiser les mécanismes de la douleur.
Sans jamais présenter cette méthode comme une solution universelle, Chris Marques souligne son impact personnel : « Ce traitement a littéralement changé ma vie. » Une amélioration notable de la qualité de vie, qui lui permet de retrouver une forme d’équilibre.
Un témoignage qui dépasse le cadre du divertissement
En acceptant de livrer publiquement ce récit intime, Chris Marques ne se contente pas de raconter une épreuve personnelle. Il met en lumière des enjeux de santé publique majeurs : la reconnaissance des maladies chroniques, la formation des professionnels de santé, la lutte contre les préjugés et la nécessité d’une médecine plus humaine.
Son parcours résonne avec celui de milliers de patients confrontés à l’invisibilité de leur souffrance. Il rappelle que derrière chaque symptôme inexpliqué se trouve une personne, une histoire, une vie en suspens.
À travers ce témoignage, le juré de Danse avec les stars contribue à faire évoluer les regards, bien au-delà du parquet de danse.
Une parole rare, précieuse et nécessaire
Dans un paysage médiatique souvent dominé par la performance et l’apparence, la prise de parole de Chris Marques se distingue par sa sobriété et sa sincérité. Elle invite à repenser notre rapport à la maladie, à la différence et à la vulnérabilité.
Sans pathos ni sensationnalisme, son récit s’inscrit dans une démarche de sensibilisation et de transmission. Une parole d’autant plus précieuse qu’elle émane d’une personnalité publique, consciente de l’impact de son témoignage.
Un rappel essentiel : l’énergie visible n’exclut pas la douleur invisible.