Le Parisien en grève des signatures : inquiétudes autour d’un possible rachat par le groupe Bolloré

Le Parisien en grève des signatures : inquiétudes autour d’un possible rachat par le groupe Bolloré

Auteur : Aurore BAUDRY

Date : 06 octobre 2025 à 15:45

La tension monte au sein de la rédaction du quotidien Le Parisien - Aujourd’hui en France. Après plusieurs jours de mobilisation, les journalistes ont décidé d’entamer un mouvement inédit : une « grève des signatures », symbolisant leur inquiétude croissante face à deux enjeux majeurs — le non-respect d’engagements d’embauches et la crainte d’une éventuelle vente du titre au groupe Bolloré. Cette action s’ajoute à une série de grèves qui témoignent d’une crise profonde au sein du journal.

 

Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée

 

Quelques jours seulement après une première grève ayant perturbé la parution du journal, une nouvelle assemblée générale s’est tenue le 30 septembre. Le résultat du vote illustre la détermination des salariés : 120 voix pour la reconduction du mouvement, 84 contre et 16 abstentions. Cette nouvelle grève, démarrée dès mardi à 14h, devait se poursuivre jusqu’à mercredi 23h59.

Bien que la participation ait légèrement diminué par rapport à la semaine précédente, la volonté de continuer la mobilisation reste forte. Les journalistes veulent diversifier leurs modes d’action, d’où l’idée d’une grève des signatures chaque lundi. Les articles paraîtront sans mention nominative, simplement signés « Le Parisien », pour afficher un front uni face à la direction.

 

Les causes de la colère, promesses non tenues et manque de visibilité

 

Les revendications des salariés s’articulent autour de deux axes principaux : le respect des promesses d’embauche et la préservation de l’indépendance éditoriale.

Concernant le premier point, les syndicats accusent la direction de ne pas avoir tenu ses engagements. En effet, un accord conclu au printemps prévoyait 46 départs volontaires compensés par 17 recrutements. Or, ces nouvelles embauches n’ont toujours pas été réalisées, selon Olivier Corsan, représentant SNJ au CSE du Parisien.

Le recours massif à des contrats précaires — pigistes et CDD — fragilise les équipes et nuit à la qualité du travail journalistique. « Quand la moitié des services fonctionne avec des contrats temporaires, il devient difficile d’assurer la continuité et la rigueur de l’information », souligne un salarié.

 

Les chiffres clés du plan de réorganisation

 

Éléments Objectif initial Situation actuelle
Départs volontaires prévus 46 En cours (40 réalisés)
Embauches promises 17 Non réalisées à ce jour
Taux de salariés en CDD/pigistes Moins de 20 % (objectif) Environ 50 %

 

Le spectre d’une reprise par le groupe Bolloré

 

Au-delà des questions sociales, l’avenir même du journal est en jeu. La rédaction redoute une cession du Parisien au groupe Bolloré, évoquée par le magazine Challenges en septembre. Pour l’instant, le propriétaire actuel du titre, LVMH, n’a ni confirmé ni démenti cette hypothèse. Cette incertitude alimente un climat d’anxiété et de méfiance.

Vincent Bolloré, déjà à la tête d’un vaste empire médiatique, contrôle notamment Canal+, CNews, Prisma Media (« Voici », « Capital », « Femme Actuelle ») ainsi que, via le groupe Lagardère, Europe 1 et le Journal du Dimanche. Cette concentration des médias suscite de vives inquiétudes quant à la pluralité de l’information et à l’indépendance des rédactions.

 

Une inquiétude partagée dans le monde journalistique

 

Les syndicats de journalistes, toutes tendances confondues, dénoncent depuis plusieurs années l’emprise idéologique du groupe Bolloré sur ses médias. De nombreux observateurs pointent une uniformisation éditoriale et une orientation politique marquée dans certaines rédactions passées sous son contrôle. Les journalistes du Parisien craignent que leur titre, reconnu pour son ancrage local et national, perde son indépendance et sa crédibilité.

 

Une direction sur la défensive

 

Dans un message interne relayé par l’AFP, la direction du journal a tenté d’apaiser les tensions. Elle a assuré que « la qualité des conditions de travail et le respect des engagements pris demeurent des priorités ». Toutefois, ces promesses sont jugées insuffisantes par une majorité de salariés, qui réclament des actes concrets plutôt que des discours.

Le sentiment de défiance reste fort. « Nous voulons simplement faire notre métier, informer sans pression économique ou idéologique », confie un journaliste du service politique. Cette position illustre la volonté collective de préserver l’identité du Parisien face aux logiques de groupe.

 

Les enjeux de l’indépendance de la presse française

 

La situation du Parisien s’inscrit dans un contexte plus large de concentration des médias en France. De nombreux titres historiques appartiennent désormais à de grands groupes industriels ou financiers, dont les intérêts dépassent largement le cadre journalistique. Cette tendance alimente les débats sur la liberté de la presse et la diversité des opinions.

Selon le Syndicat National des Journalistes, la France doit renforcer ses garanties légales pour protéger les rédactions de toute interférence politique ou économique. La mobilisation des journalistes du Parisien pourrait, à terme, relancer le débat national sur la gouvernance des médias.

 

Un mouvement symbolique appelé à durer

 

La « grève des signatures » illustre une nouvelle forme de contestation, plus visible et durable. Chaque lundi, les articles dépourvus de signatures personnelles rappelleront aux lecteurs la détermination des journalistes à défendre leur indépendance. Ce geste, bien que symbolique, envoie un message fort : la liberté de la presse n’est pas négociable.

Les journalistes espèrent que cette mobilisation prolongée permettra d’obtenir des garanties solides, tant sur le plan social qu’éditorial. En attendant, la rédaction du Parisien reste unie face à un avenir incertain.

Le conflit au Parisien illustre la fragilité de l’équilibre entre rentabilité économique et mission d’information. Si la direction affirme vouloir apaiser la situation, les salariés exigent des engagements concrets et vérifiables. Le débat sur le futur du titre dépasse désormais le simple cadre syndical : il questionne la place même du journalisme indépendant dans un paysage médiatique de plus en plus concentré.

La suite dépendra de la capacité de la direction, du propriétaire et des journalistes à trouver un terrain d’entente respectueux de l’identité du Parisien et de sa mission première : informer le public avec rigueur, honnêteté et liberté.

Articles similaires

Grève au Parisien : 72% des salariés contre la vente au groupe Bolloré

Grève au Parisien : 72% des salariés contre la vente au groupe Bolloré

La rédaction du Parisien/Aujourd’hui en France vit une période de turbulences. Alors que des...

« Ce serait une catastrophe » Pourquoi la rédaction du Parisien demande à Bernard Arnault de renoncer à une vente éventuelle au groupe Bolloré

« Ce serait une catastrophe » Pourquoi la rédaction du Parisien demande à Bernard Arnault de renoncer à une vente éventuelle au groupe Bolloré

Depuis les premières informations relayées par la presse économique, des rumeurs circulent quant...

Transfert à l’OM : Les inquiétudes autour d’Ismaël Bennacer

Transfert à l’OM : Les inquiétudes autour d’Ismaël Bennacer

Alors que le mercato estival bat son plein, le nom d’Ismaël Bennacer revient sur le devant de la...

Commentaires

Soyez le premier à commenter cet article !