Le 21 novembre 2025, la chanson française a perdu l’une de ses figures les plus atypiques et les plus bouleversantes. Jean Guidoni s’est éteint à Bordeaux à l’âge de 74 ans, emporté par une maladie fulgurante. L’annonce, relayée par l’AFP, a provoqué une vague d’émotion dans le monde de la musique et du spectacle.
Une disparition brutale qui choque le milieu artistique
« Interprète fiévreux et majuscule qui a donné des coups de talon aiguille à la chanson française », écrit avec justesse son entourage. Quelques mois seulement avant son décès, Jean Guidoni foulait encore la scène du Café de la Danse à Paris le 24 juin 2025, prouvant qu’il n’avait rien perdu de son énergie ni de sa passion.
Son dernier album, Eldorado(s), sorti en avril 2025, reste comme le témoignage d’un artiste qui, jusqu’au bout, a refusé tout compromis artistique.
De coiffeur toulonnais à icône de la chanson théâtrale, les débuts
Né le 3 mai 1951 à Toulon, Jean Guidoni grandit à Marseille avant de monter à Paris au début des années 1970 avec un seul rêve : chanter. À l’époque, il exerce encore le métier de coiffeur. C’est la rencontre décisive avec le critique de cinéma Pierre Philippe qui va tout changer.
En 1975, il enregistre ses premiers titres et séduit immédiatement le public avec des chansons devenues cultes :
- Je marche dans les villes
- Tramway terminus nord
- Mort à Venise
Dès ses premiers spectacles, il impose un style unique : maquillage blanc, talons aiguilles, bas résille, jeu de scène théâtral. Jean Guidoni ne chante pas : il incarne.
1982, Crime Passionnel avec Astor Piazzolla, l’album qui marque les esprits
La collaboration avec le maître du tango Astor Piazzolla sur l’album Crime Passionnel (1982) reste l’un des sommets de sa discographie. Cet opus, à la fois sombre et passionné, révèle toute la puissance dramatique de sa voix et de son interprétation.
À partir de ce moment, Jean Guidoni devient une référence incontournable de la chanson française théâtrale, aux côtés de figures comme Barbara ou Jacques Brel.
Une carrière en chiffres, 17 albums studio et des distinctions prestigieuses
| Année | Album marquant | Collaboration ou particularité | Distinction |
|---|---|---|---|
| 1975 | Je marche dans les villes | Débuts fulgurants | – |
| 1982 | Crime Passionnel | Astor Piazzolla | Grand succès critique et public |
| 1985-1995 | Plusieurs albums | Michel Cywie, Juliette, Jeanne Moreau | Multiples prix Académie Charles Cros |
| Années 2000 | Spectacles théâtraux | Relectures de Brecht, Ferré, Allain Leprest | – |
| 2025 | Eldorado(s) | 17e album studio | Dernier opus avant son décès |
Des thèmes forts, marginalité, exil, passion et tourments
Jean Guidoni n’a jamais chanté pour plaire à tout le monde. Ses textes abordent sans concession :
- La marginalité et l’exclusion
- L’exil et le déracinement
- La passion amoureuse destructrice
- La mort et la solitude
Il a su s’entourer d’auteurs majeurs : Allain Leprest, Claude Lemesle, Jean-Claude Petit, ou encore Juliette qui lui a écrit plusieurs chansons devenues des références.
Une scène intimiste jusqu’au bout
À partir des années 2000, Jean Guidoni délaisse les grandes salles pour privilégier les lieux intimistes où le public est au plus près de l’émotion. Il multiplie les créations hybrides mêlant théâtre, musique et performance.
En juin 2025, son concert au Café de la Danse avait été salué comme un moment de grâce. Personne n’imaginait alors que ce serait l’un de ses derniers.
Eldorado(s), l’album testament sorti en avril 2025
Sorti seulement sept mois avant son décès, Eldorado(s) est un disque lumineux et sombre à la fois, où Jean Guidoni explore une dernière fois les thèmes de l’utopie, de la quête et de la disparition. Les critiques ont salué la maturité et l’intensité intacte de l’interprète de 74 ans.
Réactions après l’annonce de sa mort
Dès l’annonce de son décès, les hommages se sont multipliés :
- Juliette : « Il était unique. Il osait tout sur scène et dans la vie. »
- L’Académie Charles Cros : « Nous perdons un immense artiste qui a fait de la chanson un art dramatique total. »
- De nombreux fans et artistes sur les réseaux sociaux : « Merci pour les frissons, merci pour la liberté. »
L’héritage de Jean Guidoni dans la chanson française
Avec sa silhouette androgyne, son maquillage blanc et ses talons aiguilles, Jean Guidoni a brisé les codes de la virilité dans la chanson française bien avant que la question du genre ne devienne centrale. Il a ouvert la voie à toute une génération d’artistes inclassables.
Son œuvre, forte de 17 albums studio et de centaines de spectacles, continuera d’inspirer ceux qui refusent les chemins tout tracés.
Jean Guidoni s’en est allé, mais sa voix habitée, ses coups de talon sur scène et ses textes brûlants restent gravés dans le patrimoine de la chanson française.
Repose en paix, l’artiste aux mille visages.
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