Figure aujourd’hui incontournable de la Star Academy, Marlène Schaff incarne une réussite professionnelle fondée sur la transmission, l’exigence artistique et l’authenticité. Pourtant, derrière cette posture affirmée se cache un parcours marqué par le doute, les compromis et une expérience télévisuelle fondatrice mais douloureuse : sa participation à The Voice en 2013. Dans un entretien accordé à Closer, l’artiste et professeure d’expression scénique revient avec une rare lucidité sur cet épisode, révélateur des tensions structurelles entre formats télévisés, identité artistique et construction personnelle.
Au-delà du témoignage individuel, son récit éclaire les mécanismes souvent invisibles des télé-crochets et interroge la place laissée à la singularité dans des dispositifs fortement normés.
Une candidature à The Voice sous le signe de la contrainte artistique
Lorsqu’elle se présente aux auditions à l’aveugle de The Voice, Marlène Schaff n’est ni débutante ni naïve. À 30 ans, elle cumule déjà une solide expérience musicale. Pourtant, les conditions de sa participation vont profondément fragiliser son rapport à la scène.
Un choix de titre imposé, symptôme d’un cadre rigide
L’un des éléments centraux de son amertume réside dans l’impossibilité de défendre un titre personnellement choisi. À une semaine de son passage, un ultimatum lui est posé : interpréter Vancouver de Véronique Sanson ou renoncer à l’émission. Ce type de décision éditoriale, fréquent dans les formats télévisés, illustre la primauté de la cohérence de programme sur l’expression individuelle.
Pour l’artiste, cette concession marque une rupture symbolique : ne pas chanter ce qu’elle est, mais ce que l’on attend d’elle. Une expérience vécue comme une négation de son identité artistique.
La posture de la « bonne élève » face à l’institution
Marlène Schaff décrit alors une attitude d’acceptation contrainte, héritée d’années à vouloir répondre aux attentes extérieures. Cette posture, qu’elle analyse aujourd’hui avec recul, traduit un déséquilibre classique chez de nombreux artistes émergents : la peur de déplaire, de refuser, de sortir du cadre imposé.
Ce mécanisme d’auto-effacement, loin d’être anecdotique, aura des conséquences durables sur sa confiance et son plaisir de scène.
Le poids des jugements et la question du corps dans l’industrie musicale
Au-delà des choix artistiques, Marlène Schaff met en lumière un autre enjeu majeur : celui du regard porté sur l’apparence physique des artistes, en particulier des femmes.
Des critiques récurrentes sur l’apparence
Elle évoque sans détour des années marquées par des remarques dévalorisantes, tant personnelles que professionnelles. Être jugée sur son physique, sommée de correspondre à des standards implicites, constitue une violence diffuse mais constante dans le milieu musical et audiovisuel.
Cette pression esthétique, souvent intériorisée, participe à l’érosion progressive de l’estime de soi et à la difficulté de se sentir légitime sur scène.
L’illusion de l’« aveugle » dans les auditions
Si le concept de The Voice repose sur l’écoute avant le regard, Marlène Schaff souligne avec ironie le paradoxe du dispositif. Derrière le rideau, les attentes normatives persistent : image, posture, narration personnelle restent des critères déterminants dans la construction d’un parcours télévisuel.
L’expérience révèle ainsi les limites d’un format qui promet l’objectivité musicale tout en restant soumis aux logiques de spectacle.
De la désillusion à la résilience, ne pas rompre avec la scène
Malgré cette expérience vécue comme un échec intime, Marlène Schaff ne tourne pas le dos au milieu artistique. Bien au contraire.
Accepter un rôle en retrait pour mieux se reconstruire
Paradoxalement, elle accepte par la suite de collaborer avec The Voice dans un rôle d’accompagnement. Une position qu’elle décrit avec autodérision comme une manière de « se cacher derrière un rideau ». Ce choix marque une étape clé : rester dans l’univers musical tout en se préservant de l’exposition frontale.
Loin d’une rancœur envers l’émission, elle y voit une reconnaissance professionnelle et une opportunité d’exercer ses compétences pédagogiques.
La transmission comme espace de légitimité
C’est précisément dans la transmission que Marlène Schaff trouve un nouveau souffle. L’accompagnement des artistes, le travail sur la voix, la posture, l’expression scénique deviennent des terrains d’excellence où son expertise s’impose naturellement.
La consécration à la Star Academy, prendre enfin toute sa place
Son arrivée à la Star Academy marque un tournant décisif. En tant que répétitrice puis professeure d’expression scénique, Marlène Schaff s’impose rapidement comme une figure centrale du programme.
Une autorité fondée sur l’expérience vécue
Ce qui fait sa singularité réside dans sa capacité à comprendre intimement les fragilités des candidats. Ayant elle-même traversé les affres du doute, de la critique et de la contrainte, elle adopte une pédagogie exigeante mais profondément empathique.
Cette posture, rare à l’écran, contribue à son capital de crédibilité auprès du public et des élèves.
Redéfinir la réussite artistique
À travers son rôle, elle participe à une redéfinition implicite de la réussite : non plus uniquement la performance ou la victoire, mais la construction d’un artiste aligné, conscient de ses forces et de ses limites.
Petra, l’alter ego comme outil de libération scénique
L’aboutissement de ce cheminement personnel et artistique prend une forme inattendue : la création de Petra, son alter ego drag queen.
Une mise à distance salvatrice
Avec Petra, Marlène Schaff s’autorise ce qu’elle s’interdisait jusque-là : l’exubérance, l’humour grivois, la mise à nu émotionnelle. Ce personnage agit comme un filtre protecteur, permettant d’exprimer des parts intimes sans exposition directe.
Ce procédé, fréquent dans l’histoire du spectacle vivant, illustre une maîtrise fine des mécanismes de représentation et d’auto-protection.
Un spectacle comme manifeste personnel
Son one-woman show A Queen is born, programmé à l’Alhambra à partir de mars 2026, dépasse le simple divertissement. Il s’agit d’un acte artistique affirmé, où l’identité, le genre, la scène et la réparation personnelle se rejoignent.
Une trajectoire emblématique des enjeux contemporains du spectacle
Le parcours de Marlène Schaff résonne bien au-delà de son cas personnel. Il met en lumière des problématiques structurelles du monde artistique contemporain.
Formats télévisés et standardisation
Son témoignage rappelle la nécessité pour les artistes de naviguer avec discernement dans des dispositifs médiatiques puissants mais contraignants, où l’exposition peut autant servir que fragiliser.
Réhabiliter le temps long et la construction intérieure
À l’heure de l’instantanéité et de la visibilité à tout prix, son itinéraire valorise le temps long, la maturation et l’acceptation progressive de soi comme socles d’une carrière durable.
Loin d’être une simple confession, le retour de Marlène Schaff sur son passage dans The Voice constitue un éclairage précieux sur les coulisses de la réussite artistique. En transformant une expérience vécue comme une mise à l’écart en moteur de reconstruction, elle incarne une forme de résilience lucide et inspirante.
Son parcours rappelle que l’alignement artistique ne se décrète pas sous les projecteurs, mais se construit, parfois à contretemps, dans la compréhension de ses propres limites et dans le courage d’oser enfin être soi.
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