Prince Harry répond à Trump sur l’Otan et l’Afghanistan

Prince Harry répond à Trump sur l’Otan et l’Afghanistan

Auteur : Julien Baudry

Date : 23 janvier 2026 à 21:00

Ancien officier de l’armée britannique et vétéran de la guerre d’Afghanistan, le prince Harry est sorti de sa réserve pour dénoncer publiquement les déclarations de Donald Trump sur le rôle des alliés de l’Otan. Dans un contexte international déjà marqué par de fortes tensions diplomatiques, cette prise de parole, empreinte de gravité et d’émotion, a ravivé au Royaume-Uni le débat sur la mémoire du conflit afghan, le respect dû aux soldats engagés et la place des alliances occidentales dans les guerres contemporaines.

En critiquant frontalement les propos de l’ancien président américain, le fils cadet du roi Charles III s’inscrit dans une réaction politique et morale plus large, portée également par le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a jugé ces déclarations « insultantes » et « consternantes ». Au-delà de la polémique, l’épisode met en lumière une fracture persistante dans la lecture de vingt années d’engagement militaire international en Afghanistan.

Des propos de Donald Trump qui ravivent les blessures du conflit afghan

 

 

À l’origine de la controverse, une interview accordée par Donald Trump à la chaîne américaine Fox News le jeudi 22 janvier. Interrogé sur le rôle de l’Otan et de ses alliés durant les vingt années de guerre en Afghanistan, l’ancien président américain a affirmé que les États-Unis n’avaient « jamais eu besoin » des autres pays membres de l’Alliance atlantique.

Il a également déclaré que les forces alliées étaient restées « un peu loin des lignes de front », suggérant un engagement secondaire, voire marginal, des contingents non américains. Des propos immédiatement perçus comme une remise en cause directe du sacrifice humain consenti par des dizaines de pays engagés aux côtés de Washington depuis 2001.

Au Royaume-Uni, troisième contributeur militaire de la coalition après les États-Unis, ces déclarations ont été reçues comme une offense à la mémoire nationale. Elles ont ravivé le souvenir d’un conflit long, coûteux et profondément traumatisant pour de nombreuses familles britanniques.

Le prince Harry, une parole rare ancrée dans l’expérience du terrain

 

 

C’est dans ce climat que le prince Harry a choisi de s’exprimer publiquement par le biais d’un communiqué relayé par la BBC. Une prise de parole d’autant plus marquante qu’elle s’appuie sur une expérience personnelle directe du conflit afghan.

« J’y ai servi. J’y ai noué des amitiés pour la vie. Et j’y ai perdu des amis », écrit-il d’emblée, rappelant son engagement militaire au sein de l’armée britannique, notamment lors de deux missions en Afghanistan, en 2007-2008 puis en 2012-2013.

Contrairement à une déclaration symbolique ou institutionnelle, le message du prince Harry adopte un ton profondément humain, centré sur les conséquences concrètes de la guerre. Il rappelle que, rien qu’au Royaume-Uni, 457 militaires ont perdu la vie en Afghanistan, un chiffre qui incarne, selon lui, l’ampleur du sacrifice consenti.

« Des milliers de vies ont basculé à jamais. Des mères et des pères ont enterré leurs fils et leurs filles. Des enfants se sont retrouvés orphelins », poursuit-il, soulignant le coût social, familial et psychologique durable du conflit.

Une exigence de mémoire et de respect des sacrifices alliés

 

 

Au cœur de la réaction du prince Harry se trouve une exigence claire : celle de la reconnaissance et du respect. Sans verser dans l’attaque personnelle, il appelle à une parole publique responsable lorsqu’il s’agit d’évoquer des conflits armés et ceux qui y ont participé.

« Ces sacrifices méritent d’être évoqués avec vérité et respect », affirme-t-il, insistant sur la nécessité de ne pas réécrire l’histoire au prisme d’intérêts politiques ou de récits simplificateurs.

Son communiqué souligne également une dimension collective : la fidélité à des valeurs partagées entre alliés, au-delà des divergences stratégiques ou des bilans contrastés de l’intervention afghane. « Nous restons tous unis et fidèles à la défense de la diplomatie et de la paix », conclut-il.

