Golden Globes : « Une bataille après l’autre » grand favori

Golden Globes : « Une bataille après l’autre » grand favori

Auteur : Julien Baudry

Date : 12 janvier 2026 à 11:22

En remportant quatre Golden Globes majeurs, dont ceux du meilleur film de comédie et de la meilleure réalisation, « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson a dominé la cérémonie et confirmé son statut d’ultra-favori à deux mois des Oscars. Dans une soirée marquée par une forte charge politique et symbolique, le film brésilien « L’Agent secret » s’est également distingué avec deux récompenses clés, tandis que Timothée Chalamet et Jessie Buckley ont été salués pour leurs performances.

La cérémonie des Golden Globes, organisée dimanche soir à Los Angeles, a livré un signal fort à l’industrie cinématographique mondiale. À l’approche de la saison des Oscars, le palmarès a mis en lumière des œuvres profondément ancrées dans les fractures politiques, sociales et mémorielles contemporaines. En tête, une fresque américaine audacieuse et dérangeante ; en contrepoint, un thriller historique brésilien sur la dictature militaire et la transmission des traumatismes.

Au-delà des trophées, la soirée a confirmé une tendance lourde : le cinéma récompensé par Hollywood se veut plus politique, plus incarné et plus frontal dans sa manière d’interroger l’histoire et les tensions du présent.

 

« Une bataille après l’autre », la consécration d’un film politique et dérangeant

 

 

Déjà présenté comme l’un des films les plus attendus de la saison, « Une bataille après l’autre » a pleinement tenu ses promesses lors des Golden Globes. Le long métrage de Paul Thomas Anderson a remporté quatre récompenses majeures :

  • Meilleur film de comédie
  • Meilleur réalisateur pour Paul Thomas Anderson
  • Meilleur scénario
  • Meilleur second rôle féminin pour Teyana Taylor

Une moisson impressionnante qui place le film en position de force dans la course aux Oscars, notamment pour la statuette suprême du meilleur film.

À 55 ans, Paul Thomas Anderson confirme son statut de cinéaste majeur du cinéma américain contemporain. Lors de son discours, il a exprimé une gratitude sobre et sincère, saluant l’accueil réservé à une œuvre exigeante, à contre-courant des productions consensuelles :

« Vous êtes tellement généreux avec l’affection que vous me portez, à moi et à ce film. J’adore ce que je fais. Donc c’est juste du plaisir. »

Un propos simple, à l’image d’un réalisateur dont la filmographie se distingue par une constance artistique rare et une volonté assumée de sonder les zones d’ombre de la société américaine.

 

Une fresque sur les dérives extrémistes des États-Unis

 

 

Plébiscité par la critique pour sa densité narrative et sa portée politique, « Une bataille après l’autre » explore les dérives idéologiques et la radicalisation aux États-Unis à travers une tragi-comédie aussi mordante que troublante.

Le film met en scène la traque d’anciens révolutionnaires d’extrême gauche par un suprémaciste blanc, dans un récit où la violence politique se mêle à l’absurde et au grotesque. Anderson y dissèque les fractures contemporaines d’une société polarisée, marquée par la perte de repères idéologiques et la circulation toxique des discours extrêmes.

La performance de Teyana Taylor, récompensée par le Golden Globe du meilleur second rôle féminin, a particulièrement marqué les esprits. Elle y incarne une héritière politique du Black Power, exaltée et radicale, figure à la fois charismatique et inquiétante.

Dans un discours salué pour sa portée symbolique, l’actrice a adressé un message direct :

« À mes sœurs de couleur et aux petites filles de couleur qui regardent ce soir, notre lumière n’a pas besoin de permission pour briller. »

Une prise de parole en résonance avec les thématiques du film et avec l’atmosphère générale d’une cérémonie largement traversée par des enjeux politiques et sociaux.

 

Timothée Chalamet crée la surprise face à Leonardo DiCaprio

 

 

Si Leonardo DiCaprio portait « Une bataille après l’autre » en tête d’affiche, il s’est incliné dans la catégorie du meilleur acteur dans une comédie. Le trophée est revenu à Timothée Chalamet pour son rôle dans « Marty Supreme ».

À 30 ans, l’acteur franco-américain s’impose une nouvelle fois comme l’un des interprètes les plus polyvalents de sa génération. Dans ce film, il campe un joueur de ping-pong à l’ambition dévorante, personnage aussi inattendu que fascinant.

Visiblement ému, Timothée Chalamet a souligné la compétitivité exceptionnelle de sa catégorie :

« Merci infiniment du fond du cœur. Je suis en lice avec de très grands noms. Cette catégorie est ultra relevée. »

Une reconnaissance qui confirme sa trajectoire ascendante dans le cinéma international et renforce sa crédibilité dans la course aux futures distinctions majeures.

