Paris, décembre 2025. Cinq concerts à guichets fermés, près de 200 000 spectateurs réunis et une salle transformée en cathédrale pop urbaine : Gims a achevé lundi soir à Paris La Défense Arena une séquence scénique hors normes. Cette série d’événements marque l’apogée d’une année 2025 exceptionnelle pour l’artiste, tant sur le plan commercial qu’artistique, et confirme son statut de figure centrale de la musique francophone contemporaine.
Dernier acte du Last Winter Tour, une tournée ayant rassemblé environ un million de spectateurs à travers la France et l’Europe, ces cinq dates parisiennes constituent bien plus qu’un simple final. Elles symbolisent la pleine maîtrise d’un artiste capable de conjuguer popularité massive, stratégie digitale efficace et fidélité à une signature musicale immédiatement reconnaissable.
Un final grandiose dans la plus grande salle indoor d’Europe
De vendredi à lundi, Gims s’est approprié Paris La Défense Arena, la plus vaste salle couverte d’Europe, avec une capacité pouvant atteindre 45 000 places par soir. Une performance rare, réservée à une poignée d’artistes capables de mobiliser un public intergénérationnel à très grande échelle.
Sur scène, le dispositif est à la hauteur de l’événement : décors monumentaux, écrans géants immersifs, jeux de lumières millimétrés et mise en scène cinématographique. L’ensemble accompagne un enchaînement quasi ininterrompu de tubes, anciens comme récents, de Parisienne à Ciel, de Sapé comme jamais à Bella, sans oublier Ninao, l’un des phénomènes musicaux de l’année.
Le public, composé aussi bien de fans de la première heure que de familles entières, reprend en chœur chaque refrain. Cette communion collective constitue l’un des marqueurs forts du concert : Gims ne se contente plus de fédérer une audience rap ou pop, il rassemble désormais un public large, transversal et durable.
Une trajectoire construite sur la durée
Il semble lointain le temps où Maître Gims, son nom de scène initial, sortait de l’anonymat grâce au collectif Sexion d’Assaut. Depuis J’me tire en 2013, l’artiste d’origine congolaise a progressivement imposé une voix, un timbre et une écriture mélodique qui ont redéfini les frontières entre rap, pop et variété francophone.
À 39 ans, Gims incarne une rare continuité dans un secteur soumis à des cycles rapides. Après un léger creux observé entre 2020 et 2022, période marquée par la crise sanitaire et une saturation du marché, il a opéré un retour progressif mais méthodique. Dès 2024, les succès s’enchaînent, jusqu’à atteindre en 2025 un niveau de visibilité inédit.
Cette résilience s’appuie sur une capacité d’adaptation constante : évolution stylistique, lecture fine des usages numériques et repositionnement assumé vers un registre plus chanté que rappé.
Domination des plateformes et stratégie digitale maîtrisée
En 2025, il était presque impossible d’échapper à un titre de Gims. Omniprésent sur les ondes, les réseaux sociaux et les plateformes de streaming, l’artiste a su tirer pleinement parti des nouveaux modes de consommation musicale.
Selon les classements annuels publiés en décembre par Spotify et Deezer, Gims se classe deuxième artiste le plus écouté en France, derrière Jul. Trois de ses chansons figurent dans le top 5 des singles les plus streamés de l’année, tandis que son album Le nord se souvient : L’Odyssée s’impose comme l’opus le plus écouté en France en 2025.
À rebours des stratégies promotionnelles traditionnelles, consistant à lancer un ou deux singles avant la sortie d’un album, Gims a adopté une approche plus fragmentée. Chaque titre est traité comme un produit autonome, souvent teasé via de courts extraits diffusés sur TikTok, Instagram ou YouTube Shorts.
Cette méthode, parfaitement adaptée aux algorithmes et aux usages mobiles, favorise la viralité et l’appropriation rapide par le public.
Une mécanique musicale efficace et assumée
Si plusieurs de ses titres récents reposent sur des structures rythmiques proches, cette homogénéité n’est pas perçue comme une faiblesse. « Ce qui est fort chez Gims, c’est que la mélodie prime toujours. Les couplets sont simples, mais les refrains sont extrêmement puissants », analyse Alexandre Pipieri, éditorialiste pop chez Deezer.
Cette primauté accordée à la mélodie explique en grande partie la longévité de ses chansons. Elles s’inscrivent dans une vague afro-pop aujourd’hui dominante en France, mêlant influences RnB, caribéennes et africaines, sans jamais perdre de vue l’accessibilité.
Désormais davantage identifié comme chanteur que comme rappeur, Gims circule librement entre les playlists rap, pop et variété. Cette hybridation lui permet de toucher des publics aux attentes différentes, dans un paysage musical de plus en plus décloisonné.
De la reconnaissance institutionnelle à l’impact culturel
Consécration supplémentaire, Gims a été sacré meilleur artiste masculin aux Victoires de la musique 2025. Une distinction symbolique, d’autant plus remarquée que l’artiste y avait déclaré envisager un temps de se retirer de la scène.
Loin d’un simple effet d’annonce, cette reconnaissance institutionnelle s’ajoute à une influence culturelle tangible. Le titre Ninao, inspiré d’un chant traditionnel géorgien, est devenu viral en Géorgie, un phénomène rare pour un artiste francophone. Son clip, intégrant des danses folkloriques, cumule près de 190 millions de vues sur YouTube.
Ce succès international illustre la capacité de Gims à dépasser les barrières linguistiques et culturelles, en s’appuyant sur des mélodies universelles et une mise en image soignée.
Un artiste intergénérationnel, entre tubes et transmission
L’un des traits distinctifs de l’année 2025 réside dans l’élargissement continu de son public. « Il plaît à tout le monde, de 7 à 77 ans. J’interprète ses titres comme des comptines contemporaines : les gimmicks sont faciles à retenir, les enfants adorent danser et chanter dessus », observe Alexandre Pipieri.
Conscient de cet engouement familial, Gims a programmé un concert en journée, le samedi 20 décembre à 14 heures, spécifiquement pensé pour un public intergénérationnel. Une initiative encore rare dans les grandes tournées actuelles.
Avec humour, l’artiste assume cette omniprésence auprès des plus jeunes. « Désolé à tous les parents que je harcèle dans les voitures, sur le trajet de l’école », confiait-il récemment dans une interview à Konbini.
Vers une nouvelle phase, sans ralentir le tempo
Ces cinq concerts parisiens ne marquent pas un point final, mais une transition. Dès l’été 2026, Gims est attendu sur les grandes scènes de festivals, des Francofolies aux Vieilles Charrues, où il devra adapter ce show monumental à des formats plus ouverts.
La question n’est plus celle de sa popularité, solidement établie, mais de sa capacité à renouveler son propos sans rompre l’équilibre qui fait son succès. En 2025, il a démontré qu’une stratégie claire, alliée à une identité musicale forte, pouvait encore fédérer massivement dans un marché saturé.
À Paris La Défense Arena, Gims n’a pas seulement célébré une année record. Il a confirmé, devant des dizaines de milliers de spectateurs, qu’il demeure l’un des artistes les plus structurants de la scène francophone actuelle.
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