L’interview du 24 novembre 2025 entre Manuel Bompard, député de La France insoumise, et Apolline de Malherbe, figure emblématique de BFMTV, a rapidement tourné au duel verbal. Entre accusations d’amalgames, rappels politiques et tensions autour d’affaires internes à LFI, cet échange a suscité un vif intérêt médiatique et un véritable débat sur la manière de conduire une interview politique en France.
Un face-à-face attendu dans un climat politique sous tension
L’émission Face à Face est l’un des rendez-vous phares de la matinale de BFMTV. En recevant Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise et député des Bouches-du-Rhône, la chaîne savait qu’un moment fort pouvait émerger. Quelques semaines plus tôt, l’élu insoumis avait publiquement critiqué la journaliste, ouvrant déjà la voie à une rencontre sous haute tension.
Dès les premières minutes, le ton s’installe : incisif, direct, presque frontal. Apolline de Malherbe aborde rapidement une vidéo controversée montrant Sébastien Delogu, accompagné de Rima Hassan, interpellé dans la rue sur la question : « À qui appartient ce pays ? ». La réponse « À la DZ ! », prononcée par le député marseillais, avait largement circulé sur les réseaux sociaux.
Pour Manuel Bompard, le traitement médiatique de cette séquence manque de nuance. Il critique la tentation selon lui fréquente des journalistes d’associer certains termes à des groupes ou mouvements au sens négatif. La journaliste, elle, estime qu’il est essentiel d’interroger ces ambigüités. Dès lors, la tension monte d’un cran.
Quand la notion de “DZ” devient le cœur du débat
Lorsqu’Apolline de Malherbe évoque l’expression « la DZ », Bompard rectifie immédiatement : selon lui, la journaliste établit un amalgame en laissant entendre une référence à la « DZ Mafia », ce qu’il considère comme une interprétation erronée. L’échange se durcit :
— « Ce terme n’a absolument rien à voir avec un groupe criminel », affirme-t-il, agacé.
— « Alors pourquoi l’utiliser ainsi dans une vidéo publique ? », insiste la journaliste.
Manuel Bompard rappelle qu’il s’agit d’une discussion filmée sur le vif, en contexte informel. Pour lui, cette polémique illustre une déconnexion entre la vie quotidienne des élus sur le terrain et la manière dont certaines séquences sont réinterprétées dans les médias.
Sophia Chikirou s’invite dans l’entretien et enflamme le plateau
Si le débat semblait déjà crispé, il se déplace ensuite vers un autre terrain : l’affaire autour d’un message privé attribué à la députée Sophia Chikirou, contenant un propos jugé homophobe. Apolline de Malherbe interroge le député insoumis à ce sujet, en soulignant que l’élue refuse systématiquement les interviews et ne peut donc pas s’expliquer en personne.
C’est à ce moment que l’échange dérape réellement. Manuel Bompard, visiblement irrité, reproche à la journaliste de baser une partie de son interview sur des messages « volés, privés, arrachés à leur contexte ». Il dénonce un procédé qu’il estime peu compatible avec le débat politique de fond.
La journaliste insiste néanmoins : un élu qui s’exprime, même en message privé, porte une responsabilité. Bompard refuse d’endosser le rôle de porte-parole des propos personnels de ses collègues et rappelle qu’il « n’a pas vocation à commenter des conversations privées ».
Un dialogue devenu inaudible, chacun tente d’imposer sa parole
Le ton s’élève progressivement. Les deux protagonistes se coupent la parole, rendant certains passages de l’échange difficilement compréhensibles. Apolline de Malherbe tente de reprendre la main, rappelant que son rôle est de poser des questions que se posent les téléspectateurs. Mais Bompard parle par-dessus elle, jugeant la formulation biaisée ou orientée.
La journaliste finit par lui lancer, mi-agacée, mi-dépitée : « Puisque Madame Chikirou refuse les interviews, peut-être pourriez-vous lui transmettre le message », ce à quoi le député rétorque sèchement qu’elle « fait ce qu’elle veut » et qu’il n’a pas à servir d’intermédiaire.
