Le 28 octobre 2024, le tribunal correctionnel de Paris a été le théâtre d'une seconde journée d'audience explosive dans l'affaire du cyberharcèlement visant Brigitte Macron. Accusés de propager une rumeur transphobe infondée affirmant que la Première dame serait un homme, dix prévenus ont comparu devant la justice. Cette affaire, qui met en lumière les dangers du harcèlement en ligne, a révélé des tensions palpables, avec un président du tribunal contraint d'intervenir pour recadrer les plaidoiries enflammées des avocats de la partie civile. Au-delà des débats juridiques, ce procès soulève des questions cruciales sur la liberté d'expression, les limites de l'humour et les impacts psychologiques du cyberharcèlement sur les victimes publiques.
Dans cet article détaillé, nous explorons le déroulement de l'audience, les témoignages émouvants, les arguments des parties et les réquisitions du procureur. Avec une analyse approfondie des enjeux sociétaux, nous visons à décrypter pourquoi cette affaire dépasse le cadre d'un simple litige judiciaire pour devenir un symbole de la lutte contre les infox et le harcèlement numérique en France.
Le Contexte de la Rumeur Transphobe, Origines et Propagation
La rumeur selon laquelle Brigitte Macron serait transgenre, née sous le nom de Jean-Michel Trogneux, a émergé en 2021 sur les réseaux sociaux, alimentée par des milieux complotistes et d'extrême droite. Propagée via des vidéos YouTube et des posts sur X (anciennement Twitter), cette infox transphobe a rapidement gagné en viralité, atteignant des millions de vues. Des figures comme Natacha Rey, une soi-disant journaliste indépendante, et Amandine Roy, une voyante, ont été au cœur de cette diffusion initiale, bien qu'elles aient été relaxées en appel en juillet 2024 pour diffamation.
Ce n'est pas un hasard si cette rumeur cible une femme publique : les femmes politiques et leurs proches sont souvent victimes de violences sexistes en ligne. Selon un rapport de la CNIL datant de 2023, plus de 70% des cyberharcèlements en France visent des femmes, avec une augmentation de 30% des cas transphobes depuis la pandémie. Dans le cas de Brigitte Macron, les attaques n'ont pas seulement dénigré son apparence physique, mais ont aussi remis en question son identité et sa légitimité en tant qu'épouse du président Emmanuel Macron.
Les prévenus, âgés de 41 à 65 ans et issus de divers horizons – publicitaire, informaticien, enseignant, galeriste – ont été identifiés grâce à leurs publications sur X et YouTube. Parmi eux, Aurélien Poirson-Atlan, connu sous le pseudonyme Zoé Sagan, s'est distingué par ses posts satiriques qui ont cumulé des milliers de partages. Bertrand Scholler, un autre accusé, a relayé ces contenus, arguant d'une liberté d'expression absolue. Ce procès illustre parfaitement comment les algorithmes des réseaux sociaux amplifient les contenus haineux, transformant une rumeur isolée en une "meute" numérique dévastatrice.
Deuxième Journée d'Audience, Le Témoignage Poignant de Tiphaine Auzière
La matinée du 28 octobre a été marquée par l'arrivée très attendue de Tiphaine Auzière, la fille cadette de Brigitte Macron. Âgée de 40 ans, cette avocate parisienne a pris place à la barre pour témoigner des répercussions personnelles de cette campagne de harcèlement. "Ma mère ne peut pas faire abstraction de toutes les horreurs qu'on raconte sur elle", a-t-elle déclaré d'une voix tremblante, les yeux rougis par l'émotion. Elle a décrit une "dégradation des conditions de santé" de sa mère, évoquant des nuits sans sommeil, une anxiété constante et un sentiment d'isolement croissant.
Tiphaine Auzière n'a pas mâché ses mots : "C'est une violence quotidienne qui ronge de l'intérieur. Brigitte est sur le qui-vive en permanence, craignant que chaque regard ou commentaire ne soit une nouvelle attaque." Son intervention, d'une durée de près de 20 minutes, a profondément ému l'assemblée, y compris certains prévenus qui ont baissé les yeux. Ce témoignage humain a contrasté avec les arguments techniques des avocats, rappelant que derrière les tweets et les vidéos se cache une souffrance réelle.
