Crise au Kennedy Center après son changement de nom sous Trump

Crise au Kennedy Center après son changement de nom sous Trump

Auteur : Julien Baudry

Date : 30 décembre 2025 à 21:09

Washington, décembre. Le Kennedy Center, institution culturelle emblématique de la capitale américaine, traverse l’une des crises les plus sensibles de son histoire récente. Rebaptisé mi-décembre « Trump-Kennedy Center » à l’initiative de son conseil d’administration désormais dominé par des proches du président républicain, le prestigieux complexe fait face à une vague d’annulations d’artistes, à des polémiques politiques ouvertes et à une chute des ventes de billets, selon plusieurs médias américains.

Ce mouvement de retrait, inédit par son ampleur et sa symbolique, révèle les tensions croissantes entre pouvoir politique et monde culturel aux États-Unis, dans un contexte de polarisation extrême. Il pose également la question de l’indépendance artistique d’une institution historiquement conçue comme un espace de rassemblement national, au-delà des clivages idéologiques.

 

Une institution culturelle prise dans la tourmente politique

 

 

Fondé en 1971 et baptisé en hommage au président John F. Kennedy, le Kennedy Center for the Performing Arts s’est imposé pendant plus de cinquante ans comme un pilier du rayonnement culturel américain. Théâtre, musique classique, jazz, danse contemporaine et créations expérimentales y cohabitaient sous un principe fondamental : l’autonomie artistique, garantie par un équilibre institutionnel soigneusement préservé.

Ce consensus s’est rompu mi-décembre, lorsque le conseil d’administration a validé le changement de nom de l’établissement, désormais associé explicitement à Donald Trump. Une décision immédiatement perçue par de nombreux artistes et observateurs comme une appropriation politique d’un lieu symboliquement neutre.

La famille Kennedy a publiquement dénoncé ce choix, tout comme plusieurs figures du Parti démocrate, y voyant une rupture avec l’héritage historique et moral de l’institution. Dans le milieu culturel, l’inquiétude s’est rapidement transformée en action.

 

Des artistes se retirent pour des raisons de principe

 

 

Parmi les premières annulations figure celle de The Cookers, formation majeure de la scène jazz contemporaine, qui devait se produire le 31 décembre. Dans un communiqué collectif, les musiciens ont justifié leur décision par une position profondément ancrée dans l’histoire même de leur art.

« Le jazz est né de la lutte et d’une obstination sans relâche pour la liberté : liberté de pensée, liberté d’expression », écrivent-ils. « Nous ne tournons pas le dos à notre public, mais nous souhaitons revenir lorsque la salle pourra à nouveau célébrer pleinement la musique et tous ceux qui la composent. »

La compagnie Doug Varone and Dancers, attendue à Washington en avril 2026, a également annoncé son retrait. Dans un message publié sur Instagram, elle estime ne plus pouvoir, « ni moralement ni symboliquement », inviter son public à fréquenter une institution qu’elle juge désormais politisée.

D’autres artistes, dont plusieurs musiciens programmés pour les représentations de fin d’année, ont discrètement suivi le même chemin, préférant renoncer à leurs engagements plutôt que d’apparaître associés à une orientation qu’ils contestent.

 

La direction dénonce un “boycott militant”

 

 

Face à ces annulations, la nouvelle direction du Kennedy Center a adopté une ligne de confrontation assumée. Richard Grenell, président de l’institution et proche allié de Donald Trump, a vivement réagi sur le réseau social X.

« Les artistes qui annulent aujourd’hui leurs spectacles avaient été engagés par la précédente direction d’extrême gauche », a-t-il affirmé, qualifiant ces décisions de « militantes ». « Les arts sont pour tout le monde, et la gauche en est furieuse », a-t-il ajouté, dénonçant un « boycott idéologique ».

La tension est montée d’un cran lorsque Richard Grenell a menacé le musicien Chuck Redd de poursuites judiciaires, exigeant une compensation financière d’un million de dollars pour rupture de contrat. La lettre, rendue publique par plusieurs médias américains, a suscité une vive controverse dans le secteur culturel, où elle est perçue comme un signal dissuasif adressé aux artistes tentés de se retirer.

 

Suppression des drag shows et événements LGBT+, un tournant assumé

 

 

Au-delà du changement de nom, la nouvelle direction a engagé une refonte rapide de la programmation, marquant une rupture nette avec les orientations précédentes. Les drag shows et les événements célébrant la communauté LGBT+ ont été supprimés, au nom d’une ligne éditoriale jugée plus conforme aux valeurs conservatrices défendues par le nouveau conseil.

Parallèlement, le Kennedy Center a accueilli des conférences issues de la droite religieuse et programmé des artistes chrétiens, un repositionnement assumé par la direction comme un rééquilibrage culturel. Pour ses détracteurs, il s’agit au contraire d’une instrumentalisation idéologique d’un espace public financé en partie par des fonds fédéraux.

Cette reconfiguration a renforcé le malaise d’une partie du monde artistique, pour qui le Kennedy Center incarnait jusqu’ici un lieu de pluralisme et de dialogue.

 

Un impact mesurable sur la fréquentation et l’image

 

 

Selon plusieurs médias américains, les conséquences économiques de cette crise commencent à se faire sentir. Les ventes de billets seraient en baisse depuis l’installation du nouveau conseil d’administration, un indicateur suivi de près par les observateurs culturels et les mécènes privés.

Si aucune donnée officielle consolidée n’a encore été publiée, plusieurs professionnels du secteur évoquent une défiance croissante du public traditionnel du Kennedy Center, historiquement urbain, éduqué et sensible aux questions de diversité et d’inclusion.

À plus long terme, la question de l’attractivité internationale de l’institution se pose également. Le Kennedy Center jouait un rôle clé dans la diplomatie culturelle américaine, accueillant régulièrement des artistes étrangers et des coproductions internationales.

 

Une bataille symbolique au cœur de la culture américaine

 

 

Au-delà des annulations ponctuelles, la crise du Kennedy Center s’inscrit dans un affrontement plus large sur la place de la culture dans la société américaine. Pour ses défenseurs, la nouvelle orientation représente une reconquête face à ce qu’ils décrivent comme une domination idéologique progressiste du monde artistique.

Pour ses opposants, elle constitue une remise en cause fondamentale de la liberté de création et de l’indépendance des institutions culturelles vis-à-vis du pouvoir politique.

Dans ce contexte, chaque annulation, chaque prise de parole et chaque choix de programmation dépasse largement le cadre artistique. Le Kennedy Center devient ainsi un terrain de confrontation symbolique, où se cristallisent les fractures politiques, sociales et culturelles des États-Unis contemporains.

 

Un avenir incertain pour une institution historique

 

 

À court terme, la direction affirme vouloir maintenir le cap et attirer de nouveaux publics. Mais la défiance d’une partie des artistes majeurs et la pression médiatique pourraient peser durablement sur l’avenir de l’institution.

Le Kennedy Center, conçu comme un hommage à l’unité nationale et à la puissance rassembleuse des arts, se retrouve aujourd’hui au centre d’un débat qui dépasse largement ses murs. Reste à savoir si cette transformation marquera une parenthèse controversée ou un tournant durable dans l’histoire culturelle américaine.

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