Après 38 ans d’antenne, le Téléshopping de TF1 a tiré sa révérence le 31 décembre 2025. Deux jours plus tard, Marie-Ange Nardi réapparaissait déjà à l’écran… mais sur M6. Un passage éclair d’une chaîne à l’autre, accompagné d’une émotion palpable et d’une colère assumée face à la décision de TF1. À 63 ans, l’animatrice emblématique du télé-achat français ouvre un nouveau chapitre avec My boutique Téléshop’, tout en dénonçant une fin qu’elle juge injuste et humainement brutale.
Ce double mouvement — rupture douloureuse et relance immédiate — raconte bien plus qu’un simple transfert d’antenne. Il éclaire l’évolution du paysage audiovisuel, les mutations du télé-achat et la fragilité des équipes derrière des programmes pourtant installés depuis des décennies.
Retour sur une séquence médiatique qui mêle trajectoire personnelle, choix stratégiques des chaînes et transformation profonde de la télévision française.
La fin d’un programme historique, 38 ans de Téléshopping balayés par TF1
Le 31 décembre 2025, Marie-Ange Nardi et Alexandre Devoise présentent le dernier numéro du Téléshopping sur TF1. Une date symbolique, qui marque la fin d’un programme lancé en 1987 et devenu au fil du temps un rendez-vous familier pour des millions de téléspectateurs matinaux.
TF1 a choisi de mettre un terme définitif à l’émission afin de prolonger Bonjour !, son magazine matinal. Une décision éditoriale stratégique, cohérente avec la volonté de la chaîne de renforcer ses formats d’information et de divertissement à forte valeur d’audience… mais vécue comme un choc pour les équipes historiques du programme.
Le Téléshopping n’était pas seulement une émission de vente. C’était :
- un rendez-vous quotidien installé dans les habitudes,
- un format identifiable par plusieurs générations,
- une vitrine pour des animateurs devenus emblématiques,
- et un écosystème de techniciens, producteurs, conseillers et équipes commerciales.
Pour Marie-Ange Nardi, cette fin ne relève pas d’un simple choix de grille. Elle touche à l’humain, à la loyauté et à l’histoire collective d’une émission qu’elle incarnait depuis de longues années.
« C’est triste pour les emplois », une colère assumée, sans excès mais sans langue de bois
Interrogée après l’arrêt du programme, l’animatrice ne masque ni sa peine, ni son incompréhension. « Je n’ai pas assisté aux discussions entre la production et la chaîne… Mais c’est triste pour les emplois des équipes de l’émission », confie-t-elle avec sobriété.
Cette déclaration, loin de toute polémique artificielle, met en lumière une réalité souvent invisibilisée dans les décisions de programmation : derrière chaque émission supprimée, ce sont des dizaines de professionnels qui voient leur quotidien bouleversé.
L’émotion était déjà palpable lors de ses adieux à l’antenne, où Marie-Ange Nardi avait fondu en larmes. Une réaction sincère, à l’image de sa relation avec le public : directe, humaine, sans distance fabriquée.
La fin du duo qu’elle formait avec Alexandre Devoise est également évoquée avec pudeur : « C’est devenu un ami depuis longtemps, et ça ne changera pas. » Une phrase simple, mais révélatrice de la dimension profondément humaine de cette aventure télévisuelle.
Un transfert express vers M6, deux jours pour rebondir à l’antenne
Le calendrier a de quoi surprendre : dernier Téléshopping sur TF1 le 31 décembre 2025, première apparition sur M6 dès le vendredi 2 janvier 2026. En seulement 48 heures, Marie-Ange Nardi change de chaîne, de décor, de partenaire… mais pas de mission.
Sur M6, elle co-anime désormais My boutique Téléshop’ aux côtés de Charlotte Rosier, du lundi au vendredi à 8h05. Une émission qui ne se contente pas de reproduire les codes anciens du télé-achat, mais qui revendique une volonté de modernisation du genre.
La chaîne a en effet fait le choix stratégique de fusionner :
- l’héritage du Téléshopping de TF1,
- et l’expérience de M6 Boutique, présentée jusque-là par Charlotte Rosier et Laurent Artufel.
Résultat : un nouveau format hybride, pensé pour répondre aux usages contemporains et à la concurrence féroce des plateformes de vente en ligne.
My boutique Téléshop’, une tentative de réinventer le télé-achat
Dans une interview accordée à Télé Poche, Marie-Ange Nardi détaille l’ambition éditoriale de ce nouveau programme. « On va essayer de conseiller les téléspectateurs, avec l’avis d’experts et des consommateurs qui auront testé les produits en amont », explique-t-elle.
