La ville de Nice a officialisé un double hommage à Brigitte Bardot, disparue le 28 décembre à l’âge de 91 ans. Une plage ouverte aux animaux et un plateau emblématique des studios de la Victorine porteront désormais le nom de l’actrice et militante. Une décision votée en conseil municipal, qui inscrit la mémoire de « BB » au croisement du patrimoine cinématographique et de la cause animale, deux dimensions indissociables de son héritage.
À travers cet hommage symbolique, le maire de Nice, Christian Estrosi, entend ancrer durablement la figure de Brigitte Bardot dans l’espace public niçois, tout en soulignant l’influence culturelle et sociétale d’une personnalité qui a marqué l’histoire française bien au-delà du cinéma.
Une décision municipale votée et assumée
La délibération a été adoptée vendredi 9 janvier en conseil municipal. Elle concrétise un engagement pris dès l’annonce de la disparition de Brigitte Bardot. Christian Estrosi l’avait affirmé publiquement : Nice se devait d’honorer « celles et ceux qui ont marqué la culture, le cinéma et l’histoire de notre pays ».
Dans un message publié sur le réseau social X, le maire a précisé la portée de cette décision : baptiser la plage de Lenval, l’une des rares plages françaises officiellement ouvertes aux animaux de compagnie, du nom de Brigitte Bardot, « en hommage à son engagement historique pour la cause animale ».
Parallèlement, un plateau des studios de la Victorine, site mythique du cinéma français, portera également son nom. Un choix présenté comme un « lien entre patrimoine, culture et protection animale », résumant en une formule l’itinéraire singulier de l’ancienne actrice devenue militante.
La plage Lenval, symbole d’un combat de toute une vie
Le choix de la plage Lenval ne relève pas du hasard. Située à l’ouest de la promenade des Anglais, à proximité de l’hôpital pédiatrique qui lui a donné son nom, cette plage est connue pour être accessible aux animaux de compagnie, une rareté sur le littoral français.
En associant cet espace public à Brigitte Bardot, la municipalité rend hommage à un engagement qui a profondément marqué la seconde partie de sa vie. Après avoir quitté le cinéma au début des années 1970, l’ancienne star internationale a consacré son énergie et sa notoriété à la défense des animaux, devenant l’une des figures les plus influentes du militantisme animalier en Europe.
La Fondation Brigitte Bardot, créée en 1986, a joué un rôle majeur dans la sensibilisation du grand public aux questions de maltraitance animale, de protection de la faune sauvage et de conditions d’élevage. Pour ses soutiens, la plage Lenval incarne ainsi un hommage cohérent, à la fois concret et symbolique.
Les studios de la Victorine, mémoire vivante du cinéma français
Le second lieu rebaptisé se situe aux studios de la Victorine, près de l’aéroport de Nice. Inaugurés en 1919 avec l’ambition de créer un « Hollywood français », ces studios ont traversé plus d’un siècle d’histoire du cinéma.
Brigitte Bardot y a laissé une empreinte durable. C’est notamment dans ces décors que Roger Vadim a tourné plusieurs scènes de Et Dieu… créa la femme, sorti en 1956. Le film a propulsé la jeune actrice au rang de sex-symbol mondial, bouleversant les codes de la féminité à l’écran et marquant une rupture culturelle profonde dans la France de l’après-guerre.
En donnant son nom à un plateau, la ville de Nice inscrit Brigitte Bardot dans la lignée des grandes figures qui ont façonné l’identité artistique de la Victorine.
Des hommages multiples sur la Côte d’Azur
Nice n’est pas la seule ville à avoir souhaité honorer la mémoire de Brigitte Bardot. Sur l’ensemble de la Côte d’Azur, plusieurs municipalités ont annoncé des initiatives similaires dans les jours ayant suivi ses obsèques, célébrées le 7 janvier à Saint-Tropez.
À Cannes, le maire David Lisnard (Les Républicains) a indiqué que la plage de la Croisette située à proximité du Palais des festivals porterait prochainement le nom de l’actrice. Un hommage hautement symbolique dans une ville intimement liée au cinéma et aux grands mythes du septième art.
À Fréjus, plus proche encore de Saint-Tropez, où Brigitte Bardot a vécu pendant des décennies, le maire David Rachline (Rassemblement national) a annoncé qu’une esplanade du port serait rebaptisée en son honneur.
Ces décisions traduisent une reconnaissance transpartisane et territoriale de l’impact de Brigitte Bardot sur la culture française.
De la star mondiale à la militante controversée
Brigitte Bardot demeure une figure complexe. Icône absolue des années 1950 et 1960, elle a incarné une liberté nouvelle, une sensualité assumée et une modernité qui ont profondément influencé le cinéma, la mode et les représentations sociales.
Son retrait volontaire des écrans à l’âge de 39 ans a marqué une rupture radicale. Dès lors, son engagement pour les animaux est devenu central, parfois au prix de prises de position polémiques qui ont suscité débats et critiques.
Pour les élus niçois, l’hommage rendu se concentre sur ce que Brigitte Bardot a légué de durable : une œuvre cinématographique majeure et une cause qui continue de mobiliser.
Les studios de la Victorine, entre héritage et relance
Longtemps concurrencés par des infrastructures plus modernes, les studios de la Victorine ont connu un déclin progressif à partir des années 1980. Malgré quelques succès ponctuels, dont Brice de Nice au début des années 2000, le site peinait à retrouver son rayonnement d’antan.
En 2024, la ville de Nice a confié la gestion conjointe du site à la société Color et à la Chambre de commerce et d’industrie de Nice Côte d’Azur, avec l’objectif de relancer l’activité et d’attirer de nouvelles productions françaises et internationales.
Associer le nom de Brigitte Bardot à l’un des plateaux s’inscrit dans cette stratégie de valorisation patrimoniale, en capitalisant sur une figure mondialement reconnue.
Un hommage durable, au-delà de l’émotion
Au-delà de l’émotion suscitée par la disparition de Brigitte Bardot, ces hommages municipaux traduisent une volonté de transmission. Ils inscrivent son nom dans le quotidien des habitants et des visiteurs, sur des lieux accessibles, vivants, porteurs de sens.
À Nice comme ailleurs sur la Côte d’Azur, Brigitte Bardot ne devient pas seulement un souvenir, mais une référence inscrite dans l’espace public, à la croisée de la culture populaire, de l’histoire du cinéma et des combats sociétaux.
Une manière, pour les collectivités locales, de rappeler que certaines figures dépassent leur époque et continuent de façonner l’imaginaire collectif bien après leur disparition.
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