Ce lundi 24 novembre 2025, Arte rediffuse Le Rideau déchiré (1966), l’un des thrillers d’espionnage les plus méconnus d’Alfred Hitchcock. Derrière ce film au casting glamour composé de Julie Andrews et Paul Newman se cache une bataille historique : le Maître du suspense voulait absolument retrouver Eva Marie Saint et Cary Grant, le duo légendaire de La Mort aux trousses. Universal Pictures en a décidé autrement.
Découvrez l’histoire complète de ce casting imposé, les raisons commerciales qui ont tout changé et pourquoi, malgré les contraintes, Le Rideau déchiré reste un film passionnant de la filmographie hitchcockienne.
Le Rideau déchiré, un contexte marqué par la Guerre froide
Sorti en 1966, Le Rideau déchiré est le 50ᵉ film d’Alfred Hitchcock et son unique incursion directe dans l’univers de l’espionnage est-ouest au plus fort de la Guerre froide. L’intrigue met en scène Michael Armstrong (Paul Newman), un physicien nucléaire américain qui semble vouloir défectionner vers l’Allemagne de l’Est. Sa fiancée Sarah (Julie Andrews) le suit et découvre que tout n’est peut-être pas ce qu’il y paraît.
Le film est inspiré de l’affaire réelle des diplomates britanniques Guy Burgess et Donald Maclean qui avaient fui à Moscou en 1951. Hitchcock, fasciné par les trahisons et les doubles jeux, voulait un thriller politique froid et réaliste, loin des gadgets de James Bond.
Le casting rêvé d’Hitchcock, Eva Marie Saint et Cary Grant
Pour Hitchcock, le choix des acteurs était aussi important que le scénario. Après le triomphe de La Mort aux trousses (1959) avec Cary Grant et Eva Marie Saint, le réalisateur était convaincu que ce duo incarnait la quintessence du glamour hitchcockien : élégance, charisme et alchimie parfaite.
En 1964-1965, il prépare donc Le Rideau déchiré en pensant à eux :
- Cary Grant pour le rôle du professeur Armstrong (âgé de 61 ans à l’époque, il aurait incarné un scientifique plus mature)
- Eva Marie Saint pour Sarah, la fiancée tenace
Malheureusement, Cary Grant avait officiellement pris sa retraite après Charade (1963) et refusait systématiquement les nouveaux projets. Quant à Eva Marie Saint, bien qu’intéressée, elle se retrouvait liée aux décisions du studio.
Pas de printemps pour Marnie, l’échec qui a tout changé
Le véritable tournant arrive avec l’échec commercial de Pas de printemps pour Marnie (1964) avec Tippi Hedren et Sean Connery. Le film ne rapporte que 7 millions de dollars pour un budget de 3 millions et déçoit la critique.
Universal Pictures, qui finance désormais les films d’Hitchcock après le rachat de ses anciens contrats, panique. Le studio impose alors une règle claire : plus de liberté artistique totale tant que le box-office n’est pas garanti. Pour Le Rideau déchiré, ils exigent des stars bankables capables d’attirer le grand public.
Julie Andrews et Paul Newman, les stars imposées par Universal
En 1965, deux noms dominent Hollywood :
- Julie Andrews : fraîchement couronnée d’un Oscar pour Mary Poppins (1964) et star planétaire grâce à La Mélodie du bonheur (1965), le plus gros succès de l’année.
- Paul Newman : au sommet avec L’Arnaqueur, Hud, Le Rideau de fer… Un sex-symbol et un acteur respecté.
Universal impose donc ce duo à Hitchcock, qui n’a pas son mot final. Le réalisateur, bien qu’agacé, accepte à contrecœur. Julie Andrews, habituée aux comédies musicales, doit ici incarner une femme déterminée dans un thriller sombre – un défi immense.
| Casting souhaité par Hitchcock | Casting imposé par Universal |
|---|---|
| Cary Grant (Michael Armstrong) | Paul Newman (Michael Armstrong) |
| Eva Marie Saint (Sarah Sherman) | Julie Andrews (Sarah Sherman) |
| Raison | Recherche d’alchimie déjà prouvée (La Mort aux trousses) |
| Raison du refus | Retraite de Grant + besoin de stars ultra-bankables après l’échec de Marnie |
Le Rideau déchiré, un succès commercial malgré les tensions
Contre toute attente, le pari d’Universal fonctionne. Avec un budget de 3 millions de dollars, le film en rapporte 13 millions dans le monde et devient le 6ᵉ plus gros succès de la carrière d’Hitchcock.
| Film Hitchcock | Recettes mondiales (en millions $) | Rang dans la carrière |
|---|---|---|
| Psychose (1960) | 50 | 1ᵉʳ |
| Les Oiseaux (1963) | 11,4 | 8ᵉ |
| Le Rideau déchiré (1966) | 13 | 6ᵉ |
| Pas de printemps pour Marnie (1964) | 7 | 15ᵉ |
En France, le film réalise 703 000 entrées, un score honorable mais loin des blockbusters de l’époque comme La Grande Vadrouille (17 millions d’entrées la même année).
Pourquoi Le Rideau déchiré reste un Hitchcock à redécouvrir
Malgré les critiques mitigées à sa sortie (beaucoup reprochaient au couple Andrews-Newman un manque de chimie), le film a gagné en stature avec le temps :
- Une tension permanente digne des meilleurs Hitchcock
- Une scène de meurtre ultra-réaliste (la fameuse séquence dans la cuisine)
- Un regard lucide sur la paranoïa de la Guerre froide
- Des seconds rôles formidables (Lila Kedrova, Tamara Toumanova…)
Au fil des années, de nombreux critiques et cinéphiles considèrent aujourd’hui Le Rideau déchiré comme l’un des Hitchcock les plus sous-estimés des années 60.
Le Rideau déchiré sur Arte, à quelle heure et face à quelle concurrence ?
Ce lundi 24 novembre 2025 à 20 h 55, Arte propose Le Rideau déchiré en version restaurée. La chaîne fait face à une soirée très concurrentielle :
- TF1 : suite de la série Menace imminente
- France 2 : téléfilm inédit
- M6 : suite de L’amour est dans le pré saison 20
- France 3 : Mort sur terre battue avec Florent Peyre et Yannick Noah
Une belle occasion de (re)découvrir ce thriller hitchcockien souvent eclipsé par les chefs-d’œuvre plus célèbres du réalisateur.
Le Rideau déchiré est l’exemple parfait du génie d’Hitchcock capable de transcender les contraintes imposées par les studios. Même privé de son couple fétiche Grant / Saint, le Maître a livré un thriller politique tendu, techniquement impeccable et profondément humain.
Prenez place devant Arte ce soir : vous ne le regretterez pas.
Le Rideau déchiré – Lundi 24 novembre 2025 à 20h55 sur Arte.
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