À 75 ans, alors qu’il tourne "Une nuit", Daniel Auteuil livre dans une interview au Le Monde (août 2025) l’un des souvenirs les plus marquants de son enfance : cette sentence brutale et répétée par ses parents choristes : « Dany, paye tes impôts ». Une règle d’or née de la précarité, qui est devenue son bouclier contre l’ivresse du succès.
Une enfance bercée par les coulisses et la galère
Daniel Auteuil est né en 1950 à Alger, mais c’est en Avignon, au cœur des théâtres de province et des tournées d’opérette, qu’il a grandi. Ses parents, Henri Auteuil et Yvonne Castellan, étaient tous deux choristes et petits rôles dans des opérettes. Six mois par an, ils sillonnaient la France dans des fourgons bringuebalants, dormant dans des hôtels miteux, vivant de cachets aléatoires. Les six autres mois, la réalité les rattrapait durement : sa mère devenait vendeuse chez Prisunic à Avignon, son père enchaînait les chantiers comme maçon ou peintre en bâtiment. L’enfant qu’était Daniel ne voyait que les rires. « Tous les soirs, en partant au travail, ils riaient, et en rentrant, ils riaient aussi », confie-t-il aujourd’hui. Il n’a jamais manqué de rien : les fins de mois difficiles étaient masquées par l’amour et l’humour familial. Mais ses parents, eux, savaient. Ils connaissaient la précarité du métier d’artiste, les cachets non payés, les directeurs de théâtre qui disparaissaient dans la nature, les huissiers qui débarquaient.
« Ils avaient peur que je crève de faim et que je finisse dans la merde »
C’est dans ce contexte qu’est née la phrase légendaire : « Dany, paye tes impôts ». Ses parents ne craignaient pas qu’il devienne riche et célèbre. Ce qui les terrifiait, c’était l’inverse : que leur fils unique connaisse la misère noire qu’ils avaient eux-mêmes frôlée tant de fois. « Ils n’avaient pas peur de ma réussite, mais de mon échec », explique l’acteur. « Ils voyaient trop de collègues finir ruinés, endettés jusqu’au cou, ou obligés de quitter le métier à 50 ans sans rien. » Cette phrase n’était pas une simple recommandation fiscale. C’était une philosophie de vie : reste humble, ne te crois jamais arrivé, protège-toi, ne fais jamais confiance à la gloire. Une forme d’éducation anticrise en pleine époque des Trente Glorieuses où tout le monde rêvait de succès rapide.
Quand la gloire arrive… l’angoisse reste
Quand, à partir des années 1980, Daniel Auteuil explose avec Jean de Florette, Manon des sources, puis une César du meilleur acteur en 1987, ses parents sont à la fois fiers et morts d’inquiétude. Sa mère le gronde au téléphone après chaque interview où il semble un peu trop sûr de lui : « Ne fais pas le malin, Dany ! » Et toujours, la même ritournelle : « Paye tes impôts ! » L’acteur avoue aujourd’hui que cette phrase l’a sauvé. « J’ai toujours ce sentiment que tout peut s’arrêter demain. Je n’ai pas de contrat sur dix ans comme les chanteurs d’opéra. Je vis au jour le jour, et c’est tant mieux. »
La popularité oui, la postérité non, la philosophie Auteuil
À la question de la postérité, Daniel Auteuil répond avec une franchise désarmante : « La postérité, je n’en ai rien à faire. Je ne peux rien en faire ! » En revanche, la popularité, il l’accepte et même l’apprécie : « Elle est utile. Elle me permet de choisir mes rôles, de travailler avec qui je veux, de dire non. C’est un outil, pas une fin en soi. » Cette distinction est rare dans le milieu du cinéma français, où beaucoup se rêvent immortels. Lui assume pleinement sa condition d’artisan du spectacle : il travaille, il gagne bien sa vie, mais il sait que rien n’est jamais acquis.
Les 5 leçons de vie que Daniel Auteuil doit à ses parents
| Leçon | Explication |
|---|---|
| 1. Paye toujours tes impôts | Ne jamais se croire au-dessus des lois ou de la réalité financière, même en cas de gros succès. |
| 2. Reste humble | La gloire est passagère ; l’arrogance peut tout faire perdre. |
| 3. Ne fais pas ce métier si tu veux la sécurité | Mais si tu le fais, assume la précarité jusqu’au bout. |
| 4. Rie, même quand c’est dur | L’humour familial a été le vrai luxe de son enfance. |
| 5. La popularité est un outil, pas un but | Elle sert à travailler mieux, pas à se pavaner. |
Pourquoi cette phrase résonne autant en 2025
À l’heure où de nombreux artistes et influenceurs font la une pour fraudes fiscales ou train de vie délirant, la simplicité de cette maxime « Paye tes impôts » prend une saveur particulière. Daniel Auteuil, avec ses 75 ans, ses 9 César (record partagé avec Isabelle Adjani), incarne une forme de sagesse populaire dans un milieu souvent déconnecté. Il n’a jamais fait parler de lui pour des excès, des villas à Dubaï ou des montres à un million. Il vit bien, voyage, mais reste cet enfant d’Avignon qui sait que tout peut basculer. Aujourd’hui, quand Daniel Auteuil tourne sous la direction d’Alexandre Arcady ou prépare son prochain one-man-show musical, il emporte toujours avec lui cette petite phrase de ses parents. Elle l’a protégé de l’orgueil.
Elle l’a protégé de la ruine.
Et surtout, elle lui a permis de rester libre. Parce qu’un artiste qui paie ses impôts, qui ne doit rien à personne, qui n’a pas peur du lendemain… celui-là est vraiment riche.
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