La Servante écarlate : Quand la littérature féministe est censurée au Canada

La Servante écarlate : Quand la littérature féministe est censurée au Canada

Auteur : Aurore BAUDRY

Date : 04 septembre 2025 à 17:00

Le roman La Servante écarlate, chef-d'œuvre de Margaret Atwood et inspiration de la célèbre série télévisée, se retrouve au cœur d’une polémique : certaines écoles canadiennes l’interdisent. Retour sur cette censure qui soulève l’indignation de l’autrice et des lecteurs du monde entier.

 

Une dystopie visionnaire et intemporelle

 

Publié dans les années 1970, La Servante écarlate décrit une société totalitaire où les droits reproductifs des femmes sont sévèrement restreints. À travers l’histoire de Offred, Margaret Atwood dénonce les violences patriarcales, la misogynie institutionnalisée et la régression sociale face aux avancées féministes.

La série éponyme, portée par Elisabeth Moss, a remis ce roman au centre des débats. Chaque épisode semble anticiper les crises actuelles : restrictions de l’avortement, législation réactionnaire et banalisation de la misogynie. Cette vision a valu au roman le statut de véritable classique subversif, toujours d’actualité.

 

La censure au Canada, un demi-siècle après Roe et Wade

 

Alors que l’arrêt historique Roe vs Wade avait garanti le droit à l’avortement aux États-Unis, la censure de La Servante écarlate revient dans une autre partie du continent nord-américain : l’Alberta, au Canada. Selon les autorités locales, plus de 200 livres “à caractère sexuel” seront retirés des bibliothèques publiques et scolaires d’ici octobre, incluant le roman d’Atwood.

Le conservatisme rencontre ici la misogynie, avec pour conséquence le bannissement d’œuvres qui dénoncent l’injustice sociale et l’oppression des femmes.

 

La liste des livres interdits en Alberta

 

Roman Auteur Année Raison de l'interdiction
La Servante écarlate Margaret Atwood 1985 Contenu sexuel explicite
Le Meilleur des mondes Aldous Huxley 1932 Contenu sexuel explicite

 

Réaction de Margaret Atwood face à la censure

 

Margaret Atwood, âgée de 85 ans, ne se laisse pas intimider par cette interdiction. Dans une tribune ironique, elle encourage ses lecteurs à se procurer le roman avant qu’il ne soit “brûlé en public” :

La Servante écarlate, le livre, pas la série, vient d’être banni à Edmonton… Ne le lisez pas, vos cheveux vont prendre en feu ! Procurez-vous un exemplaire maintenant avant qu’il ne soit brûlé en public.

Cette réaction souligne l’esprit combatif de l’autrice et rappelle l’importance de la littérature comme outil de résistance face aux régressions sociales.

 

Pourquoi ce roman dérange-t-il autant ?

 

Le roman dérange car il met en lumière des vérités inconfortables :

  • La misogynie structurelle et institutionnelle
  • Les risques d’un recul des droits des femmes
  • La critique des sociétés patriarcales extrêmes

Ces thèmes, toujours d’actualité, semblent provoquer une réaction disproportionnée des censeurs qui considèrent le contenu sexuel comme une menace pour la jeunesse.

 

Impact sur les lecteurs et lectrices

 

La censure ne fait qu’accentuer l’intérêt pour le roman. Dans un contexte où les droits des femmes sont encore discutés et menacés, La Servante écarlate devient un symbole de résistance culturelle et féministe. Les lecteurs sont encouragés à lire, réfléchir et discuter des enjeux sociétaux évoqués.

 

Une leçon universelle sur la liberté de lecture

 

La situation en Alberta rappelle que la liberté de lecture est fragile. Les œuvres littéraires, qu’elles dénoncent l’injustice ou célèbrent l’émancipation, peuvent toujours être censurées. Il est crucial de défendre le droit d’accéder à ces textes pour préserver la mémoire culturelle et encourager le débat public.

 

L'interdiction de livres par région

 

Région Nombre de livres interdits Exemples
Alberta, Canada 200+ La Servante écarlate, Le Meilleur des mondes
États-Unis (divers États) 100+ La Servante écarlate, Beloved, Maus

 

La Servante écarlate est bien plus qu’un roman : c’est un avertissement et un appel à la vigilance face aux régressions sociales et à la censure. Margaret Atwood continue d’inspirer des millions de lecteurs, et son œuvre demeure un pilier du combat pour l’égalité et la liberté de pensée.

Dans un monde où certaines voix tentent d’effacer la mémoire et les critiques sociales, il est essentiel de continuer à lire, à partager et à discuter des livres qui font réfléchir. L’interdiction d’un livre ne fait que renforcer sa valeur et son importance culturelle.

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