George Clooney, son épouse Amal et leurs deux enfants ont obtenu la nationalité française, selon un décret publié samedi au Journal officiel. L’annonce a immédiatement suscité une question sensible : l’acteur américain a-t-il bénéficié d’un traitement de faveur ? Entre cadre légal, zones d’appréciation administrative et arguments liés au rayonnement de la France, cette naturalisation interroge autant qu’elle éclaire les marges de la procédure.
Une naturalisation officialisée par décret
La publication au Journal officiel acte formellement l’acquisition de la nationalité française par George Clooney et sa famille. Ce mode d’accès à la citoyenneté relève de la naturalisation par décret, une procédure discrétionnaire décidée par l’État, après instruction du dossier par l’administration et avis du ministère de l’Intérieur.
L’acteur américain, figure mondiale du cinéma, est propriétaire avec son épouse d’un domaine viticole situé à Brignoles, dans le Var, acquis en 2021. Depuis cette annonce, la question d’un éventuel passe-droit s’est imposée dans le débat public, tant les critères habituels de naturalisation sont stricts et encadrés.
Quels sont les critères classiques pour devenir français ?
En droit français, la naturalisation n’est jamais automatique. Elle repose sur une appréciation globale du parcours du demandeur. Les critères généralement examinés sont bien connus :
- une résidence régulière en France depuis au moins cinq ans ;
- une intégration professionnelle et sociale jugée satisfaisante ;
- la maîtrise de la langue française ;
- l’adhésion aux valeurs et principes de la République ;
- un casier judiciaire vierge en France et dans le pays d’origine.
Ces éléments sont évalués notamment lors d’un entretien individuel en préfecture, étape centrale du processus.
Une procédure « classique », selon le ministère de l’Intérieur
Face aux interrogations, le ministère de l’Intérieur a tenu à préciser que George Clooney et son épouse « ont suivi les démarches classiques des demandeurs de naturalisation, dont l’entretien à la préfecture ».
Aucune indication supplémentaire n’a toutefois été communiquée sur la motivation exacte du décret, une absence de détails qui nourrit, mécaniquement, les soupçons de traitement privilégié. En matière de naturalisation, l’administration n’est pas tenue de rendre publics les critères précis ayant conduit à une décision favorable.
La question sensible de la maîtrise du français
Parmi les éléments qui interpellent, la maîtrise de la langue française figure au premier plan. Début décembre, George Clooney reconnaissait sur RTL être « toujours aussi mauvais après 400 jours de cours ». Or, le niveau de français est l’un des critères explicitement évalués lors de l’entretien en préfecture.
La loi ne fixe pas un seuil linguistique chiffré et uniforme, laissant à l’administration une large marge d’appréciation. Cette souplesse, prévue par les textes, permet de tenir compte du profil global du candidat, mais alimente aussi les critiques sur l’égalité de traitement entre les demandeurs.
Une durée de résidence inférieure aux cinq ans requis
Autre point de débat : la durée de résidence. Le couple Clooney a acquis son domaine viticole dans le Var en 2021, ce qui suggère une présence en France inférieure à cinq ans, seuil habituellement exigé.
Là encore, le droit prévoit des exceptions. La durée de résidence peut être réduite, voire supprimée, lorsque la naturalisation présente un « intérêt particulier pour la France » ou lorsque le demandeur est susceptible de rendre des services importants au pays.
L’argument de l’intérêt national, au cœur du débat
Pour l’avocat Vincent Brengarth, spécialiste des libertés fondamentales, cette naturalisation peut s’inscrire dans ce cadre dérogatoire. Sur BFMTV, il rappelle que « la naturalisation peut intervenir lorsque cela représente un intérêt pour la France ou lorsque la personne est susceptible de rendre service à la France ».
Selon lui, certaines conditions, notamment la résidence ou l’assimilation, font l’objet d’« une appréciation subjective ». Il souligne également « le manque de transparence » des autorités, qui ne précisent ni les critères exacts ni la motivation de leur décision.
Cette opacité, légale mais contestée, est au cœur des critiques récurrentes visant la procédure de naturalisation par décret.
Rayonnement culturel et image de la France
À l’inverse, plusieurs responsables politiques assument pleinement cette décision. Sabrina Agresti-Roubache, ancienne secrétaire d’État chargée de la Citoyenneté, rejette l’idée d’un passe-droit.
« On parle du rayonnement de la France ! Quand vous donnez la nationalité à une personnalité comme George Clooney, c’est une chance », estime-t-elle sur BFMTV. Selon elle, cette naturalisation illustre l’attractivité du pays et contribue positivement à son image internationale.
Un argument souvent avancé pour justifier certaines dérogations, notamment dans les domaines culturel, économique ou scientifique.
À Brignoles, une fierté locale assumée
Sur le terrain, la réaction est sans équivoque. Le maire de Brignoles, Didier Brémond, se réjouit ouvertement de cette naturalisation : « On ne peut pas être plus heureux. »
Sans se dire informé des motivations administratives, l’élu local ne voit pas de risque pour la population. Selon lui, l’installation durable de George Clooney et de son épouse dans la commune constitue un atout majeur pour l’image et l’attractivité du territoire.
Passe-droit ou cadre légal assumé ?
D’un point de vue strictement juridique, rien n’indique une illégalité. La naturalisation par décret repose précisément sur une large faculté d’appréciation de l’État, y compris pour déroger aux critères standards.
En revanche, sur le plan symbolique, l’affaire met en lumière un malaise persistant : celui d’une procédure perçue comme opaque, surtout lorsqu’elle concerne des personnalités célèbres, alors que de nombreux anonymes voient leur demande refusée pour des motifs parfois strictement appliqués.
Une question récurrente sur l’égalité devant la citoyenneté
Le cas Clooney dépasse ainsi la simple anecdote people. Il relance un débat de fond sur l’égalité de traitement, la transparence administrative et le sens même de la naturalisation.
Entre attractivité internationale, intérêt national et exigence d’équité républicaine, la citoyenneté française reste un terrain où le droit, la politique et le symbole s’entrecroisent étroitement.
La naturalisation de George Clooney, loin d’être un simple fait divers, agit comme un révélateur de ces tensions durables.
Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article !