Pour contextualiser, rappelons que Brigitte Macron elle-même n'a pas assisté aux audiences, invoquant des raisons de sécurité. Cependant, son absence n'a pas atténué l'impact de ce procès, qui vise à obtenir justice pour les milliers de messages haineux accumulés depuis trois ans. Des experts psychologiques, cités dans des études de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, estiment que de tels harcèlements peuvent entraîner des troubles anxio-dépressifs sévères, avec un risque accru de burn-out pour les figures publiques.
Les Plaidoiries des Avocats de Brigitte Macron, Une Offensive Sans Relâche
Après le témoignage de Tiphaine Auzière, place aux plaidoiries. Me Jean Ennochi, avocat principal de la Première dame, a ouvert le bal avec une vigueur rare. "Nous sommes face à un raid numérique, un cyberharcèlement en meute orchestré avec une détermination effroyable", a-t-il tonné, pointant du doigt les prévenus un à un. Il a particulièrement visé Aurélien Poirson-Atlan (Zoé Sagan), l'accusant d'un "ego surdimensionné" et d'une volonté de s'exonérer sous couvert d'artistique. "Ce n'est pas de la satire, c'est du dénigrement systématique qui empoisonne la sphère publique", a ajouté Me Ennochi.
Son confrère, Me Olivier Ennochi, a complété cette charge en rappelant les fondements juridiques. "La liberté d'expression n'est pas un blanc-seing. Le harcèlement en est la limite claire, et le droit à l'humour ne saurait excuser la haine." Il a insisté sur le rôle des retweets dans la viralité : "Ne minimisons pas ces actes anodins en apparence ; ils sont le carburant de la propagation." Les deux avocats, père et fils, ont réclamé 15 000 euros de dommages et intérêts au total, soulignant le préjudice moral et financier subi par leur cliente.
Cette offensive a visé aussi Amandine Roy, la médium impliquée dans la vidéo originelle. Me Jean Ennochi a affirmé que cette publication lui avait permis d'embaucher deux salariés, transformant une rumeur en source de revenus. La prévenue, visiblement écœurée, a murmuré son indignation, un moment de malaise palpable dans la salle. Ces attaques personnelles ont alimenté les débats sur la frontière entre critique légitime et harcèlement, un thème récurrent dans les affaires judiciaires récentes impliquant des personnalités politiques.
Malaise en Salle d'Audience, L'Intervention Ferme du Président du Tribunal
Alors que les plaidoiries s'éternisaient – près d'une heure pour les deux avocats Ennochi –, le président du tribunal a perdu patience. "Faites preuve de concision, Maître. Je tiens à ce que tout le monde puisse s'exprimer", a-t-il lancé d'un ton sec, interrompant net Me Jean Ennochi. Cette remontrance, prononcée devant une salle bondée de journalistes et de soutiens, a créé un silence pesant, soulignant les tensions inhérentes à un procès aussi médiatisé.
Cette intervention n'était pas anodine : avec une dizaine d'avocats de la défense encore à venir, le temps était compté. Malgré cela, les représentants de Brigitte Macron ont maintenu leur cap, arguant du caractère collectif des attaques. "C'est une entreprise de démolition continue, pas un débat d'opinion", a rétorqué Me Olivier Ennochi. Cet épisode illustre les défis d'un procès impliquant des enjeux sociétaux majeurs, où la durée des échanges peut influencer la perception publique de l'équité judiciaire.
Sur X, les réactions n'ont pas tardé. Des utilisateurs comme @LilianeR519950 ont live-tweeté l'événement, dénonçant un "traitement de faveur" pour la partie civile. D'autres, comme @SarahHRakM4, ont partagé des vidéos de Zoé Sagan se défendant post-audience, qualifiant ses propos de "satire romanesque". Ces échanges en temps réel ont amplifié la couverture médiatique, atteignant des centaines de milliers de vues en quelques heures.
Les Réquisitions du Procureur, Peines Lourdes pour les "Instigateurs"
Le procureur Hervé Tétier a clos la journée par des réquisitions musclées. Séparant les prévenus en "instigateurs" (Zoé Sagan, Amandine Roy, Bertrand Scholler) et "suiveurs", il a qualifié l'ensemble d'une "infraction constituée par des propos répétés contre une même victime". Même un seul message peut suffire, a-t-il argué, citant l'article 222-33-2-2 du Code pénal.
