Manger mieux sans tomber dans la restriction, retrouver des repères simples et durables, et sortir de la logique de surconsommation : c’est le cœur du message délivré par le Dr Jimmy Mohamed dans une récente prise de parole largement relayée sur les réseaux sociaux. Le médecin et chroniqueur santé y invite les Français à s’inspirer d’un modèle européen souvent cité pour son équilibre : la Suède. À travers le concept du lagom, il défend une approche mesurée de l’alimentation, fondée sur la modération, l’écoute du corps et la prévention à long terme.
Dans un contexte où les troubles métaboliques progressent et où l’alimentation ultra-transformée occupe une place croissante, ce discours trouve un écho particulier. Derrière la formule accrocheuse, le propos s’inscrit dans une réflexion plus large sur nos habitudes alimentaires et leur impact sur la santé publique.
Jimmy Mohamed, un médecin engagé dans la pédagogie de la santé
Âgé de 38 ans, le Dr Jimmy Mohamed s’est imposé ces dernières années comme l’un des visages les plus médiatiques de la prévention santé en France. Médecin généraliste de formation, chroniqueur régulier à la télévision et à la radio, il s’est donné pour mission de rendre accessibles des notions médicales souvent complexes.
Son dernier ouvrage, « Je mange bien, je vais bien », s’inscrit dans cette logique pédagogique. Loin des régimes miracles ou des promesses rapides, le livre propose une approche pragmatique de la nutrition, basée sur des données scientifiques et sur l’expérience clinique.
La vidéo dans laquelle il affirme : « Pour votre santé, vous devez manger comme un Suédois »
s’inscrit directement dans cette démarche de vulgarisation. L’objectif n’est pas d’imposer un modèle culturel, mais de mettre en lumière des principes simples et transposables.
Le « lagom » suédois, une philosophie de la juste mesure
Au cœur du raisonnement de Jimmy Mohamed se trouve un mot-clé de la culture scandinave : lagom. Difficile à traduire littéralement, ce terme signifie « ni trop, ni trop peu ». Il s’applique aussi bien au travail, à la consommation, qu’à l’alimentation.
Sur le plan nutritionnel, le lagom repose sur une idée simple : manger suffisamment pour couvrir ses besoins, sans excès. Une notion qui peut sembler évidente, mais qui se heurte à de nombreuses habitudes modernes.
« Le principe est simple, c’est de manger de façon raisonnable, de ne pas avoir l’estomac complètement rempli », explique le médecin. Il pointe un comportement très répandu : s’arrêter de manger uniquement lorsque la sensation d’inconfort apparaît.
Or, les signaux de satiété sont souvent ignorés ou retardés, notamment lorsque les repas sont pris rapidement, devant un écran, ou composés d’aliments très caloriques et peu rassasiants.
Trop manger, un facteur de risque largement documenté
Le message de Jimmy Mohamed rejoint un consensus médical bien établi : la suralimentation chronique est associée à de nombreux risques pour la santé.
- prise de poids progressive et obésité
- diabète de type 2
- hypertension artérielle
- maladies cardiovasculaires
- troubles digestifs et inflammatoires
Contrairement à une idée reçue, ces effets ne sont pas uniquement liés à la qualité des aliments, mais aussi aux quantités consommées. Même des produits considérés comme « sains » peuvent devenir problématiques lorsqu’ils sont consommés en excès.
La particularité des sociétés occidentales réside dans l’abondance permanente : portions surdimensionnées, accès constant à la nourriture, incitations commerciales répétées. Dans ce contexte, le lagom agit comme un contrepoids culturel.
Le parallèle avec Okinawa et le « hara hachi bu »
Pour appuyer son propos, Jimmy Mohamed établit un parallèle avec une autre région du monde souvent citée dans les études sur la longévité : Okinawa, au Japon.
Cette île est connue pour sa forte concentration de centenaires et pour un mode de vie qui combine alimentation, activité physique et lien social. L’un des principes alimentaires traditionnels d’Okinawa est le hara hachi bu.
Ce concept signifie littéralement : « manger jusqu’à 80 % de sa satiété ». Autrement dit, quitter la table avant de se sentir totalement rassasié.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit ni de politesse ni de restriction volontaire. C’est une manière d’anticiper les signaux de satiété, qui mettent plusieurs minutes à être pleinement perçus par le cerveau.
Manger à 80 % de sa faim, un mécanisme physiologique
Sur le plan biologique, la sensation de satiété n’est pas immédiate. Elle dépend de signaux hormonaux et nerveux déclenchés par l’ingestion des aliments.
Lorsque l’on mange trop vite ou trop abondamment, le corps n’a pas le temps d’envoyer ces signaux. Résultat : on mange au-delà de ses besoins réels.
En s’arrêtant volontairement un peu plus tôt, comme le suggère le hara hachi bu, on laisse au système digestif le temps de réguler l’appétit. Cette approche est aujourd’hui étudiée dans le cadre de la restriction calorique modérée, associée à une amélioration de certains marqueurs métaboliques.
Jimmy Mohamed insiste toutefois sur un point essentiel : il ne s’agit pas de se priver ni de se frustrer.
Réduire sans s’affamer, une nuance essentielle
« Il ne faut aucunement s’affamer ou se frustrer sur le plan psychologique », rappelle le médecin. La distinction est fondamentale, notamment dans un contexte où les troubles du comportement alimentaire sont en augmentation.
L’objectif n’est pas de contrôler chaque calorie, mais de retrouver une relation plus consciente à la nourriture. Cela passe par :
- manger plus lentement
- être attentif aux sensations de faim et de satiété
- différencier la faim réelle de l’envie émotionnelle
- réduire les grignotages automatiques
Selon Jimmy Mohamed, une légère réduction des apports caloriques suffit souvent à relancer ces mécanismes naturels, sans générer de frustration durable.
Une critique assumée de la société de surconsommation
Le discours du médecin s’inscrit également dans une critique plus large de notre environnement alimentaire. « On est dans une société qui incite énormément à la consommation, et à la consommation d’aliments qui sont mauvais pour notre santé », observe-t-il.
Publicités omniprésentes, produits hyper-palatables, promotions sur les portions XXL : tout concourt à banaliser l’excès.
Dans ce contexte, s’inspirer de modèles culturels comme le lagom ou le hara hachi bu permet de replacer l’individu au centre de ses choix, plutôt que de subir des stimuli constants.
Une approche durable de la santé, loin des effets de mode
En citant Benjamin Franklin — « Pour allonger ta vie, réduis tes repas »
— Jimmy Mohamed rappelle que cette idée n’est ni nouvelle ni marginale. Elle traverse les siècles et les cultures.
Ce qui distingue son approche, c’est sa volonté de la rendre compatible avec la vie moderne, sans dogmatisme. Pas de régime strict, pas d’aliments interdits, mais un changement progressif des comportements.
Une stratégie qui, selon de nombreux professionnels de santé, est la seule réellement efficace sur le long terme.
Pourquoi ce message trouve un tel écho aujourd’hui
Si cette prise de parole suscite autant d’intérêt, c’est qu’elle répond à une préoccupation largement partagée : comment mieux manger sans complexité ni culpabilité.
Dans un paysage nutritionnel saturé d’informations contradictoires, la simplicité du message — manger un peu moins, mais mieux, et en conscience — apparaît comme une boussole rassurante.
En s’appuyant sur des exemples culturels concrets et des données scientifiques accessibles, Jimmy Mohamed propose une voie médiane, réaliste et durable.
Un rappel utile, à l’heure où la santé passe de plus en plus par l’assiette.
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