Le 9 janvier 2026, l'actrice française Judith Godrèche publie Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux (Éditions du Seuil), un ouvrage dans lequel elle revient sur une relation qu’elle qualifie d’emprise et de violence, vécue entre ses 14 et 20 ans avec le réalisateur Benoît Jacquot, alors âgé de 39 ans. Ce livre, à la fois intime et politique, s’inscrit dans la continuité de son engagement pour dénoncer les violences sexuelles dans le cinéma français.
Un récit intime et déstructuré pour témoigner
Judith Godrèche décrit son livre comme "un acte de résistance" et un "reflet de la destruction dont j'ai été victime enfant". Dans un entretien à l’AFP, elle explique que la structure de l’ouvrage, volontairement déconstruite, fonctionne comme un puzzle : "Ce livre est pour moi une manière de reconstruire ce qui a été brisé".
Les extraits publiés par Le Monde révèlent une relation marquée par la manipulation et la violence psychologique. Elle y nomme Benoît Jacquot "BJ", évoquant son "sexe tranchant" et son emprise constante. L’actrice questionne le paradoxe moral : "Comment aime-t-on une enfant dont on fait sa femme tout en sachant qu'elle est une enfant?" Elle relate également les pressions et le chantage affectif lorsqu’elle tente de mettre fin à cette relation, écrivant : "J’ai peur de tes coups, peur de ta faiblesse, peur de tout ce qui émane de toi."
Une carrière et une parole entravées
Dans Elle, Judith Godrèche révèle le prix professionnel de son engagement. Selon elle, après avoir dénoncé les violences dans le cinéma, elle n’a reçu aucune proposition de rôle : "Même pas une figuration pour traverser la rue". Elle ajoute : "Vu mes prises de position, je ne suis peut-être pas le meilleur atout aujourd'hui".
Après son discours poignant lors des César en février 2024, où elle dénonçait un "trafic illicite de jeunes filles", certains acteurs du milieu lui ont conseillé de "passer à autre chose" pour ne pas nuire à sa carrière, lui suggérant de "s’investir dans sa carrière maintenant".
Plates-formes judiciaires et lutte contre les violences
Judith Godrèche a porté plainte le 6 février 2024 contre Benoît Jacquot pour viol, ainsi que contre le cinéaste Jacques Doillon, qu’elle accuse de viol sur mineur sur le tournage du film La Fille de 15 ans. Ces actions judiciaires ont ouvert la voie à d’autres témoignages : Vahina Giocante, Julia Roy et Isild Le Besco ont également dénoncé les agissements de Benoît Jacquot.
En juillet 2024, Benoît Jacquot a été mis en examen pour "viol, agression sexuelle et violences" et "viol sur mineure par personne ayant autorité". Les cinéastes Benoît Jacquot et Jacques Doillon contestent ces accusations.
Une carrière internationale et un engagement artistique
Après une décennie aux États-Unis, Judith Godrèche est revenue en France pour développer de nouveaux projets. Elle a réalisé la série Icon of French Cinema diffusée sur Arte en 2023, inspirée de sa propre expérience dans le cinéma. L’année suivante, elle présente le court-métrage Moi aussi à Cannes, destiné à redonner une image à des centaines de victimes de violences sexuelles.
Actuellement, elle tourne un téléfilm, Mémoire de fille, adapté du roman d’Annie Ernaux, poursuivant ainsi son engagement artistique et personnel pour témoigner et sensibiliser sur les violences faites aux mineures et aux femmes dans le milieu artistique.
Un livre nécessaire pour la mémoire et la reconstruction
Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux propose un récit cru et douloureux, mais également un témoignage d’espoir et de résilience. L’ouvrage, disponible en librairie au prix de 21,50 euros, permet de replacer l’expérience personnelle de Judith Godrèche dans un contexte plus large de lutte contre les violences sexuelles dans le cinéma et la culture française.
Fiche pratique
- Titre : Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux
- Auteur : Judith Godrèche
- Éditeur : Éditions du Seuil
- Parution : 9 janvier 2026
- Pages : 288
- Prix : 21,50 €
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