Michel Sardou : La Polémique des Ricains et son Dernier Concert Émotionnel sur M6

Michel Sardou : La Polémique des Ricains et son Dernier Concert Émotionnel sur M6

Auteur : Aurore BAUDRY

Date : 06 décembre 2025 à 15:50

Dans l'univers de la chanson française, peu d'artistes ont marqué les esprits comme Michel Sardou. Né en 1947 au sein d'une famille imprégnée du monde du spectacle, ce fils de comédiens a bâti une carrière légendaire sur des tubes intemporels et des textes audacieux. Mais derrière les mélodies accrocheuses se cache un parcours jalonné de controverses, où ses engagements perçus comme conservateurs ont souvent déchaîné les passions. Aujourd'hui, alors que M6 rediffuse son dernier concert Je me souviens d'un adieu ce samedi 6 décembre 2025 en prime time, il est temps de replonger dans l'essence de cet artiste clivant. De sa chanson Les Ricains, qui lui a valu les foudres de la gauche française, à ses déclarations assumées sur son gaullisme, découvrez comment Michel Sardou a su transformer les critiques en triomphes durables.

Avec plus de 120 millions d'albums vendus et une présence scénique inoubliable, Sardou n'est pas seulement un chanteur : il est un phénomène culturel. Cette rediffusion sur M6, face à l'élection de Miss France sur TF1 et au Téléthon sur France 2, promet de raviver l'intérêt pour cet icône qui, à 78 ans, tire sa révérence avec émotion et panache. Plongeons dans son histoire, ses scandales et ses sommets artistiques.

 

Les Origines d'un Artiste Rebelle, Une Enfance au Cœur du Spectacle

 

Michel Sardou voit le jour le 26 janvier 1947 à Paris, dans une famille où le théâtre et la musique coulent de source. Son père, Fernand Sardou, est un chanteur et acteur renommé, tandis que sa mère, Jackie Sardou, brille sur les planches. Petit-fils du comique Valentin Sardou, Michel grandit entouré de saltimbanques, dans l'effervescence des cabarets et des coulisses. Dès l'adolescence, il quitte l'école à 16 ans pour se lancer dans la musique, officiant comme serveur dans le cabaret familial à Montmartre.

Ses débuts sont modestes. En 1965, il sort son premier 45 tours, Le Madras, coécrit avec Michel Fugain et Patrice Laffont. Le morceau, une satire légère des hippies et de la mode "dans le vent", passe inaperçu. Mais Sardou persévère, enchaînant les singles sans grand succès initial. C'est en 1967 que tout bascule avec Les Ricains, un titre qui propulse le jeune artiste de 20 ans dans la lumière – et dans la tourmente.

À cette époque, la France est marquée par les remous de Mai 68 et un anti-américanisme croissant, exacerbé par la guerre du Vietnam. Sardou, influencé par son éducation gaulliste – son père se levait debout devant les discours du Général –, choisit de rendre hommage aux soldats américains du Débarquement de Normandie. "Un gars venu de Géorgie qui se foutait pas mal de toi est venu mourir en Normandie un matin où tu n'y étais pas", chante-t-il, dénonçant l'ingratitude française. Le texte, perçu comme pro-américain, heurte de plein fouet le contexte politique : De Gaulle vient de retirer la France du commandement intégré de l'OTAN en 1966.

 

Les Ricains, La Chanson qui a Fait de Sardou un "Facho" aux Yeux de la Gauche

 

Sorti en 1967, Les Ricains est un pamphlet vibrant : "Si les Ricains n'étaient pas là, vous seriez tous en Germanie, à parler de je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui." Initialement écrit pour Alain Delon, qui le refuse, le morceau est enregistré par Sardou sur une musique de Guy Magenta. Succès d'estime immédiat, il est pourtant censuré par les autorités gaullistes : interdit sur la plupart des radios publiques, sauf RTL qui le diffuse en boucle.

La polémique explose. Le gouvernement "déconseille fortement" sa programmation, la qualifiant de politiquement incorrecte. La gauche y voit un hymne atlantiste, un affront à l'indépendance gaulliste. Dans son autobiographie Et qu'on n'en parle plus publiée en 2009, Sardou se remémore avec amertume : "Les Ricains m'a valu la haine de la gauche, qui m'a traité de facho et qui continue... et celle des gaullistes qui m'ont pris pour un emmerdeur." À 20 ans, il devient l'artiste à abattre, catalogué comme "réactionnaire" dans un paysage musical dominé par des engagements progressistes.

Pourtant, Sardou assume. Dans une interview au Point, il déclare : "J'ai toujours été gaulliste : on m'a traité de facho ! Je ne vais pas me justifier jusqu'à la fin de mes jours." À l'époque, âgé de 25-30 ans, il avoue écrire "huit chansons par jour" et être "volontiers provocateur". "Le fait d'être l'homme à abattre m'a galvanisé. Peut-être aurais-je dû être plus prudent dans le choix de certains mots", confie-t-il dans son livre. Cette controverse, loin de le couler, le propulse : Les Ricains devient un classique, réenregistré en 1989 sur l'album Sardou 66.

Le scandale s'étend même sur scène. Lors de ses concerts, Sardou mime des saluts nazis ou communistes pour souligner son message uchronique : sans les Américains, la France serait une "province du IIIe Reich" ou une "démocratie populaire". Renaud, en 1977, parodie le titre dans Pastiche 51, ironisant sur le show-business. Des années plus tard, Nicolas Sarkozy, fan assumé, cite la chanson comme source de sa "passion pour l'Amérique" lors d'un voyage à Washington en 2007.

