Le monde de la littérature francophone est secoué par une affaire judiciaire qui mêle plagiat, succès de librairie et enjeux financiers colossaux. Le romancier Franck Thilliez, figure incontournable du polar français, est poursuivi par l’autrice québécoise Isabelle Lafortune. Elle l’accuse d’avoir plagié son roman Terminal Grand Nord, publié en 2019, dans son best-seller Norferville, paru en 2024. La plainte déposée au Canada vise une indemnisation de plus de 700 000 euros. Décryptage complet de cette affaire qui alimente les débats littéraires et juridiques.
Contexte du conflit littéraire
Pour comprendre cette affaire, il faut revenir à la trajectoire des deux écrivains. Franck Thilliez est connu pour ses thrillers haletants, traduits dans plusieurs langues et vendus à des centaines de milliers d’exemplaires. Avec Norferville, il a encore renforcé son statut d’auteur à succès. L’ouvrage a même été rapidement repéré par le monde audiovisuel, une adaptation télévisée étant en préparation.
De son côté, Isabelle Lafortune, romancière québécoise, s’est illustrée avec Terminal Grand Nord, un polar salué par la critique en 2019. Elle considère que de nombreux éléments de son intrigue et de son univers auraient été copiés dans le livre de Thilliez.
Les accusations de plagiat
Selon la plainte, les ressemblances ne se limiteraient pas à une atmosphère générale ou à des décors similaires. L’autrice québécoise parle de paraphrases
, de reprises d’enjeux narratifs
, et même de noms inventés apparaissant presque à l’identique. Elle évoque aussi des parallèles troublants dans la construction des personnages et dans la progression de l’intrigue.
| Éléments contestés | Terminal Grand Nord (2019) | Norferville (2024) |
|---|---|---|
| Lieu principal | Ville isolée du Nord canadien | Commune fictive dans une région glaciale |
| Personnages clés | Inspectrice au passé trouble | Policière marquée par un drame personnel |
| Noms inventés | Institutions fictives propres à l’univers | Noms quasi identiques réutilisés |
Un face-à-face au Salon du livre de Montréal
L’affaire a pris une tournure décisive en novembre 2024, lors du Salon du livre de Montréal. Isabelle Lafortune y croise Franck Thilliez, venu présenter Norferville. Elle affirme qu’il lui aurait confié avoir lu son ouvrage et s’en être inspiré pour ses propres recherches. Quelques jours plus tard, elle découvre que le roman bénéficie déjà d’un projet de coproduction télévisée, ce qui achève de la convaincre de saisir la justice.
La demande d’indemnisation, plus de 700 000 euros
Dans sa plainte, Isabelle Lafortune réclame environ 1,2 million de dollars canadiens, soit plus de 740 000 euros. Elle estime que son livre aurait pu connaître un destin similaire à celui de Norferville si le marché n’avait pas été biaisé par ce qu’elle considère comme une contrefaçon
. Elle met également en avant la perte d’une opportunité d’adaptation audiovisuelle.
La défense de Franck Thilliez
Face à ces accusations, Franck Thilliez rejette en bloc les allégations. Interrogé par la presse régionale, il affirme : Je conteste fermement. Je ne peux accepter que ma réputation et mon intégrité soient ainsi mises en cause.
Selon lui, il n’a reçu aucune assignation officielle de la justice québécoise. Il rappelle aussi que son œuvre est issue d’un travail de recherche personnel et d’une imagination propre, et non d’un emprunt déguisé.
Réactions du monde littéraire
La plainte d’Isabelle Lafortune divise le milieu littéraire. Certains estiment qu’il s’agit d’un combat légitime pour défendre les droits d’auteur, d’autres y voient une démarche risquée contre un auteur disposant d’une notoriété internationale. Le débat sur la frontière entre inspiration et plagiat est au cœur de cette polémique.
Un enjeu juridique et financier majeur
Si la justice venait à donner raison à Isabelle Lafortune, les conséquences seraient lourdes pour Thilliez, tant sur le plan financier que sur son image publique. Au-delà de cette affaire, c’est aussi la question plus générale de la protection des œuvres et de la définition juridique du plagiat qui est posée.
En attendant un jugement, l’affaire reste en suspens. Elle met en lumière les tensions qui existent dans le monde de l’édition entre création originale, inspirations partagées et frontières du plagiat. Quoi qu’il en soit, ce litige entre Franck Thilliez et Isabelle Lafortune continuera d’alimenter les discussions, tant du côté des lecteurs passionnés que des professionnels du droit et de la littérature.
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