Figure essentielle mais volontairement effacée de la vie du chanteur Pierre Perret, Rébecca, de son vrai nom Simone Mazaltarim, est décédée dans la nuit du 3 au 4 janvier 2026. Mariée à l’artiste depuis 1962, elle partageait sa vie depuis près de sept décennies. À travers sa disparition, c’est une page intime mais structurante de l’histoire de la chanson française qui se tourne.
L’information a été rendue publique par le chanteur Jean-Marc Dermesropian dans un message publié sur Facebook, avant d’être confirmée le 5 janvier par l’entourage de Pierre Perret. À 91 ans, l’auteur de La Cage aux oiseaux perd celle qu’il a souvent décrite comme « l’amour de sa vie », mais aussi comme l’un des piliers les plus solides de son parcours artistique et personnel.
Une présence constante depuis la fin des années 1950
Pierre Perret et Simone Mazaltarim se rencontrent en 1957. À l’époque, la jeune femme travaille comme secrétaire chez Barclay, l’une des maisons de disques majeures de l’époque. Leur premier échange n’a rien de romantique : une vive discussion autour d’un remboursement de billet d’avion. Pourtant, cet accrochage marque le point de départ d’une relation qui ne se démentira jamais.
Cinq ans plus tard, en 1962, ils se marient. Simone devient alors « Rébecca », surnom choisi par Pierre Perret en référence à son tempérament affirmé et à sa capacité à se défendre — et à défendre ceux qu’elle aime. Le couple s’installe dans la durée, à rebours des trajectoires souvent heurtées du milieu artistique.
De leur union naîtront trois enfants : Anne et Alain, en 1962, puis Julie en 1963. Une famille que Rébecca préservera soigneusement de l’exposition médiatique, imposant une frontière claire entre la notoriété publique de son époux et leur vie privée.
Une femme de l’ombre au rôle déterminant
Si Rébecca est restée éloignée des projecteurs, son rôle dans la carrière de Pierre Perret est unanimement reconnu par les proches de l’artiste. Elle n’était pas seulement son épouse : elle en fut aussi la gestionnaire, la conseillère et la première lectrice.
Dans une interview accordée à Paris Match en 2014, le chanteur livrait un témoignage rare et éclairant sur leur relation :
« Rébecca m’a rendu plus intelligent. Elle s’occupe de l’intendance, des contrats, me suit partout en tournée. Elle est la première à entendre mes chansons. Son avis m’importe ; elle a souvent raison. »
Cette implication constante a contribué à la stabilité d’une carrière longue de plus de soixante-dix ans, marquée par une liberté artistique assumée et une cohérence rare dans le paysage musical français.
Gardienne de l’équilibre et de l’indépendance artistique
Rébecca gérait d’une « main de fer », selon les mots de Jean-Marc Dermesropian, les aspects logistiques et contractuels de la carrière de Pierre Perret. Cette rigueur lui a permis de protéger l’artiste des dérives du milieu, tout en préservant son autonomie créative.
Dans un univers souvent soumis aux pressions commerciales, elle a contribué à maintenir un cadre stable, propice à l’écriture et à la création. Pierre Perret a ainsi pu développer une œuvre singulière, mêlant humour, engagement, poésie et défense de la langue française, sans jamais céder à l’air du temps.
Le couple s’installe durablement à Nangis, en Seine-et-Marne. Cette maison familiale devient un refuge, mais aussi un lieu d’accueil pour de nombreux artistes et proches, loin de l’agitation parisienne.
Une relation fondée sur la complicité et la durée
Soixante-trois ans de mariage, près de soixante-huit ans de vie commune : la longévité du couple Perret-Mazaltarim force le respect dans un milieu marqué par l’instabilité affective. Cette durée repose sur une complémentarité assumée, faite de confiance, de dialogue et d’exigence mutuelle.
Rébecca était, selon les mots de son époux, celle qui osait dire non, celle qui formulait des critiques franches, mais toujours constructives. Une voix intérieure, souvent plus influente que les avis extérieurs.
Sa disparition laisse un vide intime considérable, mais aussi une absence structurante dans l’organisation quotidienne de l’artiste.
Un deuil à l’heure du retrait artistique
En 2023, Pierre Perret annonçait sa volonté de mettre un terme à sa carrière scénique, après une tournée intitulée Adieux provisoires. Une décision motivée par l’âge et la sagesse, selon ses propres termes, mais sans renoncer à l’écriture.
Son dernier album, Ma vieille carcasse, paru la même année, sonnait déjà comme un regard lucide et apaisé sur le temps qui passe. En 2025, il célébrait ses 70 ans de carrière, salué par ses pairs et par le public.
La disparition de Rébecca intervient donc dans un moment de transition, où l’artiste se replie progressivement vers l’essentiel. Ce deuil intime pourrait redéfinir encore davantage son rapport à la création, désormais libérée de la présence de celle qui en fut la première garante.
Une figure respectée dans le cercle artistique
Les témoignages publiés depuis l’annonce de sa disparition soulignent unanimement son rôle central et sa discrétion absolue. Peu connue du grand public, Rébecca était pourtant identifiée, dans le cercle professionnel, comme une personnalité déterminante.
Jean-Marc Dermesropian évoque une femme « capable de défendre Pierre avec une fermeté remarquable », rappelant combien sa présence structurait l’environnement personnel et professionnel du chanteur.
Cette reconnaissance posthume met en lumière ces figures invisibles mais essentielles, sans lesquelles certaines carrières emblématiques n’auraient jamais atteint une telle cohérence.
La fin d’un compagnonnage, l’héritage d’une stabilité
Avec la disparition de Rébecca, Pierre Perret perd bien plus qu’une épouse. Il perd une partenaire intellectuelle, une administratrice avisée, une confidente et un repère. Leur histoire incarne une forme de fidélité rare, fondée sur le respect et l’engagement réciproque.
Dans une époque marquée par l’instantanéité et la volatilité, ce compagnonnage de plus de six décennies rappelle qu’une œuvre durable repose souvent sur des fondations humaines solides, patientes et invisibles.
Rébecca laisse derrière elle une famille, une trajectoire discrète mais décisive, et l’empreinte durable d’une femme qui a choisi l’ombre pour mieux protéger la lumière.
Repères chronologiques
| Année | Événement |
|---|---|
| 1957 | Rencontre de Pierre Perret et Simone Mazaltarim |
| 1962 | Mariage et naissance de deux enfants, Anne et Alain |
| 1963 | Naissance de Julie |
| 2023 | Annonce de la fin de carrière scénique de Pierre Perret |
| 2026 | Décès de Rébecca dans la nuit du 3 au 4 janvier |
Une disparition qui dépasse le cadre intime
Au-delà de la sphère privée, la mort de Rébecca résonne comme la disparition d’un maillon discret mais essentiel de la chanson française. Elle rappelle que derrière chaque artiste durable se cache souvent une architecture humaine invisible, faite de constance, de rigueur et de loyauté.
À 91 ans, Pierre Perret traverse désormais cette épreuve avec la retenue et la dignité qui ont toujours caractérisé son parcours. Le silence qui entoure ce deuil est à l’image de la femme qui l’a partagé : sobre, profond et respectueux.
Mort de Rébecca, épouse de Pierre Perret depuis 63 ans
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