En pleine campagne présidentielle 2017, Zinedine Zidane brise son silence habituel pour appeler à faire barrage au Front National. Quelques heures plus tard, Marine Le Pen lui répond sur BFM TV avec une réplique devenue culte : une attaque directe sur les revenus du champion et son supposé intérêt à soutenir Emmanuel Macron. Huit ans après, alors que la présidentielle de 2027 approche, cet échange resurgit régulièrement sur les réseaux et dans les débats. Retour détaillé sur ce moment où sport et politique se sont violemment croisés.
Contexte, la campagne présidentielle 2017 et la peur du « deuxième 2002 »
Au printemps 2017, la France vit l’une des campagnes les plus incertaines de la Ve République. Emmanuel Macron, candidat outsider, affronte Marine Le Pen au second tour. Beaucoup craignent une répétition du choc de 2002, quand Jean-Marie Le Pen avait accédé au second tour face à Jacques Chirac.
Dans ce climat tendu, de nombreuses personnalités publiques prennent position. Zinedine Zidane, alors entraîneur du Real Madrid et icône absolue du football français, choisit ce moment pour sortir de sa réserve politique habituelle.
Zidane prend position, « Les extrêmes, ce n’est jamais bon »
Habitué à esquiver les questions politiques, Zidane accorde une interview rare à RTL le 26 avril 2017. Il y déclare sans ambiguïté :
« Le message, c’est toujours le même, celui de 2002. Je suis loin de toutes ces idées-là, de ce Front national. Donc il faut éviter au maximum ça. Les extrêmes, ce n’est jamais bon. »
Cette prise de position n’est pas une première. En 2002 déjà, le jeune joueur de 29 ans avait déclaré face aux caméras : « Cela peut avoir des conséquences très graves, c’est ce à quoi il faut penser. » Quinze ans plus tard, il reprend quasiment la même formule, preuve d’une constance rare chez les sportifs de haut niveau.
Pour beaucoup d’observateurs, Zidane incarne alors les valeurs républicaines issues des banlieues et de l’immigration. Son appel au barrage résonne particulièrement auprès des jeunes générations.
La réplique immédiate et cinglante de Marine Le Pen sur BFM TV
Le lendemain, 27 avril 2017, Marine Le Pen est invitée sur le plateau de BFM TV. Interrogée sur les déclarations de Zidane, elle riposte avec une violence inattendue :
« Avec ce qu’il gagne, je comprends qu’il vote Macron. Je suppose que monsieur Zidane a pas mal de capital financier et que donc il a tout intérêt probablement à l’élection de monsieur Macron pour préserver la richesse qu’il a pu obtenir, grâce à son talent évidemment. »
Elle enchaîne ensuite sur le terrain footballistique pour mieux le disqualifier politiquement :
« Il peut donner des conseils en foot, il est assez bon, il faut bien le dire, mais en politique, ce n’est pas une certitude. »
Cette réponse en deux temps – attaque ad hominem sur la richesse + disqualification de compétence – devient immédiatement virale et reste encore aujourd’hui l’une des répliques les plus citées de Marine Le Pen.
Pourquoi cette phrase a-t-elle autant marqué les esprits ?
| Élément de la phrase | Impact politique et médiatique |
|---|---|
| Lien entre richesse et vote | Renforce le narratif « élites vs peuple » cher au FN/RN |
| Attaque personnelle sur Zidane | Transforme une icône populaire en « riche déconnecté » |
| Reconnaissance du talent (« grâce à son talent ») | Adoucit légèrement l’attaque pour éviter le pur lynchage |
| Disqualification politique | Classique stratégie pour délégitimer les people engagés |
Les réactions à l’époque, indignation à gauche, satisfaction à droite
À gauche et dans les milieux sportifs, la réponse de Marine Le Pen est vécue comme une attaque indigne contre une icône nationale. De nombreux commentateurs dénoncent une « sortie de route » et une tentative de diviser les Français sur des critères de richesse.
À l’extrême droite et dans une partie de la droite populaire, la réplique est saluée comme une preuve de franchise : « Enfin quelqu’un qui dit les choses ! »
2025-2027, pourquoi cet échange refait surface régulièrement ?
À chaque fois que Marine Le Pen progresse dans les sondages ou que Zinedine Zidane est évoqué comme possible futur sélectionneur ou ministre (rumeur récurrente), les extraits de 2017 ressurgissent sur TikTok, Twitter/X et YouTube.
En novembre 2025, plusieurs comptes influents du RN repartagent la vidéo avec des commentaires du type : « Zidane voulait nous empêcher de gagner en 2017… Il avait peur du peuple ! » Tandis que des comptes de gauche rappellent l’engagement républicain de l’ancien numéro 10.
Zidane et la politique, une relation toujours distante
Depuis 2017, Zinedine Zidane n’a plus jamais pris position aussi clairement dans une campagne présidentielle. Interrogé en 2022, il avait botté en touche avec son élégance habituelle : « Moi, je suis dans le foot. »
Ses rares interventions publiques restent centrées sur les valeurs du sport, l’éducation et l’intégration par le football. Il continue cependant d’incarner, malgré lui, un symbole républicain fort pour une partie de la population.
Didier Deschamps met fin aux rumeurs de brouille avec Zidane (2025)
En marge de cet épisode politique, une autre rumeur persiste : celle d’une guerre froide entre Zidane et Didier Deschamps. En octobre 2025, le sélectionneur des Bleus y met un terme définitif dans Le Figaro :
« Encore une belle idée reçue. On a passé beaucoup d’années ensemble, il y a toujours beaucoup de respect entre nous. La dernière fois qu’on s’est vus, on a bien échangé et discuté. Quoi qu’il arrive, il y aura toujours du respect. »
L’échange entre Marine Le Pen et Zinedine Zidane en 2017 dépasse largement le cadre d’une simple passe d’armes médiatique. Il cristallise deux visions de la France : celle d’une icône issue de l’immigration et des quartiers populaires, attachée aux valeurs républicaines, face à un discours populiste qui n’hésite pas à attaquer sur la richesse et la légitimité.
À l’approche de 2027, cet épisode continue d’alimenter les débats et montre à quel point le sport et la politique restent intimement liés dans l’imaginaire collectif français.
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