La récente polémique autour de LOL : qui rit, sort ! et des plateformes de streaming relance un débat majeur sur l’industrie audiovisuelle française : comment concilier éthique, rémunérations élevées et réalité économique ? La confrontation entre Jonathan Cohen et Blanche Gardin illustre parfaitement ce dilemme.
Blanche Gardin et le malaise autour des cachets astronomiques
En 2023, Blanche Gardin a publiquement critiqué le concept de LOL : qui rit, sort ! et la politique de rémunération des grandes plateformes comme Amazon Prime Video. L’humoriste dénonce un déséquilibre flagrant entre les cachets des participants et les sommes allouées aux associations bénéficiaires :
"Je serais gênée aux entournures d’être payée 200 000 euros pour une journée de travail même si je perds à votre jeu, quand l’association caritative de mon choix remporterait, elle, 50 000 euros."
Sa critique ne se limite pas à la seule question financière. Elle questionne également l’éthique des participants, qualifiés de personnalités "sans scrupules", et pointe du doigt la responsabilité morale des acteurs et humoristes qui acceptent de collaborer avec des géants numériques.
Ce positionnement soulève plusieurs questions : l’argent doit-il primer sur l’engagement moral ? Peut-on encore refuser les grands groupes tout en travaillant dans le secteur audiovisuel actuel ?
Jonathan Cohen répond, "Arrêtons l’hypocrisie"
Invité à s’exprimer pour Télérama lors de la promotion de son film L’Âme idéale, Jonathan Cohen a adressé une réponse directe à Blanche Gardin. Tout en reconnaissant certaines vérités dans son discours, l’acteur pointe la contradiction dans la posture de l’humoriste :
"Vous avez publié votre texte sur Facebook depuis un smartphone d’une marque loin d’être irréprochable. Impossible aujourd’hui de travailler sans composer avec ces groupes mondiaux."
Sa phrase emblématique, "Arrêtons l’hypocrisie", synthétise son point de vue : il estime que le travail avec des plateformes comme Amazon Prime Video est indispensable pour l’industrie. Il insiste sur l’impact positif de ces productions sur l’emploi, notamment pour les techniciens et équipes de tournage :
- Multiplication des fictions produites
- Création d’emplois pour les techniciens et artisans du cinéma
- Possibilité de maintenir une industrie audiovisuelle dynamique malgré la domination des grands groupes
En somme, Cohen assume son choix sans ambiguïté, préférant une approche pragmatique plutôt qu’une posture morale radicale.
Les réactions d’autres acteurs, un dilemme partagé
La sortie de Jonathan Cohen ne reflète pas un point de vue isolé. D’autres artistes, confrontés aux mêmes dilemmes, expriment des positions variées :
| Artiste | Prise de position | Argument principal |
|---|---|---|
| Virginie Efira | Pragmatisme | Le cinéma est une industrie, l’usage de l’argent relève du choix personnel |
| Adèle Exarchopoulos | Responsabilité partagée | Ni elle ni Blanche Gardin ne peuvent se prétendre irréprochables, accepter le plaisir et le gain est naturel |
| Ahmed Sylla | Franchise brute | Accepter de gros cachets est logique si l’offre se présente, indépendamment des critiques |
| Ramzy Bedia | Réalité sociale | La réaction de l’entourage souligne le décalage entre le monde du spectacle et la réalité du quotidien |
Cette diversité d’opinions illustre le fossé entre éthique individuelle et contraintes économiques. Le débat dépasse la simple critique d’un programme télévisé pour toucher à l’organisation même de l’industrie du divertissement en France.
L’industrie du streaming, enjeux et contradictions
Les critiques de Blanche Gardin et les réponses de Jonathan Cohen mettent en lumière des enjeux structurels plus larges :
Éthique vs économie
Le dilemme principal réside dans la tension entre le choix moral et la nécessité économique. Les plateformes de streaming offrent des rémunérations attractives mais imposent souvent des compromis sur l’indépendance créative et la responsabilité éthique.
Création d’emplois et dynamisme du secteur
Le recours aux géants du numérique est également un moteur de l’emploi :
- Techniciens et équipes techniques : augmentation des heures travaillées
- Investissements dans des infrastructures locales de tournage
- Diffusion internationale des productions françaises
Perception publique et image des artistes
Le public s’interroge sur la légitimité de ces cachets et sur la cohérence des positions des artistes. La phrase "Arrêtons l’hypocrisie" reflète cette nécessité de clarté : il faut admettre les réalités économiques tout en conservant un engagement éthique relatif.
Vers un compromis, les pistes de réflexion
Pour concilier éthique et nécessité économique, plusieurs pistes émergent :
- Transparence sur les rémunérations : informer le public sur les montants et les destinations des gains, y compris pour les associations caritatives.
- Encourager des initiatives responsables : impliquer les plateformes dans des actions sociales et culturelles, au-delà de la simple production.
- Débat public et interne : instaurer une réflexion collective sur la valeur morale des projets et leur impact sur la société.
- Diversification des sources de financement : équilibrer productions privées et soutien du service public pour réduire la dépendance aux grands groupes.
Ces axes permettent d’adopter une posture plus cohérente et responsable, tout en continuant à profiter des opportunités offertes par les plateformes de streaming.
La confrontation Jonathan Cohen – Blanche Gardin dépasse le simple clash médiatique. Elle illustre une tension structurelle dans l’industrie audiovisuelle contemporaine : comment travailler dans un environnement dominé par les grandes plateformes sans trahir ses convictions ?
Si Blanche Gardin incarne la conscience morale et l’exigence éthique, Jonathan Cohen défend le pragmatisme et la responsabilité sociale indirecte, via la création d’emplois et le soutien de l’industrie. Entre ces deux positions, se dessine un équilibre complexe que chaque acteur doit définir selon ses valeurs et sa carrière.
En définitive, l’expression "Arrêtons l’hypocrisie" résume parfaitement le dilemme actuel : accepter la réalité économique, tout en restant conscient des implications éthiques, reste un défi permanent pour le monde du spectacle et du streaming.
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