 

« Sinners » et « Hamnet », des trajectoires contrastées

 

 

Annoncé comme le principal rival d’« Une bataille après l’autre » pour l’Oscar du meilleur film, « Sinners » de Ryan Coogler repart de la cérémonie avec un bilan en demi-teinte.

Ce film d’époque audacieux, situé dans le Sud ségrégationniste des années 1930, mêle contes de vampires, blues et exploration de la blessure historique des populations noires américaines. Malgré une ambition artistique saluée, il n’a pas décroché le Golden Globe du meilleur film dramatique.

Il a toutefois été récompensé par :

  • Le Globe de la meilleure performance au box-office
  • Le Globe de la meilleure bande originale

Le prix du meilleur film dramatique est revenu à « Hamnet », une tragédie qui explore de manière fictionnelle le deuil d’Agnès et William Shakespeare après la mort de leur fils.

L’actrice irlandaise Jessie Buckley, saluée pour son interprétation de l’épouse du dramaturge, a remporté le Golden Globe de la meilleure actrice. Une récompense qui consacre une performance tout en retenue, portée par une intensité émotionnelle remarquable.

 

Deux Golden Globes pour « L’Agent secret », triomphe du cinéma brésilien

 

 

L’autre événement majeur de la soirée est venu du cinéma international. Le film brésilien « L’Agent secret » s’est imposé comme l’un des grands vainqueurs, avec deux trophées déterminants :

  • Meilleur film international
  • Meilleur acteur dans un film dramatique pour Wagner Moura

Le long métrage a notamment devancé « Un simple accident », représentant de la France dans la course aux Oscars, confirmant la puissance de son propos et de sa mise en scène.

Wagner Moura y incarne un ancien universitaire traqué par des tueurs à gage sous la dictature brésilienne des années 1970, alors qu’il tente de renouer avec son fils. Une performance habitée, à la hauteur d’un récit profondément politique.

Dans son discours, l’acteur a insisté sur la dimension mémorielle du film :

« C’est un film sur la mémoire, ou l’absence de mémoire, et sur les traumatismes générationnels. Si le traumatisme peut se transmettre de génération en génération, les valeurs le peuvent aussi. »

Un message qui confère à « L’Agent secret » une portée universelle, bien au-delà du contexte historique brésilien.

 

Une cérémonie marquée par l’hommage et la satire politique

 

 

La tonalité politique de la soirée s’est également exprimée à travers des gestes symboliques et des prises de parole engagées. Plusieurs célébrités arboraient des badges « Be Good », en hommage à Renee Good, une Américaine tuée cette semaine à Minneapolis par un agent de la police de l’immigration.

La maîtresse de cérémonie, Nikki Glaser, a pour sa part choisi l’ironie pour commenter l’actualité politique américaine. Elle a attribué au ministère de la Justice le « Golden Globe du meilleur montage » pour la publication partielle du dossier Epstein, devenu un fardeau politique majeur pour le président Donald Trump.

Une séquence révélatrice de l’évolution des cérémonies hollywoodiennes, de plus en plus perméables aux enjeux sociopolitiques contemporains.

 

Un palmarès éclectique, reflet d’un cinéma en mutation

 

 

Le reste du palmarès illustre la diversité des œuvres mises à l’honneur :

  • Stellan Skarsgård a remporté le Golden Globe du meilleur second rôle masculin pour « Valeur sentimentale », où il incarne un cinéaste en conflit avec ses deux filles.
  • Le phénomène Netflix « KPop Demon Hunters » a décroché le Globe du meilleur film d’animation et celui de la meilleure chanson, pour le titre « Golden ».
  • Dans la catégorie des comédies, Rose Byrne a été sacrée meilleure actrice pour « If I Had Legs I’d Kick You », où elle incarne une mère épuisée par la maladie de sa fille et les épreuves du quotidien.

Un palmarès qui confirme l’ouverture croissante des Golden Globes à des formats, des origines et des tonalités multiples, à l’image d’un paysage cinématographique en pleine recomposition.

 

À deux mois des Oscars, une hiérarchie qui se dessine

 

 

À l’issue de cette cérémonie, une dynamique claire se dégage. « Une bataille après l’autre » apparaît désormais comme le film à battre pour les Oscars, fort d’une reconnaissance critique, artistique et symbolique. « L’Agent secret », de son côté, s’impose comme un sérieux prétendant dans les catégories internationales et d’interprétation.

Plus largement, les Golden Globes ont confirmé une tendance forte : le cinéma récompensé par Hollywood privilégie les récits ancrés dans l’histoire, la mémoire et les fractures du présent, au détriment des productions purement spectaculaires.

Une orientation qui pourrait bien façonner durablement le visage des prochaines grandes cérémonies et redéfinir les attentes du public comme de l’industrie.

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