Le réalisateur d’Avatar et Titanic relance une polémique brûlante : les films produits par Netflix ont-ils leur place aux Oscars sans une véritable exploitation en salles ? Plongée au cœur d’un conflit qui oppose tradition cinématographique et révolution du streaming.
James Cameron, un défenseur intransigeant du grand écran
James Cameron, figure légendaire du cinéma mondial avec plus de 3 milliards de dollars de recettes pour Avatar et onze Oscars à son actif, n’a jamais caché son attachement viscéral à l’expérience en salle. Dans une interview accordée au podcast The Town animé par Matt Belloni, le cinéaste canadien a exprimé une position sans concession : les films Netflix ne devraient pas être éligibles aux Academy Awards sans une sortie massive et prolongée dans les cinémas. Pour lui, projeter un film pendant quelques jours dans une poignée de salles uniquement pour cocher les cases de l’Académie relève de la “supercherie pure et simple”. Il propose une règle claire : au minimum 2 000 salles pendant un mois complet. Une exigence qui contraste violemment avec la stratégie actuelle de Netflix, souvent limitée à quelques centaines d’écrans sur deux ou trois semaines. > “Un film doit être conçu pour la salle. Sinon, les Oscars perdent toute légitimité à mes yeux. Ils ont été détournés, et c’est une catastrophe pour le cinéma.”
Netflix, entre ambition oscarisée et contradictions stratégiques
Netflix investit des fortunes dans sa quête de reconnaissance hollywoodienne. Depuis 2014, la plateforme a accumulé 170 nominations aux Oscars et remporté 26 statuettes sur 18 films. Pourtant, malgré des œuvres acclamées comme Roma, The Irishman ou The Power of the Dog, le Graal du Meilleur Film lui échappe toujours. En 2025, Emilia Pérez de Jacques Audiard a marqué l’histoire avec 13 nominations – un record pour un film en langue non anglaise – et deux victoires. Un succès symbolique, mais qui n’efface pas les critiques.
| Film Netflix | Année | Nominations | Oscars remportés |
|---|---|---|---|
| Roma | 2019 | 10 | 3 |
| The Irishman | 2020 | 10 | 0 |
| Mank | 2021 | 10 | 2 |
| The Power of the Dog | 2022 | 12 | 1 |
| All Quiet on the Western Front | 2023 | 9 | 4 |
| Emilia Pérez | 2025 | 13 | 2 |
Malgré ces performances, Netflix peine à imposer une vision cohérente. En avril 2024, son PDG Ted Sarandos déclarait au Time que “l’expérience cinématographique traditionnelle est une idée obsolète” et que Netflix “sauve Hollywood”. Des propos qui entrent en contradiction avec les récentes déclarations de la plateforme, qui affirme vouloir préserver la sortie en salles en cas de rachat de Warner Bros.
Le streaming a-t-il volé l’âme du cinéma ?
Le débat n’est pas nouveau. Dès 2019, Steven Spielberg proposait de modifier les règles des Oscars pour exclure les films à sortie limitée, les qualifiant de “programmes télévisés” plutôt que de cinéma. Il estimait que leur place était aux Emmy Awards, pas aux Oscars. Netflix avait alors répliqué avec force :
- Accès démocratisé au cinéma pour les populations éloignées des grandes villes
- Distribution massive de films indépendants et de réalisateurs issus de minorités
- Soutien public de cinéastes comme Ava DuVernay, qui louait la visibilité offerte aux créateurs noirs
L’Académie avait finalement maintenu ses critères d’éligibilité, sous la pression du Département de la Justice américain, qui y voyait une possible violation des lois antitrust.
Les grands réalisateurs face au géant du streaming
Malgré les critiques, Netflix a séduit les plus grands noms du cinéma :
- Martin Scorsese – The Irishman
- Alfonso Cuarón – Roma
- Jane Campion – The Power of the Dog
- David Fincher – Mank
- Guillermo del Toro – Pinocchio (Oscar du meilleur film d’animation)
Ces collaborations montrent que Netflix est devenu un acteur incontournable du financement et de la diffusion. Mais à quel prix pour l’expérience collective en salle ?
Pourquoi la sortie en salles reste essentielle selon Cameron
Pour James Cameron, un film n’est pas qu’une œuvre : c’est une expérience partagée. Le grand écran, le son immersif, l’obscurité, le public réactif – tout cela forge l’identité du 7e art. > “Un film conçu pour être vu sur un téléphone ou une tablette n’a pas la même ambition artistique qu’un film pensé pour 500 personnes dans une salle obscure.” Il pointe aussi du doigt une perte de rigueur créative : les plateformes privilégient parfois la quantité à la qualité, et la durée d’attention du spectateur à domicile est fragmentée.
L’avenir du cinéma, entre tradition et innovation
Le modèle hybride semble inévitable. Disney, Warner, Universal misent sur des sorties simultanées ou décalées (cinéma + streaming). Mais pour les puristes comme Cameron, le cinéma sans salle n’est pas du cinéma. Des études récentes montrent que :
- 68 % des spectateurs préfèrent voir un blockbuster en salle (source : MPA 2024)
- Seulement 12 % des abonnés Netflix regardent un film en une seule session
- Les films à forte sortie en salles génèrent 3 fois plus d’engagement culturel (buzz, critiques, memes)
| Critère | Sortie en salles (≥ 1 mois) | Sortie streaming limitée |
|---|---|---|
| Expérience immersive | Élevée | Faible |
| Impact culturel | Fort | Modéré |
| Recettes annexes (merchandising) | Élevées | Faibles |
| Éligibilité Oscars actuelle | Oui | Oui (si ≥ 7 jours dans 1 salle) |
James Cameron ne demande pas l’exclusion totale de Netflix, mais une règle claire et équitable. Son seuil de 2 000 salles pendant un mois vise à rétablir une concurrence loyale entre films de salle et films de plateforme. Le cinéma évolue, mais doit-il renoncer à son sanctuaire ? L’Académie devra trancher. En attendant, le débat passionne, divise, et rappelle une vérité simple : le cinéma, c’est d’abord une émotion collective.
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