 

Une Carrière Parsemée de Polémiques, Au-Delà des Ricains

 

Les Ricains n'est que le début. La carrière de Sardou est un feu d'artifice de controverses, où il endosse des rôles provocateurs sans toujours endosser les idées. En 1970, il rejoint le label Tréma, créé pour lui, et explose avec J'habite en France, qui remporte le Prix de l'Académie Charles Cros. Mais les années 70 voient les tempêtes s'enchaîner.

Je suis pour (1976), écrit en pleine affaire Patrick Henry – l'assassin d'un enfant de 7 ans –, incarne un père réclamant la peine de mort : "Tu as tué l'enfant d'un amour. Je veux ta mort : je suis pour !" Polémique immense, elle sort juste avant l'abolition de la peine capitale par Robert Badinter en 1981. Sardou, abolitionniste personnellement, explique jouer "l'instinct animal" d'un parent endeuillé.

Autre scandale : Le Temps des Colonies (1976), où un ancien colon nostalgique chante les "bons souvenirs" de l'empire. Accusé de racisme, Sardou rétorque que c'est une satire. Les Villes de Grande Solitude (1973) choque par ses fantasmes violents : "J'ai envie de violer les femmes, de les forcer à m'admirer." Encore une fois, c'est un rôle fictif, mais les féministes y voient du machisme pur.

Pour illustrer l'ampleur de ces débats, voici un tableau récapitulatif des principales chansons polémiques de Michel Sardou :

Année Chanson Thème Controversé Réaction Publique
1967 Les Ricains Pro-américanisme Censure gaulliste, haine de la gauche
1973 Les Villes de Grande Solitude Fantasmes violents Accusations de misogynie
1975 Le France Critique de la vente du paquebot Soutien CGT, malgré image "réac"
1976 Je suis pour Peine de mort Polémique pré-abolition
1976 Le Temps des Colonies Nostalgie coloniale Accusations de racisme
1981 Être une Femme (remix 2010) Rôles genrés Critiques féministes

 

En 1978, un essai Faut-il brûler Sardou ? cristallise les attaques, menant à des comités anti-concerts. Pourtant, Sardou vend des millions : La Maladie d'Amour (1973) reste 21 semaines n°1. Il pivote vers l'amour avec La Java de Broadway (1977) et En Chantant (1978), mais revient aux messages avec Les Lacs du Connemara (1981), un conte irlandais consensuel malgré des relents sectaires reprochés par Juliette Armanet en 2023.

Sardou assume son positionnement : "Je suis gaulliste, de droite, et je n'ai jamais changé", confie-t-il à RTL en 2025. "Clivant, je l'ai été pour emmerder les uns et les autres, mais pas pour chercher ça." Ses chansons, souvent à la première personne, brouillent les pistes : "Je joue un rôle, comme au théâtre."

 

Je me Souviens d'un Adieu, Le Concert Final qui Consacre une Légende

 

Après 60 ans de carrière, 26 albums studio et 20 lives, Sardou annonce en 2017 sa retraite scénique avec La Dernière Danse. Mais en 2023, il repart pour Je me Souviens d'un Adieu, une tournée triomphale de 63 dates attirant 400 000 spectateurs. Le point d'orgue ? Deux shows à la Paris La Défense Arena les 16 et 17 mars 2024, captés pour un film live.

Entouré de 20 musiciens, sur une scène centrale spectaculaire, Sardou revisite ses hits : Les Lacs du Connemara, Je vais t'aimer, La Maladie d'Amour, Les Ricains... À Brest, le 29 mars 2024, il drape le drapeau breton pour Musulmanes, un autre titre clivant sur les droits des femmes en Islam. "Sa voix faiblit sur certaines montées, mais les cordes et cuivres transcendent tout", note la critique.

Diffusé en prime time le 13 décembre 2024 sur M6, le concert réunit 1,80 million de téléspectateurs (10,2% PDA), un pic à 2,1 millions, troisième chaîne derrière Astrid et Raphaëlle (France 2) et Star Academy (TF1). Record pour un concert sur M6 depuis 2005 et meilleure soirée musicale depuis 2023. Ce 6 décembre 2025, la rediffusion s'annonce comme un événement : à 21h10, suivi de Les 20 Chansons de Michel Sardou Préférées des Français à 23h10.

Sardou, installé à Bormes-les-Mimosas avec son épouse Anne-Marie Périer (mariés en 1998), évoque une retraite médicale : "Je n'ai plus la capacité à chanter comme avant." Mais des projets persistent : un film, de l'écriture. "Y aura d'autres choses", tease-t-il.

 

L'Héritage Indélébile de Michel Sardou, Entre Amour et Détestation

 

Michel Sardou divise : adulé par des millions, haï par les intellectuels de gauche. Accusé de sexisme (Être une Femme), d'homophobie (J'Accuse), de racisme, il rétorque : "Les féministes qui prennent ça au pied de la lettre sont des connes." Pourtant, son public, majoritairement féminin, le vénère pour son authenticité.

En 2025, à l'occasion de ses 60 ans de carrière, un documentaire sur France 3 et des rétrospectives rappellent son influence. Des sociologues comme Bertrand Tessier analysent son œuvre comme "populaire et provocatrice", un miroir des frustrations françaises. Sarkozy le décorait en 2007 ; Mitterrand le nommait Chevalier des Arts et Lettres en 1985, malgré Le France.

Pour conclure, la rediffusion de Je me Souviens d'un Adieu sur M6 ce 6 décembre 2025 n'est pas qu'un au revoir : c'est une célébration. Sardou, l'"emmerdeur" gaulliste, a su, par ses mots crus et ses mélodies envoûtantes, capturer l'âme d'une France profonde. Que vous l'aimiez ou le détestiez, son empreinte est gravée. Rendez-vous ce soir devant votre écran pour un moment d'émotion pure.

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