Films les plus rediffusés à la télévision : le classement CNC 2025

Films les plus rediffusés à la télévision : le classement CNC 2025

Auteur : Julien Baudry

Date : 05 janvier 2026 à 20:44

Ni La Grande Vadrouille, ni Le Père Noël est une ordure, ni même Les Bronzés. Contre toute attente, le film le plus rediffusé de l’histoire de la télévision française est une comédie romantique discrète des années 1990. Les données 2025 du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), qui agrègent près de sept décennies de programmation télévisuelle depuis 1957, dessinent un paysage audiovisuel inattendu, révélateur des choix éditoriaux des chaînes et de la puissance durable du patrimoine cinématographique national.

Ce classement des 15 films les plus rediffusés à la télévision met en lumière trois tendances majeures : la domination des œuvres françaises, l’omniprésence des films d’animation patrimoniaux — au premier rang desquels Astérix — et l’étonnante marginalisation de certains monuments de la comédie populaire pourtant omniprésents dans l’imaginaire collectif.

 

Une première place inattendue, la revanche discrète de « Delphine 1, Yvan 0 »

 

 

Avec 75 rediffusions recensées, Delphine 1, Yvan 0 occupe la première place de ce classement historique. Sorti en 1996, ce premier long métrage de Dominique Farrugia proposait un concept audacieux : raconter une histoire d’amour comme un match de football, commenté par les voix emblématiques de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué.

Porté par Julie Gayet et Serge Hazanavicius, le film avait rencontré un succès modéré en salles. Mais sa trajectoire télévisuelle est exceptionnelle. Sa durée courte, son ton léger et son concept immédiatement identifiable en ont fait un programme idéal pour les grilles de seconde partie de soirée. Selon les données du CNC, 61 de ses diffusions ont eu lieu sur TF1, illustrant la capacité des chaînes généralistes à transformer un film en rendez-vous récurrent, presque rituel.

Ce cas illustre un phénomène bien connu des programmateurs : la télévision ne prolonge pas toujours la hiérarchie du box-office. Elle consacre des œuvres « compatibles » avec ses contraintes de flux, indépendamment de leur statut critique ou commercial initial.

 

Astérix, pilier absolu du patrimoine télévisuel français

 

 

Impossible de parcourir ce classement sans constater l’hégémonie de la saga Astérix. Six films d’animation issus de l’univers créé par René Goscinny et Albert Uderzo figurent dans le top 15, confirmant le statut unique du petit Gaulois dans la culture populaire française.

En tête de ce bloc, Les Douze Travaux d’Astérix totalise 63 rediffusions. Sorti en 1976, ce film demeure l’une des adaptations les plus emblématiques de la franchise, notamment grâce à des séquences devenues cultes, comme celle de la « maison qui rend fou ». Sa diffusion régulière sur W9, M6 et 6ter témoigne de sa capacité à fédérer plusieurs générations de téléspectateurs.

Le classement fait également apparaître :

  • Astérix et Cléopâtre (62 rediffusions)
  • Astérix le Gaulois (60 rediffusions)
  • Astérix et la Surprise de César (59 rediffusions)
  • Astérix chez les Bretons (58 rediffusions)
  • Astérix et le Coup du Menhir (54 rediffusions)

Au-delà de la nostalgie, ces chiffres traduisent une réalité économique et éditoriale : les films d’animation patrimoniaux offrent un rendement d’audience stable, rassurant et transgénérationnel, parfaitement adapté aux chaînes de la TNT.

 

L’animation française et européenne, valeur refuge des grilles jeunesse

 

 

Autre enseignement majeur : la place centrale de l’animation non américaine. Kirikou et les Bêtes Sauvages, réalisé par Michel Ocelot et Bénédicte Galup en 2005, cumule 61 rediffusions, dont 51 sur Gulli. Le film, composé de récits enchâssés autour du héros africain, bénéficie d’une forte exposition auprès du jeune public, renforcée par sa dimension pédagogique et culturelle.

Les adaptations animées de Tintin confirment cette tendance. Tintin et le Lac aux Requins (57 rediffusions) et Tintin et le Temple du Soleil (56 rediffusions) restent des piliers des programmations familiales, malgré leur ancienneté. Leur rareté relative en salles contraste avec leur longévité télévisuelle, preuve que la télévision demeure un vecteur central de transmission du patrimoine animé européen.

 

Les comédies des années 1980-1990, cœur battant de la mémoire collective

 

 

Le classement du CNC met également en évidence l’importance structurante des comédies françaises produites entre le début des années 1980 et la fin des années 1990. Cette période faste du genre est représentée par :

  • Deux Heures moins le quart avant Jésus-Christ (60 rediffusions)
  • Scout Toujours (57 rediffusions)
  • Le Grand Restaurant (54 rediffusions)
  • Bouge ! (54 rediffusions)
  • La Vie est un long fleuve tranquille (53 rediffusions)

Ces films partagent plusieurs caractéristiques décisives pour la télévision : des durées maîtrisées, des têtes d’affiche identifiables, un humour accessible et une forte résonance socioculturelle. La présence de Louis de Funès dans Le Grand Restaurant confirme, une fois encore, le statut quasi institutionnel de l’acteur sur le petit écran.

À l’inverse, l’absence totale de la saga Les Bronzés interroge. Trop associée à des diffusions événementielles, trop identifiée au cinéma de groupe et aux fêtes de fin d’année, elle semble paradoxalement moins compatible avec une programmation régulière et répétitive.

 

Un classement sans Hollywood, le choix assumé du patrimoine national

 

 

Fait notable : aucun blockbuster américain ne figure dans ce top 15. Ni Spielberg, ni Disney, ni franchises internationales. Ce constat souligne la préférence structurelle des chaînes françaises pour des œuvres dont les droits sont maîtrisés, amortis depuis longtemps et culturellement ancrés.

Cette stratégie répond à une double logique :

  • économique, avec des coûts de diffusion maîtrisés ;
  • éditoriale, en valorisant une identité culturelle nationale et européenne.

À l’heure où les plateformes redéfinissent les usages, la télévision linéaire continue de jouer un rôle de conservatoire populaire, où certains films deviennent des repères familiers, parfois davantage vus sur le petit écran qu’en salles.

 

Ce que révèle le palmarès 2025 du CNC sur la télévision française

 

 

Plus qu’un simple inventaire, ce classement agit comme un révélateur des mécanismes profonds de la programmation télévisuelle. Il montre que la longévité d’un film à la télévision repose moins sur son prestige initial que sur sa capacité à s’inscrire durablement dans les usages domestiques.

En consacrant une comédie romantique atypique, en confirmant la domination d’Astérix et en marginalisant certains mythes du box-office, le palmarès 2025 du CNC dessine une cartographie inattendue de la mémoire audiovisuelle française. Une mémoire façonnée par la répétition, la familiarité et la transmission intergénérationnelle — bien plus que par le succès immédiat.

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