À l'occasion de la rediffusion du film culte Les Tontons Flingueurs dimanche 4 janvier 2026 à 21h05 sur France 2, il est opportun de revenir sur un épisode moins connu de la carrière de Lino Ventura. Trois ans avant sa disparition, l'acteur emblématique du cinéma français vivait un tournage complexe et tendu avec le réalisateur italien Francesco Rosi pour le film Cent jours à Palerme.
Un classique du cinéma français revisité
Les Tontons Flingueurs, réalisé par Georges Lautner en 1963, reste une référence majeure du cinéma français. Lino Ventura y côtoie Bernard Blier, Claude Rich et Francis Blanche dans une comédie policière portée par les dialogues incisifs de Michel Audiard. La diffusion sur France 2 permet aux nouvelles générations de découvrir ou redécouvrir ce film devenu culte.
Mais l’attention des cinéphiles avertis se tourne également vers les derniers grands films de Ventura, et notamment Cent jours à Palerme, sorti en 1984. Inspiré de faits réels, le long-métrage retrace l’assassinat du général Carlo Alberto Dalla Chiesa et de son épouse par la mafia sicilienne, après qu’il eut été nommé préfet de Palerme pour lutter contre le crime organisé.
Une collaboration difficile avec Francesco Rosi
Lino Ventura, alors âgé de 65 ans, a exprimé publiquement sa frustration envers le réalisateur italien. Lors d’une interview pour la chaîne RTS en 1985, il déclarait : "Ça n'a pas très bien fonctionné avec le metteur en scène. [...] À mon avis, son qualificatif de metteur en scène est un peu usurpé. Mais une fois que la machine est en marche, il faut aller jusqu'au bout."
Clélia Ventura, sa fille, est revenue sur ces tensions dans une interview en 2012. Elle explique que le problème principal résidait dans la mise en scène : "Il ne comprenait pas bien ses intentions. Même le réalisateur ne savait d'ailleurs pas ce qu'il voulait. Lorsqu'on a un metteur en scène qui ne sait pas bien ce qu'il veut, c'est horrible pour l'équipe technique et les acteurs. Autant il aimait les gens qui avaient des doutes. Mais du doute à ne pas savoir ce qu'on veut, il y a un monde."
Une trahison ressentie par Ventura
Lino Ventura avait également investi un effort considérable pour parler l’italien et travailler son accent afin d’incarner au mieux Dalla Chiesa. Pourtant, le réalisateur a choisi de le faire doubler par un autre acteur dans la version italienne du film. Cette décision a profondément marqué l'acteur : "Il a vécu ça comme une trahison. Quand il est rentré à la maison, il était dans une colère folle. 'Je ne veux plus entendre parler de celui-là !' en parlant du réalisateur."
Ce sentiment de trahison illustre non seulement l’exigence professionnelle de Ventura, mais aussi son attachement à l’authenticité et au respect du travail d’acteur, même dans des conditions de tournage difficiles.
La mafia, omniprésente sur le plateau
Le tournage de Cent jours à Palerme s’est déroulé sous une tension constante. Selon Clélia Ventura, la présence de membres de la mafia locale était une réalité concrète sur le plateau : "Il y avait en permanence deux personnes de la mafia sur le tournage, et les acteurs avaient leurs valises prêtes, au cas où. On disait aux acteurs tous les matins d'avoir leurs valises prêtes, parce que si la mafia leur disait de dégager, ils dégageaient."
Cette atmosphère particulière ajoute une dimension historique et humaine au film, révélant les risques et la gravité auxquels Ventura et son équipe étaient confrontés, loin des studios hollywoodiens protégés.
Un acteur fidèle à ses principes
Lino Ventura reste aujourd'hui une figure emblématique du cinéma français pour son professionnalisme et sa rigueur. Ses choix artistiques, sa fidélité à l'authenticité de ses rôles et son engagement personnel ont marqué durablement l’histoire du cinéma, laissant derrière lui une carrière jalonnée de succès et de respect par ses pairs.
Le contraste entre le tournage tendu de Cent jours à Palerme et le succès populaire des comédies comme Les Tontons Flingueurs illustre la dualité de sa carrière : entre films exigeants et réalistes et œuvres cultes au succès immédiat, Ventura a su imposer son talent et sa personnalité singulière.
L’héritage durable de Lino Ventura
Au-delà des anecdotes et des tensions de tournage, l’héritage de Lino Ventura se mesure dans l’influence qu’il continue d’exercer sur les acteurs contemporains et sur la mémoire collective du cinéma français. Son exigence, son intégrité et sa capacité à incarner des personnages complexes font de lui un modèle pour les générations suivantes.
À l’heure où Les Tontons Flingueurs est rediffusé sur France 2, les spectateurs peuvent non seulement redécouvrir le charme et la verve de Ventura, mais également apprécier les coulisses parfois tumultueuses d’un acteur prêt à tout pour la vérité de ses rôles.
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