La rivalité entre Booba et Gims occupe l’actualité du rap français depuis 2018. En 2024, cette opposition est passée du clash artistique à la sphère judiciaire : plainte pour harcèlement, garde à vue, procès potentiel… Voici un panorama complet de cette histoire, de ses origines à ses possibles enjeux actuels.
Les débuts du conflit, 2018, les prémices d’une guerre entre rappeurs
Tout commence en avril 2018, quand Gims, sans le nommer explicitement, critique certains artistes français pour leur recours prétendu à des méthodes illégales pour gonfler leurs streams.
Touché par cette accusation indirecte, Booba réagit vivement en attribuant à Gims une « délation sans nom ». Rapidement, Gims devient la cible d’une campagne de moqueries et d’attaques.
En juillet 2018, Booba publie un enregistrement audio polémique où Gims semble faire des invocations contre lui :
« Il y a trois jours, j’ai prié… j’ai demandé l’anéantissement de Booba… j’ai demandé Sa destruction… » (extrait contesté)
La diffusion de cet enregistrement relance la confrontation. Booba publie une vidéo (depuis supprimée) où Gims aurait tenu des propos agressifs : « Booba faut l’arrêter… je vais lui faire du sale ». En retour, Booba poste des insultes virulentes sur les réseaux, alimentant les tensions.
Une rivalité nourrie par les réseaux sociaux
Depuis lors, Booba et Gims n’ont cessé d’alimenter leur hostilité via les réseaux. Chaque publication, chaque allusion, chaque clip est l’occasion d’un nouveau tacle ou d’une réplique.
- Booba se moque fréquemment des lunettes de Gims, un détail insignifiant transformé en arme de moquerie.
- En 2020, Gims soutient publiquement Kaaris, l’un des ennemis de Booba, provoquant une réponse immédiate par la diffusion d’un cliché montrant Gims sans lunettes.
- Sur Instagram, Booba refuse de collaborer avec Vald en l’accusant d’être « trop contaminé par Le Fléau », un jeu de mots ciblé sur Gims et son album.
- En 2022, Gims publie des stories virulentes où il s’en prend à la « vacuité » de Booba, le traitant de « coquille vide » ou « proie ».
- En 2023, Gims émet des théories controversées lors d’une interview (par exemple sur l’électricité en Égypte antique), que Booba n’hésite pas à moquer sur X.
- En 2025, Booba diffuse début juillet une vidéo virale montrant une tâche sur le pantalon de Gims lors d’un concert, et Gims réplique en août en ironisant sur les finances de l’agence Starting Blok (fondée par Booba).
Le tournant judiciaire, plainte, garde à vue et mise en examen
Après des années de provocations, la rivalité franchit un nouveau cap en août 2024. Gims et son ex-compagne, Demdem, déposent une plainte pour **harcèlement moral** et **cyberharcèlement** contre Booba. Ils affirment que ces attaques s’étalent sur plus de six ans, encouragées par une communauté d’admirateurs, et qu’elles ont engendré une situation de souffrance constante.
Le point central de la plainte est la chanson Dolce Camara, sortie début 2024, dans laquelle Booba vise directement Demdem.
Le mercredi 15 octobre 2025, Booba est placé en garde à vue à Paris dans le cadre de cette enquête. Le lendemain, il est mentionné qu’une mise en examen pourrait être envisagée pour harcèlement aggravé.
Selon les médias, le rappeur est poursuivi pour harcèlement aggravé, et l’enquête porte sur les paroles directes destinées à Demdem ainsi que les messages répétitifs sur les réseaux sociaux.
“Dolce Camara”, l’élément déclencheur du conflit juridique
La chanson Dolce Camara est l’un des éléments-clés de la plainte. Ce morceau, en featuring avec SDM, figure sur l’album Ad Vitam Æternam (sorti en février 2024).
Dans ce titre, Booba prononce la ligne suivante : « On les aime fraîches, bien michtos, qui savent accueillir comme Demdem ». Cette référence à la compagne de Gims est au cœur de la controverse.
Booba justifie cette attaque en affirmant que Gims aurait insulté sa fille Luna. Pour sa défense, ses avocats invoquent la liberté d’expression artistique et refusent que la création musicale soit soumise à des poursuites pénales.
Au-delà des paroles, le succès du morceau est notable — il dépasse les **126 millions d’écoutes** sur Spotify, preuve de son impact médiatique.
Chronologie condensée de la rivalité
Pour clarifier les étapes majeures, voici un tableau synthétique des moments clés :
| Année / Date | Événement clé |
|---|---|
| Avril 2018 | Gims publie des critiques implicites sur les pratiques de streaming, Booba réagit vivement |
| Juillet 2018 | Diffusion d’un extrait audio polémique de Gims, suivi de répliques agressives |
| 2020 | Tensions sur les réseaux autour des lunettes de Gims et du soutien à Kaaris |
| 2022 | Gims diffuse des stories critiques et satiriques contre Booba |
| 2023 | Interview polémique de Gims, moqueries publiques de Booba |
| Début 2024 | Sortie de Dolce Camara, provocations ciblant Demdem |
| Août 2024 | Plainte pour harcèlement moral et cyberharcèlement |
| 15 octobre 2025 | Booba placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête |
| Octobre 2025 | Mise en examen envisagée pour harcèlement aggravé |
Analyse, enjeux juridiques, médiatiques et artistiques
Cette rivalité dépasse le simple clash entre rappeurs : elle touche à plusieurs domaines sensibles.
Dimension juridique
La plainte pour harcèlement moral et cyberharcèlement oblige la justice à examiner jusqu’où la liberté artistique peut aller face au respect de la dignité personnelle et du droit pénal. Le débat sur la responsabilité des artistes dans les paroles à l’encontre de personnes identifiées est central.
Dimension médiatique et sociale
Ce conflit alimente les médias, les réseaux, les discussions autour du harcèlement numérique et de la culture du clash. Les fans s’investissent, commentent, relaient chaque détail. L’affaire pose aussi la question du rôle des plateformes dans la modération du discours haineux.
Dimension artistique et de réputation
Pour Booba, le clash est une part de sa marque artistique — le provocateur. Pour Gims, l’enjeu est de défendre son image publique et celle de son entourage. Chacun use de sa visibilité pour influer sur l’opinion.
Perspectives, que peut-on attendre ?
Voici quelques scénarios possibles pour l’évolution de cette affaire :
- Booba pourrait être mis en examen pour harcèlement aggravé, ce qui ouvrirait la voie à un procès.
- La défense pourrait démontrer que les propos relèvent de la liberté d’expression artistique.
- Les parties pourraient se tourner vers un règlement à l’amiable pour éviter une longue procédure médiatique.
- Au-delà du cas Booba–Gims, ce dossier pourrait devenir une jurisprudence sur le harcèlement en ligne et les limites du rap comme expression artistique.
Depuis 2018, Booba et Gims se livrent une guerre médiatique intense, faite de provocations, de menaces implicites, d’attaques directes. En 2024-2025, cette rivalité prend une dimension judiciaire avec une plainte pour harcèlement moral et cyberharcèlement, une garde à vue et la perspective d’une mise en examen. Le rôle de la création artistique, la responsabilité sur les réseaux, l’impact médiatique — tout cela converge dans ce dossier emblématique.
Au-delà du conflit entre deux icônes du rap français, cette affaire pourrait marquer un tournant pour les relations entre musique, justice et liberté d’expression à l’ère du numérique.
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