Depuis son arrivée à la tête de certains pôles de Prisma Media, Gérald-Brice Viret, vice-président de Canal+, influence fortement la ligne éditoriale des publications du groupe. À peine nommé, il impose déjà la promotion des contenus de Canal+ dans les magazines, à l'image de la couverture actuelle de Télé Loisirs. Cet article analyse les implications de ce changement pour les rédactions et le climat social au sein de Prisma Media.
La première influence de Gérald-Brice Viret sur Télé Loisirs
Gérald-Brice Viret a pris ses fonctions en tant que vice-président de Prisma Media le 27 août 2025. Moins d’un mois plus tard, il a déjà fait passer des consignes concernant la couverture de certains magazines. En particulier, Télé Loisirs a consacré sa Une au film En fanfare, diffusé sur Canal+, mettant en avant Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin.
Selon Emmanuel Vire, délégué syndical SNJ-CGT à Prisma Media, Viret a tenté de modifier deux couvertures dès ses débuts : celle de Femmes actuelles et celle de Télé Loisirs. Si la première couverture n’a pas été modifiée pour des raisons idéologiques, la seconde a été changée afin de promouvoir le contenu Canal+.
Les implications éditoriales et le rôle de Vincent Bolloré
Depuis le rachat de Prisma Media en juin 2021, le groupe a connu peu de changements dans sa direction : seules deux personnes avaient été remplacées, la directrice administrative et financière, ainsi que la PDG. Cette stabilité a permis aux rédactions de travailler avec une certaine autonomie. Cependant, avec l'arrivée de Gérald-Brice Viret, l’influence de Canal+ devient manifeste, annonçant ce que certains appellent une "offensive réactionnaire" orchestrée par Vincent Bolloré.
Les synergies entre médias, une stratégie claire
Le groupe cherche désormais à créer des synergies entre ses différentes entités. Par exemple, la régie publicitaire de Prisma prend en charge le supplément JDMag du JDD, et les rédactions économiques de Capital et de Harvard Business Review vont être déplacées à la rue des Cévennes, siège d'Europe 1 et CNews.
Cette stratégie vise à rapprocher les rédactions des médias audiovisuels et pourrait favoriser l'intégration de journalistes dans les émissions des chaînes de Bolloré.
Changements et synergies au sein de Prisma Media
| Pôle / Publication | Changement récent | Objectif |
|---|---|---|
| Télé Loisirs | Modification de la couverture | Promotion des contenus Canal+ |
| Capital et Harvard Business Review | Déménagement vers la rue des Cévennes | Renforcer les synergies avec Europe 1 et CNews |
| JDD / JDMag | Prise en charge par la régie Prisma | Optimiser la publicité et la diffusion |
Un climat social tendu au sein des rédactions
Les changements imposés par la direction créent des tensions parmi les journalistes. Emmanuel Vire explique que certains salariés de Capital refusent de se rendre rue des Cévennes, craignant de devoir collaborer avec des médias dont ils désapprouvent la ligne éditoriale. La situation est aggravée par un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) visant 54 postes, dont 27 journalistes.
Le PSE et la résistance interne
Le PSE a été annoncé avec une phase de départs volontaires ouverte du 18 août au 10 octobre. Cependant, selon le syndicaliste, la direction a manqué de transparence concernant le rachat simultané de France Dimanche et Ici Paris et l’arrivée de nouveaux journalistes, ce qui pourrait modifier le nombre de licenciements nécessaires pour atteindre le quota prévu.
En réaction, les journalistes commencent à organiser une forme de résistance interne afin de préserver l’indépendance éditoriale du groupe.
Les impacts potentiels sur les médias français
Si Prisma Media suit la même trajectoire que d'autres médias du groupe Bolloré, on peut s'attendre à une forte centralisation de la ligne éditoriale et à une influence accrue des intérêts privés sur le contenu journalistique. Cela pourrait impacter la diversité de l’information et la liberté de la presse au sein du groupe.
La nomination de Gérald-Brice Viret et les premiers changements éditoriaux chez Prisma Media révèlent une volonté de synchronisation avec Canal+ et les autres entités de Bolloré. Entre synergies stratégiques et tensions sociales, le groupe entre dans une phase où l’équilibre entre indépendance journalistique et directives commerciales sera déterminant pour son avenir.
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