Cette orientation marque un tournant dans la philosophie même du télé-achat :
- moins de démonstration purement commerciale,
- plus de pédagogie,
- davantage de transparence sur les usages réels des produits,
- une mise en avant de l’expérience utilisateur.
L’animatrice reconnaît d’ailleurs que les tests produits étaient devenus « un peu moins » présents ces dernières années. Pour elle, cette évolution est pourtant essentielle : « C’est la valeur ajoutée du télé-achat par rapport à la vente en ligne. »
En d’autres termes, M6 tente de repositionner le format non plus comme un simple canal de vente, mais comme un média de recommandation et d’accompagnement à la consommation.
Un enjeu stratégique pour M6 face aux géants du e-commerce
Le repositionnement de My boutique Téléshop’ ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans un contexte où :
- Amazon, Temu, Shein et autres plateformes captent une large part des achats impulsifs,
- les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux avis clients,
- la confiance dans les prescripteurs est devenue un levier déterminant.
En mettant en avant des tests, des experts et des témoignages, l’émission cherche à recréer ce lien de confiance que les algorithmes ne parviennent pas toujours à instaurer.
Le choix de s’appuyer sur une figure reconnue comme Marie-Ange Nardi n’est pas anodin. Son capital sympathie, sa longévité à l’écran et sa crédibilité auprès d’un public fidèle constituent un atout éditorial et stratégique évident pour M6.
Une animatrice au parcours solide, loin des effets de mode
Si le nom de Marie-Ange Nardi reste si fortement associé au télé-achat, c’est aussi parce que son parcours dépasse largement ce seul registre. Présente à la télévision depuis les années 1980, elle a animé de nombreux formats, sur plusieurs chaînes, toujours avec la même signature : une sobriété professionnelle et une proximité assumée avec le public.
Dans un paysage audiovisuel souvent dominé par les personnalités clivantes ou les buzz éphémères, elle incarne une forme de continuité rassurante. Sa longévité repose moins sur la polémique que sur la constance, moins sur la mise en scène de soi que sur le respect du téléspectateur.
Cette crédibilité explique aussi pourquoi ses réactions à l’arrêt du Téléshopping résonnent fortement : elles apparaissent sincères, mesurées et profondément humaines.
Diffusion élargie, M6, W9 et 6ter pour installer le nouveau rendez-vous
M6 ne se contente pas d’une simple case horaire en semaine. La chaîne déploie My boutique Téléshop’ sur plusieurs canaux :
- du lundi au vendredi à 8h05 sur M6,
- chaque samedi dès le 3 janvier 2026 à 8h05 sur W9,
- le samedi également à 9h sur 6ter.
Cette stratégie multi-chaînes vise à :
- installer durablement la marque du programme,
- toucher différents segments d’audience,
- maximiser la visibilité d’un format encore en repositionnement.
Pour Marie-Ange Nardi, cette exposition élargie constitue aussi une forme de reconnaissance professionnelle, après une sortie de TF1 qu’elle n’a manifestement pas choisie.
Au-delà du cas Nardi, ce que révèle cette séquence sur la télévision française
L’affaire dépasse le simple parcours individuel. Elle illustre plusieurs tendances de fond :
- La fragilité des programmes historiques face aux arbitrages économiques.
- La volonté des chaînes de généralistes de rajeunir leurs grilles, parfois au détriment de formats patrimoniaux.
- La nécessité, pour les émissions de télé-achat, de se réinventer face à la concurrence numérique.
- La valeur toujours forte des figures incarnantes dans un univers médiatique saturé.
En quittant TF1 dans la douleur mais en retrouvant immédiatement un micro sur M6, Marie-Ange Nardi incarne à sa manière la résilience d’un métier en mutation permanente.
Son cas rappelle aussi que derrière les logos de chaînes, ce sont avant tout des femmes et des hommes, des équipes soudées, des relations professionnelles et des histoires personnelles qui se jouent à chaque décision de programmation.
Une renaissance crédible, entre émotion et professionnalisme
La colère de Marie-Ange Nardi n’a rien d’un coup médiatique. Elle s’exprime sans excès, sans attaque frontale, mais avec une lucidité qui force le respect. Sa transition vers M6, elle, ne ressemble pas à une opération opportuniste, mais à la continuité d’un engagement professionnel cohérent.
En s’investissant dans un format qui revendique plus de conseil, plus de tests et plus de valeur ajoutée, elle contribue à redonner du sens à un genre souvent caricaturé.
Reste désormais à voir si le public suivra durablement cette nouvelle formule. Mais une chose est certaine : en quelques jours, Marie-Ange Nardi a transformé une fin brutale en nouveau départ maîtrisé — et prouvé, une fois de plus, que l’expérience et la crédibilité demeurent des valeurs fortes dans l’univers télévisuel.
Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article !