Pour Zoé Sagan, 12 mois de prison avec sursis, 8 000 euros d'amende et suspension de comptes pendant six mois. Amandine Roy et Bertrand Scholler écopent de 6 mois avec sursis et 4 000/3 000 euros respectifs, avec suspension similaire. Les sept autres "suiveurs" risquent de 3 à 5 mois avec sursis. Un tableau synthétique ci-dessous résume ces demandes :
| Prévenu | Peine Requise (Prison Sursis) | Amende (€) | Suspension Comptes |
|---|---|---|---|
| Aurélien Poirson-Atlan (Zoé Sagan) | 12 mois | 8 000 | 6 mois |
| Amandine Roy | 6 mois | 4 000 | 6 mois |
| Bertrand Scholler | 6 mois | 3 000 | 6 mois |
| Autres suiveurs (7 personnes) | 3-5 mois | Variable | Non spécifié |
Ces réquisitions, prononcées en fin de journée, ont provoqué des larmes chez Amandine Roy, consolée par des soutiens dans le public. Le procureur a évoqué un "impact négatif sur la santé" de Brigitte Macron, bien qu'aucune expertise médicale n'ait été produite. Le délibéré est fixé au 5 janvier 2026.
Les Défenses des Prévenus, Liberté d'Expression ou Excès ?
Les avocats de la défense n'ont pas démérité. Me François Dangléhant, représentant Natacha Rey (qui s'est constituée partie civile pour 1 euro symbolique), a inversé les rôles : "C'est Brigitte Macron qui harcèle les lanceurs d'alerte !" Il a demandé la relaxe de tous et une condamnation symbolique de la Première dame. Pour Zoé Sagan, son conseil a plaidé la satire : "C'est de l'ironie, pas de la haine. La meute existait avant mon client." Bertrand Scholler, via son avocat, a rappelé les interviews de Brigitte Macron sur TF1 et RTL, qui ont amplifié la rumeur en la légitimant indirectement.
Certains prévenus, comme Jean-Christophe D., un professeur de sport, ont présenté des excuses, regrettant une "parodie maladroite". Son avocat a dénoncé une "disproportion" entre les faits – "un tweet tous les six mois" – et la médiatisation. Ces arguments soulignent un clivage profond : d'un côté, la protection des victimes ; de l'autre, la crainte d'une censure accrue sur les réseaux.
Impacts Sociétaux, Cyberharcèlement en France et Perspectives Législatives
Ce procès arrive à un moment charnière. Emmanuel Macron, le 28 octobre même, a annoncé un débat national sur l'impact des réseaux sociaux sur la démocratie, évoquant une "déstructuration du débat public". Aurore Bergé, ministre de la Culture, a lié cela au harcèlement subi par Brigitte Macron, appelant à un "travail de résistance" contre les menaces numériques. Selon des données de Pharos (plateforme de signalement), 2024 a vu une hausse de 25% des signalements pour harcèlement sexiste en ligne.
- Statistiques clés : 1 Français sur 4 a été victime de cyberharcèlement (sondage IFOP 2023).
- Lois applicables : Article 222-33-2-2 du Code pénal punit le harcèlement moral en ligne de 2 ans de prison et 30 000 euros d'amende.
- Prévention : Besoin de modération algorithmique renforcée et d'éducation numérique dès l'école.
Des associations comme Osez le Féminisme appellent à une loi spécifique contre le harcèlement de genre en ligne, inspirée du modèle suédois. Ce procès pourrait catalyser ces réformes, en posant la question : où tracer la ligne entre humour et haine ?
Le procès de Brigitte Macron pour cyberharcèlement s'achève sur une note d'incertitude, avec des réquisitions sévères et des plaidoiries passionnées. Au-delà de la sentence attendue en janvier 2026, cette affaire rappelle l'urgence de protéger les victimes tout en préservant la liberté d'expression. Tiphaine Auzière l'a dit : "Ces horreurs ne s'effacent pas d'un claquement de doigts." Espérons que la justice, dans sa sagesse, trouve un équilibre pour que le web devienne un espace de débat enrichissant, et non de destruction.
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