Cette référence explicite à la diplomatie intervient alors même que la guerre en Afghanistan, achevée en 2021 par le retrait des forces occidentales et le retour au pouvoir des talibans, continue de susciter interrogations et controverses sur son sens, ses résultats et ses enseignements.

Une indignation politique unanime au Royaume-Uni

 

 

La réaction du prince Harry fait écho à celle exprimée, dès le lendemain de l’interview de Donald Trump, par le Premier ministre britannique Keir Starmer. S’exprimant devant les médias, le chef du gouvernement a qualifié ces propos d’« insultants » et de « franchement consternants ».

Keir Starmer a souligné l’impact émotionnel de telles déclarations sur les familles endeuillées et les anciens combattants. « Je ne suis pas surpris qu’ils aient causé une telle souffrance aux proches des personnes tuées ou blessées en Afghanistan », a-t-il déclaré.

Allant plus loin, le Premier ministre a estimé qu’une responsabilité morale s’imposait aux dirigeants politiques lorsqu’ils s’expriment sur des conflits armés. « Si j’avais prononcé ces mots, je m’excuserais certainement », a-t-il ajouté, marquant une prise de distance nette avec la position défendue par Donald Trump.

Fait notable, cette indignation dépasse les clivages partisans. L’ensemble de la classe politique britannique, de la majorité à l’opposition, a exprimé son soutien aux forces armées et rejeté toute minimisation de leur engagement.

Le rôle des alliés de l’Otan en Afghanistan, rappels factuels

 

 

Sur le plan strictement factuel, les déclarations de Donald Trump contrastent avec la réalité documentée de l’engagement des alliés de l’Otan en Afghanistan entre 2001 et 2021.

Au plus fort du conflit, la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), placée sous commandement de l’Otan, comptait des troupes issues de plus de 40 pays. Le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas ou encore l’Australie ont assumé des responsabilités opérationnelles majeures, y compris dans des zones particulièrement exposées.

Les forces britanniques, notamment, ont été massivement engagées dans la province du Helmand, l’une des régions les plus violentes du pays. Les pertes humaines subies témoignent de cette implication directe sur le terrain.

Si les États-Unis ont assumé le poids principal de l’intervention, le récit d’alliés relégués à l’arrière-plan ne résiste pas à l’analyse des faits militaires et des statistiques officielles.

Une controverse révélatrice des fractures mémorielles occidentales

 

 

Au-delà de l’épisode médiatique, cette polémique révèle des divergences profondes dans la manière dont les sociétés occidentales interprètent aujourd’hui la guerre d’Afghanistan.

Pour certains responsables politiques américains, le conflit est désormais perçu avant tout comme un échec stratégique coûteux, justifiant un discours de repli et de remise en cause des alliances traditionnelles. À l’inverse, au Royaume-Uni et dans plusieurs pays européens, la priorité demeure la reconnaissance des sacrifices consentis, indépendamment du jugement porté sur l’issue politique de la guerre.

La prise de parole du prince Harry illustre cette tension entre mémoire, responsabilité et discours politique. En rappelant les visages et les vies derrière les chiffres, il recentre le débat sur l’humain, là où la rhétorique géopolitique tend parfois à l’effacer.

Un message durable dans un contexte international instable

 

 

Dans un monde marqué par le retour de conflits de haute intensité et par la redéfinition des alliances stratégiques, les mots employés par les dirigeants politiques sur les guerres passées revêtent une portée particulière.

Le message du prince Harry, sobre et factuel, s’inscrit dans une logique de long terme : celle de la préservation de la confiance entre alliés et du respect dû aux femmes et aux hommes envoyés au combat au nom de décisions politiques.

À l’heure où l’Otan demeure un pilier central de la sécurité euro-atlantique, cette controverse rappelle que l’histoire récente continue de peser sur les relations diplomatiques et sur la perception publique des engagements militaires.

En appelant à la « vérité » et au « respect », le prince Harry ne se contente pas de répondre à une déclaration controversée. Il pose une exigence morale qui dépasse les personnes et s’adresse à l’ensemble des responsables appelés à commenter, juger ou réécrire les conflits du passé.

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