Disponible dès ce lundi sur france.tv et le 3 novembre sur France 2, Des vivants de Jean-Xavier de Lestrade plonge au cœur du traumatisme des rescapés du 13 novembre 2015. Une fiction choral, quasi-documentaire, qui ose montrer l’indicible – et suscite déjà la controverse.
Une plongée immédiate dans la sidération du 13-Novembre
Il fait nuit. Il fait noir. Sébastien, interprété avec intensité par Félix Moati, court dans les rues de Paris, le visage ensanglanté, le torse nu, l’air perdu. Il grimpe sur une poubelle, hurle un prénom : « Jeff ! ». Autour de lui, le chaos : gyrophares, sirènes, pompiers débordés, corps allongés sur le bitume, couvertures de survie dorées, gémissements, pleurs, visages hagards. Marie, incarnée par Alix Poisson, avance comme un fantôme parmi les survivants. Yeux grands ouverts mais vides. Elle demande un téléphone. Croise un homme qui appelle désespérément « Bruno ». Frôle deux femmes qui s’enlacent, miraculées. D’autres sortent encore du Bataclan, tremblants, en état de choc, envoyant un simple SMS : « Je suis vivant ». Dès les premières minutes, Des vivants impose une immersion brutale. Des images que nous avons tous vues en boucle à la télévision, mais ici, recréées avec une violence crue, presque insoutenable. Le réalisme est tel que certains rescapés ont exprimé leur malaise face à ces scènes.
Des vivants, quand la fiction se fait documentaire
Créée par Jean-Xavier de Lestrade – réalisateur oscarisé pour Un coupable idéal (2002) et auteur des séries acclamées Sambre et Laetitia –, Des vivants est une série en huit épisodes qui suit sept des onze otages retenus dans un couloir exigu du premier étage du Bataclan pendant deux heures vingt. Surnommés les « potages » (contraction de « potes » et « otages »), ces survivants sont devenus amis avec le temps. Leur lien ? Avoir frôlé la mort ensemble, puis avoir tenté, ensemble, de survivre à la vie d’après. Jean-Xavier de Lestrade a recueilli des heures de témoignages : - Des sept rescapés - De leurs conjoints - De la psychologue de la police - Du commandant de la BRI Son objectif ? « Filmer au plus près du réel » la reconstruction psychologique, les cauchemars récurrents, la paranoïa, les relations brisées, la culpabilité d’être en vie.
Des vivants n’est pas une reconstitution froide des faits. C’est un récit humain, choral, qui explore comment on vit quand on a survécu à l’horreur.
Un casting puissant au service d’une vérité brute
La série repose sur un casting d’exception :
| Acteur | Personnage | Rôle clé |
|---|---|---|
| Félix Moati | Sébastien | Rescapé en quête de son ami Jeff, hanté par la culpabilité |
| Alix Poisson | Marie | Femme en état de sidération, errant parmi les survivants |
| Benjamin Lavernhe | David | Otage devenu misanthrope, en rupture avec sa famille |
| Antoine Reinartz | Julien | Rescapé obsédé par les images de l’attentat |
| Megan Northam | Claire | Jeune femme qui tente d’oublier via le travail |
Chaque personnage incarne une facette du traumatisme post-attentat : - L’obsession des images - Le repli sur soi - La reconstruction par le lien - La rencontre avec les sauveteurs - La thérapie ou le déni
La vie d’après, entre reconstruction et cauchemars
Des vivants ne se contente pas de montrer l’attentat. Elle explore surtout ce qui vient après. Certains personnages : - Regardent en boucle les vidéos de l’attaque - Retournent sur les lieux du Bataclan - Conservent des fragments de cette nuit (vêtements, tickets, etc.) - Traquent les moindres détails sur les forums de victimes D’autres fuient : - Se cachent sous la couette - Évitent les relations - Se jettent dans le travail comme « échappatoire » - Refusent la psychothérapie Mais tous, à un moment, se retrouvent. Ils chantent Get Lucky ensemble. Ils pleurent. Ils rient. Ils se souviennent. Ils se soutiennent. > « On n’oublie pas. On apprend à vivre avec. » – Un rescapé
Les flashbacks choc, nécessaire ou voyeuriste ?
La série inclut des flashbacks tournés dans le vrai Bataclan. On y voit les otages blottis les uns contre les autres, tête rentrée dans les genoux, terrifiés. Les terroristes, eux, sont floutés, vus de dos, jamais en pleine lumière. Ces séquences, bien que puissantes, ont suscité la colère d’Arthur Dénouveaux, président de Life for Paris. Il dénonce : - Un « brouillage entre fiction et réalité » - Une exploitation émotionnelle du trauma - Une reconstitution non validée par toutes les victimes Jean-Xavier de Lestrade se défend : > « Ces scènes ne sont pas là pour choquer. Elles sont là pour dire la vérité de ce que ces gens ont vécu. »
La question reste ouverte : faut-il montrer l’horreur pour la comprendre ? Ou la taire pour la respecter ?
Pourquoi Des vivants marque une étape dans la fiction post-attentat
| Critères | Des vivants | Autres fictions sur le 13/11 |
|---|---|---|
| Réalisme | ★★★★★ | ★★★☆☆ |
| Témoignages réels | Oui (7 rescapés + entourage) | Rarement |
| Flashbacks dans le Bataclan | Oui (tournage sur place) | Non |
| Focus sur la reconstruction | ★★★★★ | ★★☆☆☆ |
| Polémique | Oui (Life for Paris) | Non |
Des vivants n’est pas une série comme les autres. Elle est : - Un hommage aux 130 victimes et aux 400 blessés - Un miroir de nos failles collectives - Un cri de résilience Oui, Des vivants est dure. Oui, elle dérange. Oui, elle divise. Mais elle est aussi nécessaire. Elle dit ce que les mots ne peuvent pas. Elle montre ce que les images d’archive n’ont jamais osé. Elle donne une voix à ceux qui n’en ont plus. Disponible dès maintenant sur france.tv et le 3 novembre sur France 2, cette série n’est pas un divertissement. C’est un acte de mémoire. Et peut-être, un pas vers la guérison.
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