Le mardi 25 novembre, le monde du spectacle algérien et français a perdu une de ses étoiles les plus brillantes : Biyouna, de son vrai nom Baya Bouzar, s’est éteinte à l’âge de 73 ans à Alger, des suites d’un cancer du poumon. Figure majeure du cinéma, de la télévision et de la chanson, elle laisse derrière elle une carrière riche et inspirante.
Un parcours artistique exemplaire
Née en 1952 dans la capitale algérienne, Biyouna grandit dans un environnement où la musique et le théâtre sont des refuges d’expression. Dès son plus jeune âge, elle montre un talent naturel pour le chant et la danse, se produisant dans les cabarets d’Alger. Sa prestance sur scène et sa voix ensorcelante attirent bientôt l’attention de professionnels du spectacle.
En 1973, le réalisateur Mustapha Badie remarque cette artiste hors pair et lui offre le rôle de Fatma dans le feuilleton télévisé La Grande Maison. Ce premier rôle important à l’écran marque le début d’une trajectoire cinématographique qui va durer plus de quatre décennies.
Une carrière cinématographique entre l’Algérie et la France
Biyouna a navigué avec succès entre le cinéma algérien et français, enchaînant les rôles forts et les performances mémorables. Dans son pays natal, elle apparaît dans des films comme Leïla et les autres (1978) ou La Voisine (2000), où elle incarne des personnages en prise avec des réalités sociales intenses.
Paradoxalement, son rayonnement s’élargit en France, où elle attire l’attention de réalisateurs qui apprécient son charisme, son humour, et sa sensibilité. Elle tourne dans des films populaires et cultes, et devient une figure incontournable du septième art franco-algérien.
Les films marquants de sa filmographie
Voici un aperçu des films phares dans lesquels Biyouna a marqué le grand écran :
| Année | Film | Rôle / Observations |
|---|---|---|
| 1978 | Leïla et les autres | Actrice principale dans un film algérien parlant des femmes |
| 2000 | La Voisine | Un de ses rôles phares dans le cinéma algérien |
| 2004 | Viva Laldjerie | Aux côtés de Lubna Azabal, sur des sujets tabous en Algérie |
| 2010 | Il reste du jambon ? | Comédie française d'Anne Depétrini |
| 2011 | Beur sur la ville | Humour et regard social sur la banlieue |
| 2014 | Les Trois Frères : Le Retour | Rôle majeur dans cette comédie populaire |
| 2018 | Neuilly sa mère, sa mère ! | Film très médiatisé, elle y joue un rôle remarqué |
| 2018 | Le Flic de Belleville | Aux côtés d’Omar Sy |
| 2018 | Les Déguns | Comédie signée Cyrille Droux & Claude Zidi Jr. |
Présence à la télévision et au cabaret
En plus du cinéma, Biyouna a cultivé sa polyvalence par des apparitions remarquées à la télévision et sur scène. Elle a joué dans la série française Les Bracelets rouges (2020) diffusée sur TF1, apportant son émotion et son charisme à un univers dramatique. Du côté algérien, son dernier rôle vedette à l’écran était dans la série Dar Lefchouch, où elle incarnait une psychologue avec beaucoup de finesse.
Mais avant d’être actrice, elle a d’abord été chanteuse et danseuse de cabaret. Sa voix, son charisme et son sens du spectacle ont fait d’elle une personnalité très aimée du public. Elle a transformé les planches des cabarets en scènes magnétiques qui l’ont propulsée vers le succès.
Un rôle de pionnière culturelle
Biyouna représentait bien plus qu’une actrice ; elle était un pont entre deux cultures. Sa carrière illustrait la richesse du dialogue franco-algérien. À travers ses personnages au cinéma, sa musique et ses performances scéniques, elle a porté la voix d’une génération, montrant qu’on pouvait être profondément ancrée dans son héritage tout en participant pleinement à la culture française.
Son charisme, sa capacité à mêler humour, gravité et sincérité ont inspiré de nombreux jeunes artistes, notamment en Algérie, qui voyaient en elle une figure d’émancipation et de liberté. Elle a ouvert la voie à davantage de diversité à l’écran et à la scène.
Le combat contre la maladie
Biyouna combattait un cancer du poumon depuis plusieurs années. D’après les témoignages de ses proches, elle était hospitalisée à Alger depuis plusieurs semaines avant de succomber le 25 novembre. Son combat, discret mais courageux, a touché ceux qui la connaissaient et ceux qui l’admiraient.
Cette longue lutte contre la maladie n’a pourtant jamais freiné son dynamisme artistique. Malgré les épreuves, elle continuait d’exprimer sa passion, de partager sa sensibilité et de transmettre son énergie aux autres.
Réactions et hommage
L’annonce de son décès a provoqué une vague d’émotion en Algérie comme en France. Les médias, les acteurs du cinéma et du spectacle ainsi que ses fans ont salué la disparue comme une véritable icône. Des hommages spontanés ont afflué sur les réseaux sociaux, rappelant son talent, sa générosité et sa contribution durable aux arts.
Dans ses interviews, elle apparaissait souvent sincère, attachée à ses racines et consciente de son rôle symbolique. Son départ laisse un vide, non seulement dans le monde du spectacle, mais aussi dans le cœur de ceux qu’elle a touchés par son art.
L’héritage de Biyouna
Biyouna laisse un héritage culturel et artistique exceptionnel. Elle a montré qu’une figure publique peut être authentique, engagée et populaire à la fois. Son parcours est un témoignage vivant de la vitalité du cinéma algérien et de son dialogue permanent avec la France.
Sa musique continue de résonner, ses films sont toujours projetés, et son influence reste palpable parmi les jeunes générations d’artistes. Son nom demeurera comme une étoile qui a su briller intensément, rappeler l’importance des identités plurielles et incarner la liberté de créer.
Pourquoi son départ résonne si profondément
Plus qu’une actrice ou une chanteuse, Biyouna incarnait la traversée de deux mondes : la tradition algérienne et l’ouverture à la modernité. Son art était à la fois populaire et exigeant, son humour fin et sa sensibilité profonde. Elle représentait un modèle d’émancipation féminine et culturelle.
Son décès résonne aussi comme un rappel tragique : la perte d’un monument, d’une personne qui a incarné un pont entre des publics, des générations et des histoires. En même temps, son exemple revigore l’idée qu’une vie dédiée à la création laisse des traces indélébiles.
La disparition de Biyouna marque la fin d’une ère, celle d’une artiste libre, vibrante, engagée et profondément humaine. Mais son aura ne s’éteindra jamais tant que ses chansons, ses films et sa voix perdureront.
À travers son œuvre, elle continue d’inspirer : les jeunes comédien·ne·s, les chœurs de la mémoire collective, et toutes celles et ceux qui voient en elle la représentation d’une passion vivace. Son nom restera inscrit parmi les grandes figures de la culture franco-algérienne.
Repose en paix, Biyouna : ton art et ton cœur ont touché des millions de vies.
Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article !