Depuis 1997, un buste en bronze de Dalida trône place Dalida, au cœur de Montmartre. Ce qui devait être un simple hommage à l’icône de la chanson française est devenu, au fil des années, un lieu de pèlerinage… particulier. Des milliers de touristes, français comme étrangers, font la queue pour poser leurs mains sur les seins de la statue. La légende urbaine veut que ce geste porte bonheur. Résultat : le bronze, à force d’être caressé, a perdu sa patine et brille d’un éclat doré très visible sur la poitrine.
Quand des élus écologistes dénoncent une « mise en scène d’agression sexuelle »
En 2024-2025, plusieurs élus écologistes parisiens ont tiré la sonnette d’alarme. Pour eux, ce rituel n’a rien d’innocent. Ils parlent ouvertement de « mise en scène d’acte mimant une agression sexuelle » et accusent cette pratique de participer à la « culture de l’impunité » autour des violences faites aux femmes. Ils demandent à la Ville de Paris d’installer une protection physique (grillage ou vitre) ou au minimum une signalétique forte pour décourager le geste. À l’heure actuelle, rien n’a encore été décidé.
Marc-Olivier Fogiel très gêné face à Orlando, le frère de Dalida
Invité sur RTL le 26 novembre 2025 dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel, Orlando, frère et ayant-droit de Dalida, a balayé la polémique d’un revers de main : « Ce n’est qu’une statue. Si les gens sont persuadés que ça leur porte chance, tant mieux. Il faut prendre du recul. » Mais le journaliste, pourtant connu pour son franc-parler, s’est montré très embarrassé. Il a fini par lâcher, en direct : « Je dois vous dire la vérité : j’ai l’impression d’avoir l’esprit assez large… mais si c’était ma sœur et qu’on lui touchait les seins sur une statue, je n’aimerais pas du tout. Ça me gênerait énormément. » Un aveu rare qui a marqué les auditeurs et relancé le débat.
Pourquoi cette « tradition » pose un vrai problème sociétal
Au-delà de l’anecdote, toucher systématiquement les seins d’une statue de femme pose plusieurs questions de fond : - Sexualisation post-mortem du corps féminin - Normalisation du toucher sans consentement, même symbolique - Transmission d’un message implicite aux jeunes générations : le corps des femmes célèbres « appartient » au public - Comparaison avec d’autres monuments où ce phénomène n’existe pas (statues masculines rarement touchées aux parties génitales)
Comparatif, ces autres statues de femmes victimes du même phénomène
| Ville | Statue | Partie touchée | Conséquence | Mesure prise |
|---|---|---|---|---|
| Paris (Montmartre) | Dalida (1997) | Seins | Bronze décoloré et brillant | Aucune pour l’instant |
| Dublin | Molly Malone (1988) | Seins | Bronze complètement doré | Patrouilles et sensibilisation |
| Vérone | Juliette (Capulet) | Sein droit | Statue remplacée en 2014 | Nouvelle statue protégée par grille |
| Bologne | Fontaine de Neptune | Testicules du dieu (homme) | Usure visible | Aucune mesure spécifique |
On remarque que le phénomène existe aussi sur certaines statues masculines, mais reste beaucoup plus rare et moins sexualisé.
Dalida, une icône encore sexualisée 38 ans après sa disparition
Dalida est morte en 1987. Près de quatre décennies plus tard, son image reste fortement associée à la sensualité. Ses chansons (« Il venait d’avoir 18 ans », « Mourir sur scène »), ses tenues, son physique continuent d’alimenter une forme de fantasme collectif. La statue de Montmartre, avec son décolleté généreux et son regard mélancolique, participe malgré elle à cette image. Pour beaucoup de féministes, laisser des milliers de mains caresser ses seins en bronze revient à prolonger cette objectisation, même après sa mort.
Que peut faire la Ville de Paris ?
Plusieurs solutions sont envisageables : 1. Installer une vitre de protection ou un cordon comme pour Juliette à Vérone 2. Poser une plaque explicite : « Merci de respecter l’œuvre et la mémoire de Dalida » 3. Lancer une campagne de sensibilisation avec des hôtesses sur place (comme à Dublin) 4. Déplacer la statue dans un lieu plus surveillé Pour l’instant, la mairie reste silencieuse, probablement par peur d’être accusée de « censure » ou de briser une « tradition populaire ». Ce qui peut paraître comme un geste anodin (« c’est juste du bronze ») révèle en réalité une banalisation persistante du toucher non consenti sur le corps des femmes, même symbolique. L’aveu de gêne de Marc-Olivier Fogiel, face à un Orlando qui minimise, résume parfaitement le malaise. Dalida mérite mieux qu’un rituel qui transforme son hommage en attraction vaguement grivoise. Peut-être est-il temps que Paris, ville des lumières et des droits des femmes, prenne enfin position.
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