Jacqueline de Ribes, icône de la mode parisienne, est morte

Jacqueline de Ribes, icône de la mode parisienne, est morte

Auteur : Aurore BAUDRY

Date : 01 janvier 2026 à 11:35

Figure mythique de l’élégance parisienne, muse des plus grands couturiers et incarnation d’un art de vivre aristocratique admiré dans le monde entier, la comtesse Jacqueline de Ribes est décédée mardi en Suisse à l’âge de 96 ans. La nouvelle a été confirmée mercredi à l’AFP par son secrétariat, au nom de la famille. Avec elle disparaît l’une des dernières personnalités capables de relier la haute société européenne, la création de mode et la scène culturelle internationale du XXᵉ siècle.

Surnommée depuis plusieurs décennies la « dernière reine de Paris », Jacqueline de Ribes n’était pas seulement une icône mondaine. Elle fut styliste, entrepreneure, mécène, collectionneuse et ambassadrice d’un certain chic français, notamment aux États-Unis, où son nom évoquait à la fois sophistication, indépendance et audace créative.

 

 

Une disparition saluée par le monde de la mode et de la culture

 

 

Décédée en Suisse, Jacqueline de Ribes laisse derrière elle une empreinte rare dans l’histoire contemporaine de la mode. Sa disparition intervient alors que nombre d’institutions culturelles, de créateurs et de maisons de couture continuent de citer son style comme une référence intemporelle.

Son assistante, Stéphanie de Mouly, a précisé à l’AFP que la comtesse s’était éteinte paisiblement. À Paris, New York et Rome, les hommages se multiplient déjà, rappelant le rôle singulier qu’elle occupait : celui d’une femme capable d’imposer une vision personnelle du style, sans jamais se fondre dans les tendances dominantes.

Dans un univers de la mode souvent soumis à l’éphémère, Jacqueline de Ribes incarnait la durée, la cohérence et une forme de souveraineté esthétique.

 

 

Une aristocrate libre, née avec la mode pour langage

 

 

Née Jacqueline de La Bonninière de Beaumont le 14 juillet 1929, elle appartient à une vieille famille de l’aristocratie française. Très tôt, elle développe une fascination pour les vêtements, les matières et les lignes, qu’elle considère comme un moyen d’expression à part entière.

À seulement 19 ans, elle épouse Édouard de Ribes (1923-2013), alors vicomte, futur comte de Ribes. Leur union, solide et complice, s’inscrit dans une vie mondaine intense mais jamais figée dans les conventions. Jacqueline de Ribes cultive une liberté de ton et de mouvement qui deviendra l’un de ses traits distinctifs.

Contrairement à de nombreuses figures aristocratiques de son époque, elle refuse de se cantonner à un rôle décoratif. Elle explore, expérimente et s’autorise des incursions dans des univers aussi variés que le journalisme, le théâtre, la télévision ou encore le design d’intérieur.

 

 

Une reconnaissance précoce comme icône de style mondiale

 

 

Dès 1956, Jacqueline de Ribes figure sur la liste très convoitée des femmes les mieux habillées du monde. Ce classement, alors scruté avec attention par la presse internationale, consacre une allure immédiatement reconnaissable : silhouettes épurées, contrastes marqués, sens aigu de la mise en scène.

En 1962, elle est élue au Hall of Fame de la mode, distinction qui la place durablement parmi les grandes références stylistiques du XXᵉ siècle. Les plus grands photographes de mode — Richard Avedon, Irving Penn ou Cecil Beaton — la célèbrent comme un sujet idéal, capable d’incarner à la fois autorité, mystère et modernité.

Son style ne se limite pas à une accumulation de pièces luxueuses. Il repose sur une vision : celle d’une femme qui compose elle-même son image, sans dépendre entièrement des maisons de couture.

 

 

L’encouragement décisif d’Yves Saint Laurent

 

 

Amie et cliente fidèle d’Yves Saint Laurent, Jacqueline de Ribes trouve auprès du couturier un soutien déterminant. C’est lui qui l’encourage à franchir le pas et à créer sa propre maison de couture au début des années 1960.

En 1962, elle annonce à ses proches son intention de lancer sa marque. Sa première collection est immédiatement saluée par la presse internationale. Les critiques soulignent une écriture stylistique personnelle, audacieuse mais maîtrisée, loin de toute imitation servile.

Très vite, les États-Unis deviennent son principal marché. À New York, son nom est associé à l’élégance parisienne dans ce qu’elle a de plus raffiné et intellectuel. Elle habille une clientèle exigeante, sensible à la fois au prestige et à la singularité.

 

 

Une maison de couture indépendante jusqu’en 1995

 

 

Jacqueline de Ribes dirige sa maison de couture pendant plus de trois décennies. Contrairement à d’autres créateurs de sa génération, elle conserve une indépendance farouche, refusant les logiques industrielles qui s’imposent progressivement au secteur du luxe.

Ses collections, mêlant haute couture et prêt-à-porter, se distinguent par :

  • une attention extrême portée aux coupes et aux proportions
  • un usage sophistiqué du noir et des contrastes chromatiques
  • une théâtralité assumée, sans jamais tomber dans l’excès

En 1995, elle met un terme à son activité pour des raisons de santé. Ce retrait discret renforce encore son aura, loin des stratégies de surexposition médiatique.

 

 

Le sacre institutionnel du Metropolitan Museum of Art

 

 

En 2015, le Metropolitan Museum of Art de New York consacre à Jacqueline de Ribes une grande exposition, honneur rarissime pour une créatrice encore vivante. Intitulée “Jacqueline de Ribes: The Art of Style”, elle présente une soixantaine de silhouettes issues de sa garde-robe personnelle.

Les pièces exposées, datant pour certaines de 1962, illustrent une continuité esthétique remarquable. Le musée salue une femme qui « n’a jamais suivi la mode, mais l’a façonnée comme une œuvre d’art personnelle ».

Cette reconnaissance institutionnelle confirme son statut de référence culturelle, bien au-delà du cercle de la mode.

 

 

Mécène, collectionneuse et grande philanthrope

 

 

Parallèlement à sa carrière, Jacqueline de Ribes s’investit durablement dans le mécénat culturel et la philanthropie. Elle soutient musées, institutions artistiques et causes caritatives, notamment dans les domaines de la culture et de la santé.

Avec son époux, elle constitue une collection d’œuvres d’art et d’objets historiques d’une richesse exceptionnelle. En 2019, la dispersion de cette collection chez Sotheby’s France atteint 22,8 millions d’euros.

Plusieurs pièces majeures font alors l’objet de préemptions par le Louvre et le château de Versailles, signe de l’importance patrimoniale de cet ensemble.

 

 

Une figure durable de l’élégance française

 

 

Jacqueline de Ribes laisse l’image d’une femme qui a traversé près d’un siècle sans jamais renoncer à son identité. Ni simple mondaine, ni créatrice ordinaire, elle incarne une conception exigeante et intellectuelle de l’élégance.

À l’heure où la mode se mondialise et se digitalise à grande vitesse, son parcours rappelle qu’un style authentique repose avant tout sur la cohérence, la culture et la liberté personnelle.

La « dernière reine de Paris » s’est éteinte, mais son héritage continue d’inspirer créateurs, historiens et amateurs d’un art de vivre devenu rare.

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