Marion Bartoli, ancienne championne de tennis française, brise le silence sur ses années de lutte contre les troubles alimentaires et la pression du milieu de la mode. Dans divers entretiens et dans son ouvrage Keto Queen : La santé retrouvée, ma plus grande victoire hors des courts (Thierry Souccar, octobre 2024), elle déplore les standards extrêmes imposés à celles et ceux que l’on pousse à considérer " maigre " comme synonyme de " normalité ".
Contexte, qui est Marion Bartoli et quel parcours de haut niveau ?
Marion Bartoli a marqué l’histoire du tennis français entre le milieu des années 2000 et le début des années 2010 : victoire à Wimbledon en 2013, finale en 2007 contre Serena Williams, huit titres en simple, dont Eastbourne et Osaka en 2011, et un rôle de première importance en Fed Cup.
La révélation, troubles alimentaires et régime cétogène
Dans son livre publié en octobre 2024, Marion Bartoli raconte ses années de souffrance liées aux troubles du comportement alimentaire. Elle détaille notamment son expérience de l’anorexie — une perte de poids dramatique, un régime draconien, des restrictions sévères, et les conséquences physiques et psychologiques associées.
Le choc des chiffres, 300 calories par jour vs besoins recommandés
| Catégorie | Besoin calorique journalier recommandé |
|---|---|
| Homme adulte | ≈ 2 400 - 2 600 kcal |
| Femme adulte | ≈ 1 800 - 2 200 kcal |
| Régime extrême observé (mode/régime sévère) | ≈ 300 à 400 kcal |
Bartoli dénonce l’écart abyssal entre ce que devrait consommer une personne pour fonctionner normalement – pour avoir de l’énergie, pour vivre – et ce que l’on exige parfois dans certains milieux comme la mode : des apports bien en dessous des seuils minimaux recommandés.
Les effets délétères à court et à long terme
Un tel régime non seulement ne permet pas d’avoir l’énergie suffisante pour les activités quotidiennes, mais provoque aussi des dommages physiques : perte musculaire, affaiblissement du système immunitaire, fatigue chronique, et aussi des conséquences mentales sévères. Bartoli évoque la sensation d’isolement, la perte de plaisir, un détachement progressif de la vie sociale.
L’influence sur les jeunes, un modèle destructeur
L’ancienne sportive attire l’attention sur l’impact sur les adolescents, notamment les filles entre 12 et 18 ans, qui, selon elle, s’identifient trop facilement aux corps ultra-maigres véhiculés dans la mode, les réseaux sociaux, la publicité. Elle parle d’une pression constante à correspondre à un idéal irréaliste : “avant l’été, il faut être en bikini, parfaite”…
Son témoignage, entre renoncement et reconstruction
Bartoli se souvient d’une période où elle ne pesait plus que 41 kg, forcée de cacher sa souffrance derrière des excuses comme un supposé virus, malade imaginaire, pour masquer un état de mal-être profond. Sa relation personnelle, qu’elle décrit comme toxique, aurait contribué à accélérer sa chute. Puis est venue la reconstruction : prise de poids (≈ 40 kg en neuf mois), soins, accompagnement psychologique.
Recommandations et normes officielles pour une nutrition saine
Face à ce type de dérives, quelles sont les références fiables ? Voici une synthèse :
| Organisation | Apport calorique conseillé (femmes) | Apport calorique conseillé (hommes) |
|---|---|---|
| Vidal / recommandations médicales françaises | ≈ 1 800-2 200 kcal/j | ≈ 2 400-2 600 kcal/j |
| Prise en charge de l’anorexie sévère (HAS, etc.) | variable selon le poids, l’âge, l’état de santé (≈ 1 000-1 600 kcal/j en récupération) | similaire, adapté selon index de masse corporelle, activité physique |
Ces recommandations démontrent que l’apport de 300-400 kcal est non seulement insuffisant, mais dangereux. Les organismes de santé prônent un retour progressif à des consommations plus proches des valeurs de référence.
Le rôle de la mode et des médias dans le maintien des standards
Bartoli accuse l’industrie de la mode, les agents, les shootings photo, les réseaux sociaux : tous seraient complices de la propagation de la culture de la minceur extrême. Elle évoque des cas où on exige d’un mannequin d’être “squelettique” tout en devant paraître “pleine d’énergie” pour les séances photo — une contradiction flagrante.
Comment prévenir et agir, solutions concrètes
- Éducation nutritionnelle dès le plus jeune âge : sensibiliser les adolescents aux besoins énergétiques, aux dangers des régimes sévères.
- Accompagnement psychologique et médical : quand le symptôme existe, prendre en charge les troubles alimentaires avec des professionnels de santé.
- Régulation dans le milieu de la mode : imposer des normes, garantir des conditions de travail respectueuses du corps des mannequins, s’assurer qu’ils soient en bonne santé.
- Modèles diversifiés dans les médias : promouvoir des corps de toutes morphologies, montrer la normalité de la diversité corporelle.
- Soutien parental & social : encourager un environnement (famille, école, réseau d’amis) qui valorise le respect de soi plutôt que la conformité à un idéal.
Impact psychologique, témoignage et implications chez les adolescents
Les conséquences vont bien au-delà du physique. Dépression, anxiété, sentiment de honte, isolement social, troubles du sommeil : tous ces états découlent souvent d’un jeûne prolongé ou d’une restriction sévère. Bartoli insiste sur le besoin d’avoir une vie en dehors du régime, de pouvoir rire, vivre, sentir, ressentir. Elle évoque aussi les rechutes, la difficulté d’accepter son image.
Le témoignage de Marion Bartoli est puissant parce qu’il met en lumière ce que beaucoup veulent taire. Il révèle l’absurdité des standards imposés, les dégâts vécus, et surtout l’impératif de changer : changer la façon dont la mode conçoit la beauté, l’énergie humaine, et la santé. Pour chaque individu, et d’abord pour les plus jeunes, il s’agit de retrouver une dignité corporelle et mentale, de reconnaître que la santé ne se compte pas en kilos ni en calories extrêmes.
“Vous finissez par ne plus avoir de vie du tout, et être en fait complètement isolé”, dit-elle. Ce constat appelle une responsabilité sociale, médiatique, institutionnelle.
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