De prince mélancolique dans The Crown à prêtre énigmatique chez Rian Johnson, en passant par Luca Guadagnino et bientôt Steven Spielberg, Josh O’Connor s’est imposé en quelques années comme l’un des visages les plus singuliers et recherchés du cinéma contemporain. Loin des archétypes virils traditionnels, l’acteur britannique incarne une nouvelle masculinité à l’écran : sensible, complexe, incarnée. Une trajectoire atypique, marquée par le théâtre, le cinéma indépendant et une ascension hollywoodienne aussi rapide que maîtrisée.
À 34 ans, Josh O’Connor est à l’affiche de quatre films en l’espace de quelques mois. Un rythme rare, qui témoigne autant de la confiance que lui accordent les cinéastes que de la place centrale qu’il occupe désormais dans l’industrie mondiale du cinéma.
Une reconnaissance mondiale née de « The Crown »
Lorsque Josh O’Connor apparaît pour la première fois dans la troisième saison de The Crown en 2019, le public découvre un prince Charles à mille lieues des caricatures habituelles. Oreilles décollées, posture maladroite, regard inquiet : son interprétation bouleverse par sa retenue et son humanité.
Ce rôle, qui lui vaut un Emmy Award du meilleur acteur, marque un tournant décisif. Pourtant, l’acteur hésite longtemps avant d’accepter. Il refusera même une première fois, avant de se raviser et de passer des essais qui convaincront le créateur de la série, Peter Morgan, et le directeur de casting Robert Sterne.
« On ressent sa vulnérabilité et sa douleur. Josh est d’une grande minutie », confiera plus tard Robert Sterne sur la plateforme Netflix Tudum. Une analyse partagée par Peter Morgan, qui salue « sa délicatesse et sa capacité à rendre visible la complexité intérieure du personnage ».
Mais ce succès planétaire a un revers. Du jour au lendemain, Josh O’Connor se retrouve reconnu dans la rue, interrogé sur la famille royale, photographié sans relâche. « C’était une période difficile. J’ai trouvé ça dur que les gens m’arrêtent constamment », confiera-t-il au magazine GQ.
Un parcours forgé par le théâtre et les refus
Avant la lumière des plateformes internationales, Josh O’Connor a connu un parcours typiquement britannique. Né en 1990 à Cheltenham, dans le sud-ouest de l’Angleterre, il se forme très tôt au théâtre. Il rejoint la Royal Shakespeare Company et le Donmar Warehouse, tout en enchaînant les auditions infructueuses.
« J’ai passé des années à essuyer des refus, à travailler dans des pubs et des restaurants pour payer mon loyer », raconte-t-il à IndieWire. Une période formatrice, qui forge son rapport au jeu et à la discipline.
Il décroche progressivement des rôles à la télévision britannique : Doctor Who, Peaky Blinders, puis la série chaleureuse La Folle aventure des Durrell en 2016, où son charme discret commence à séduire le public.
« God’s Own Country », le film qui change tout
Le véritable déclic survient en 2017 avec God’s Own Country (Seule la terre), premier long métrage du réalisateur Francis Lee. Présenté au Festival de Sundance, le film raconte l’histoire d’un jeune berger du Yorkshire, mutique et brutal, qui tombe amoureux d’un saisonnier roumain.
La performance de Josh O’Connor, à la fois rugueuse et bouleversante, est saluée par la critique internationale. « Ce film a complètement changé le cours de ma carrière. Les gens m’ont vu, ils ont aimé ce qu’ils ont vu », expliquera-t-il plus tard.
Ce rôle l’installe durablement comme un acteur capable de porter des récits intimes, sociaux et politiques, loin des productions formatées.
Une nouvelle masculinité à l’écran
Josh O’Connor appartient à une génération d’acteurs – aux côtés de Paul Mescal ou Andrew Scott – qui participent au renouvellement des représentations masculines à Hollywood. Ni héros invincibles ni figures dominantes, ses personnages sont traversés par le doute, la fragilité et le désir.
Sur les réseaux sociaux, où il ne possède aucun compte officiel, circulent pourtant des dizaines de vidéos d’interviews, de discours et de passages télévisés. Sa douceur, son humour et son autodérision séduisent un public bien au-delà des cercles cinéphiles.
Invité du Saturday Night Live le 13 décembre dernier, il ironise sur son image : « Oui, c’est vrai, j’ai la réputation d’être un “garçon sensible” ». Une étiquette qu’il assume pleinement.
Loin des tapis rouges, son quotidien se partage entre le jardinage dans sa maison des Cotswolds, la poterie et la broderie. Des activités qui renforcent cette image d’anti-star, en décalage avec les codes hollywoodiens.
De Luca Guadagnino à Rian Johnson, l’ouverture à Hollywood
En 2024, Josh O’Connor franchit une nouvelle étape avec Challengers, réalisé par Luca Guadagnino. Dans ce triangle amoureux sur fond de tennis, il incarne un champion arrogant, sûr de lui, aux antipodes de sa personnalité publique.
Le film, porté par Zendaya et Mike Faist, rencontre un large succès et expose Josh O’Connor à un public mondial. Il impressionne par sa capacité à transformer son accent, son langage corporel et son énergie.
C’est Daniel Craig qui, séduit par son travail chez Guadagnino, le recommande à Rian Johnson pour Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés, disponible sur Netflix depuis le 12 décembre. Josh O’Connor y campe un prêtre énigmatique, tatoué, immédiatement surnommé sur les réseaux le nouveau « hot priest ».
Rian Johnson résume ainsi son talent : « Il existe de grands acteurs qui s’avèrent aussi être des stars de cinéma. Josh appartient à cette catégorie. »
Une filmographie en pleine expansion
Le calendrier de Josh O’Connor illustre l’ampleur de son ascension :
- Rebuilding, où il incarne un cowboy marqué par la perte
- Wake Up Dead Man, thriller choral de Rian Johnson
- The Mastermind, film de braquage décalé situé dans les années 1970
- Le son des souvenirs, romance historique avec Paul Mescal, attendue début 2026
À cela s’ajoutent deux projets majeurs : Disclosure Day, le prochain film de Steven Spielberg aux côtés d’Emily Blunt, et Jack of Spades, réalisé par Joel Coen.
« Une expérience formidable », confie-t-il à propos du film de Spielberg, qu’il décrit comme « très spielberguien », mêlant émotion, mystère et humanité.
Une carrière guidée par la diversité des rôles
Interrogé par The Talks, Josh O’Connor résume ainsi son ambition : construire une carrière faite de contrastes. Comédie, drame, cinéma d’auteur, productions commerciales : il refuse les étiquettes et les trajectoires toutes tracées.
En cela, il a réussi un défi rare : échapper à l’ombre du prince Charles, rôle pourtant iconique, pour devenir un acteur caméléon, capable de naviguer entre les univers sans perdre sa singularité.
À Hollywood comme dans le cinéma indépendant, Josh O’Connor incarne aujourd’hui une certitude : celle d’un acteur dont la vulnérabilité est devenue une force, et dont la trajectoire, patiemment construite, semble loin d’avoir atteint son apogée.
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