Cette séquence, devenue virale dans les heures qui ont suivi, a profondément divisé l’opinion. Pour certains, la journaliste fait simplement son travail d’investigation. Pour d’autres, Manuel Bompard a raison de dénoncer le traitement jugé sensationnaliste de certains sujets.
Une interview marquante, analyse médiatique et réactions en chaîne
Cette confrontation illustre une tendance croissante dans les interviews politiques françaises : le passage d’une simple question-réponse à une véritable bataille de légitimité. Apolline de Malherbe, réputée pour ses interviews musclées, s’est retrouvée face à un élu déterminé à imposer sa vision d’un débat politique « sain », selon ses mots.
Les réseaux sociaux ont rapidement relayé des extraits de l’entretien. Les soutiens de LFI ont dénoncé une forme d’acharnement médiatique, tandis que d'autres internautes ont salué la ténacité de la journaliste. Le débat sur la frontière entre vie privée, communication politique et liberté journalistique s’est retrouvé relancé.
Dans le paysage médiatique actuel, où chaque séquence peut devenir un objet viral, ce type d’échange devient une arme autant qu’une contrainte. Les personnalités politiques expriment de plus en plus ouvertement une méfiance à l’égard des médias traditionnels, tandis que les journalistes tentent d’anticiper chaque angle d’attaque pour ne pas perdre la main.
Les audiences, un succès notable pour BFMTV
Au-delà du contenu, l’interview a été un succès en termes d’audience. Diffusée entre 8h29 et 8h47, elle a rassemblé 439 000 téléspectateurs avec une part de marché de 13,4 % auprès des quatre ans et plus. Un score solide pour la tranche matinale.
BFMTV a ainsi décroché la place de quatrième chaîne nationale et s’est hissée en tête auprès des 25-49 ans avec 18,6 % de part de marché, une performance particulièrement scrutée par les annonceurs.
| Indicateur | Résultat |
|---|---|
| Nombre de téléspectateurs | 439 000 |
| Part de marché globale | 13,4 % |
| Part de marché 25-49 ans | 18,6 % |
| Classement national | 4ᵉ chaîne |
Cette performance confirme l'intérêt du public pour les débats politiques animés, surtout lorsqu’ils mettent en scène des personnalités marquantes de la vie publique.
Un face-à-face révélateur des fractures politiques françaises
Au-delà de l’échange en lui-même, l’entretien met en lumière plusieurs fractures profondes : la relation entre journalistes et responsables politiques, la place des réseaux sociaux dans le débat public, et le glissement permanent entre vie privée, vie publique et communication politique.
Manuel Bompard incarne une tendance nouvelle chez certains responsables : une volonté de reprendre le contrôle de la narration politique et de refuser tout sujet qui n’entre pas dans leur définition d’un débat « utile ». À l’inverse, Apolline de Malherbe revendique un journalisme sans concession, qui questionne même ce que les responsables souhaiteraient laisser hors champ.
Cette opposition méthodologique crée des moments de tension de plus en plus fréquents, qui fascinent autant qu’ils interrogent.
Le face-à-face entre Manuel Bompard et Apolline de Malherbe du 24 novembre 2025 restera comme l’une des interviews les plus tendues de la saison. Entre désaccords profonds, passes d’armes verbales et enjeux politiques sous-jacents, cette séquence illustre parfaitement l’évolution du débat public français.
Qu’on y voie une tentative de clarification politique ou un affrontement inutile, l’interview aura eu le mérite de susciter un débat de fond sur la manière dont les responsables politiques doivent être interrogés – et sur celle dont les journalistes peuvent exercer leur métier dans un contexte de défiance croissante.
Face à Face reste diffusé du lundi au vendredi à partir de 8h30 sur BFMTV, attirant chaque matin un public curieux de découvrir les personnalités politiques face à l’une des intervieweuses les plus redoutées du paysage audiovisuel.
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