Quatre ans après le double homicide d’Allauch, les filles de Karine Teboul, nièces de Magali Berdah, sortent du silence. Dans l’émission Enquêtes Criminelles, diffusée le 7 janvier 2026 sur W9, elles racontent pour la première fois, face caméra, la découverte du corps de leur mère et de son compagnon. Un témoignage rare, précis et glaçant, qui ravive un dossier judiciaire toujours sans issue définitive.
Leur parole intervient dans un contexte judiciaire complexe, marqué par des expertises psychiatriques contradictoires et l’éventualité d’une absence de procès pénal. À travers ces récits, c’est toute la violence du drame et l’attente interminable de la justice qui ressurgissent.
Une nuit d’octobre 2021 qui bouleverse une famille entière
Dans la nuit du 9 au 10 octobre 2021, les secours sont appelés dans une résidence calme d’Allauch, dans les Bouches-du-Rhône. À l’intérieur d’un appartement, deux corps sont découverts. Karine Teboul, 49 ans, et son compagnon Frédéric R., 54 ans, ont été tués avec une extrême violence.
Très rapidement, l’enquête révèle un crime d’une brutalité rare. Les constatations médico-légales font état de multiples coups portés, dans un contexte de grande confusion. Le quartier, habituellement paisible, est plongé dans la stupeur.
L’affaire prend immédiatement une dimension nationale en raison d’un lien familial : Karine Teboul est la sœur de Stéphane Teboul, époux de Magali Berdah, figure médiatique connue pour son rôle d’agente d’influenceurs et cheffe d’entreprise dans le secteur du marketing digital.
Si Magali Berdah n’est en rien impliquée dans les faits, son nom se retrouve malgré elle associé à ce fait divers, attirant une attention médiatique massive sur un drame avant tout familial.
« J’ai compris qu’ils étaient morts », le récit insoutenable des filles de Karine Teboul
C’est dans l’émission Enquêtes Criminelles, diffusée sur W9 le 7 janvier 2026, que les deux filles de Karine Teboul ont choisi de témoigner pour la première fois à visage découvert.
Les extraits diffusés en amont de l’émission donnent la mesure de la violence émotionnelle de leurs souvenirs. L’aînée raconte le moment où elle entre dans l’appartement, sans encore mesurer l’ampleur du drame.
« J’enlève la couverture et là je comprends qu’ils sont morts. Je crie, je hurle, et d’un coup j’ai un frisson dans tout le corps. Je n’ai pas pu rester », confie-t-elle, la voix brisée.
Submergée par le choc, elle quitte les lieux mais reste figée devant la porte, incapable de s’éloigner. C’est depuis le palier qu’elle alerte sa sœur par message, quelques secondes avant que celle-ci n’arrive à son tour.
La cadette décrit alors une scène qu’elle dit revoir encore aujourd’hui avec une précision douloureuse :
« J’ai ouvert la porte, j’ai vu une mare de sang et un peu de ses cheveux. J’ai vu les pieds de Fred et ma mère. Je suis partie en crise. J’ai hurlé : “On a tué ma mère.” »
Des mots crus, sans effet de style, qui traduisent la sidération et la violence du traumatisme. Aucun commentaire, aucune musique : le dispositif de l’émission laisse toute la place à leur parole.
Un suspect rapidement identifié, un profil déroutant
Dès les premières heures de l’enquête, les soupçons se portent sur un voisin du couple. Alexis M., âgé de 50 ans au moment des faits, habite sur le même palier que les victimes.
Son profil interpelle. Décrit par son entourage comme un homme sans antécédents judiciaires, père de famille, amateur de golf, il mène jusqu’alors une vie apparemment ordinaire. Mais les enquêteurs découvrent progressivement un intérêt croissant pour l’ésotérisme et des propos jugés incohérents par certains témoins.
Interpellé puis mis en examen pour assassinat, il est placé en détention provisoire à la prison des Baumettes, à Marseille.
Très vite, la question de son état mental au moment des faits devient centrale dans le dossier.
Expertises psychiatriques et incertitude judiciaire
En janvier 2023, après plus d’un an de détention, Alexis M. est transféré dans un établissement psychiatrique à la suite d’une décompensation. Plusieurs expertises sont ordonnées pour déterminer son niveau de responsabilité pénale.
À l’été 2023, deux expertises concluent à une altération du discernement, mais pas à son abolition. Cette nuance est fondamentale en droit pénal : elle maintient la possibilité d’un procès d’assises, avec une peine potentiellement atténuée.
Libéré sous contrôle judiciaire en 2024, Alexis M. reconnaît partiellement les faits, évoquant une « perte de contrôle ». Son avocat affirme alors que son client souffre d’une pathologie psychiatrique désormais prise en charge.
Les familles des victimes, elles, dénoncent une stratégie de défense et expriment leur inquiétude face à un possible effacement judiciaire du crime.
Fin 2025, un nouveau tournant intervient. Deux expertises complémentaires concluent cette fois à une abolition totale du discernement au moment des faits. Une décision lourde de conséquences.
Un procès peut-il encore avoir lieu ?
Le procès, initialement envisagé pour 2026, est désormais suspendu à la décision finale des magistrats instructeurs. En cas d’irresponsabilité pénale reconnue, la procédure s’orienterait vers une mesure de soins sans jugement d’assises.
Pour les proches de Karine Teboul et de Frédéric R., cette perspective est vécue comme une nouvelle épreuve. Non seulement le crime resterait sans verdict pénal, mais aucune audience publique ne viendrait poser les faits, les responsabilités et la vérité judiciaire.
Les filles de Karine Teboul, aujourd’hui jeunes adultes, expriment dans l’émission leur incompréhension et leur sentiment d’abandon.
« On a l’impression que notre mère a disparu une deuxième fois », confie l’une d’elles.
La plus jeune des deux sœurs a depuis été prise en charge par des membres de la famille élargie, dans un cadre discret, loin de l’exposition médiatique.
Magali Berdah, une figure publique confrontée au deuil privé
Si Magali Berdah n’intervient pas directement dans l’émission, son nom reste associé à l’affaire en raison de son lien familial avec la victime.
Depuis 2021, l’entrepreneure a toujours demandé le respect de la douleur des proches et la préservation de la vie privée des enfants de Karine Teboul. À plusieurs reprises, elle a rappelé que derrière les titres et l’exposition médiatique, il s’agissait avant tout d’un drame humain.
La diffusion de Enquêtes Criminelles s’inscrit dans cette ligne : donner la parole aux victimes indirectes, sans spéculation ni mise en scène excessive.
Un témoignage rare, entre mémoire et quête de justice
En choisissant de parler publiquement, les filles de Karine Teboul ne cherchent ni polémique ni exposition. Leur démarche s’inscrit dans un besoin de reconnaissance et de vérité.
« Tant qu’il n’y a pas de procès, on a l’impression que rien n’est terminé », expliquent-elles.
Leur témoignage rappelle que derrière les procédures, les expertises et les décisions juridiques, subsistent des vies brisées et un deuil inachevé.
Quatre ans après le double meurtre d’Allauch, l’affaire continue d’interroger sur la place de la psychiatrie dans le traitement pénal des crimes les plus violents, et sur la capacité de la justice à répondre aux attentes légitimes des familles de victimes.
Une question demeure, lancinante : comment se reconstruire lorsque la vérité judiciaire risque de ne jamais être dite dans un tribunal ?
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