Introduction, Une Décision qui Fait Débat
Le 22 octobre 2025, la mairie de Marseille a pris une décision controversée en déprogrammant la projection du documentaire Sacré Cœur au Château de la Buzine, invoquant le principe de laïcité. Cette décision, motivée par une « exigence juridique », a suscité une vague de réactions, allant de l’indignation à la défense de la neutralité de l’État. Cet article explore les détails de cette affaire, son contexte, ses implications culturelles et juridiques, ainsi que les débats qu’elle soulève dans une société française attachée à la laïcité.
Le Contexte, Qu’est-ce que Sacré Cœur ?
Sacré Cœur est un docu-fiction réalisé par Steven Gunnell, ancien membre du boys band Alliage, et sa compagne Sabrina Gunnell. Sorti le 1er octobre 2025 dans 155 salles en France, ce film spirituel mêle des reconstitutions historiques des apparitions du Christ à Sainte Marguerite-Marie Alacoque au XVIIe siècle, des témoignages de croyants, et des réflexions sur la foi catholique. Tourné près d’Avignon, il aborde également des sujets sensibles comme les abus au sein de l’Église, tout en véhiculant un message d’espérance.
Le parcours personnel de Steven Gunnell, marqué par des épreuves comme l’alcoolisme et la dépression, a inspiré ce projet. Avec un budget d’un million d’euros, dont 350 000 euros financés par Canal+, le film a bénéficié d’une visibilité médiatique importante, notamment grâce à des soutiens comme Vincent Bolloré.
| Caractéristique | Détails |
|---|---|
| Titre | Sacré Cœur |
| Réalisateurs | Steven et Sabrina Gunnell |
| Date de sortie | 1er octobre 2025 |
| Budget | 1 million d’euros |
| Entrées en 3 semaines | 193 533 |
La Déprogrammation, Une Question de Laïcité
La mairie de Marseille a justifié la déprogrammation de Sacré Cœur par le respect de la loi de 1905, qui impose la neutralité des services publics. Selon le communiqué officiel publié le 23 octobre 2025, un équipement public comme le Château de la Buzine, propriété de la ville, ne peut accueillir des projections à caractère confessionnel. La décision a été prise une heure avant la projection prévue, provoquant une vive controverse.
La mairie insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une censure, mais d’une application stricte de la législation. Le film reste projeté dans d’autres cinémas de la ville, où il est accessible librement. Cependant, cette explication n’a pas apaisé les critiques, notamment de la part d’élus de droite et d’extrême droite.
Réactions Politiques, Une Censure Déguisée ?
La décision a immédiatement suscité des réactions virulentes. Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, a dénoncé une « laïcité dévoyée » qui, selon elle, renie l’histoire et l’identité de Marseille, ville marquée par des symboles chrétiens comme la basilique Notre-Dame-de-la-Garde, surnommée « la Bonne Mère ». D’autres voix, notamment dans les sphères conservatrices, ont qualifié cette déprogrammation de censure, accusant la mairie de limiter la liberté d’expression.
En parallèle, certains médias comme CNews et Europe 1, liés à Vincent Bolloré, ont offert une tribune au film et à ses réalisateurs, amplifiant la polémique. Cette médiatisation a contribué à faire de Sacré Cœur un symbole de résistance pour certains, face à ce qu’ils perçoivent comme une laïcité excessive.
Une Controverse Précédente, L’Affaire MediaTransports
Ce n’est pas la première fois que Sacré Cœur fait l’objet d’une polémique. Avant sa sortie, MediaTransports, qui gère les campagnes publicitaires dans les transports parisiens (RATP et SNCF), a refusé d’afficher la promotion du film, invoquant son « caractère confessionnel et prosélyte ». Cette décision a déclenché une tempête médiatique, relayée par des médias conservateurs comme CNews et le journal Frontières.
Pascal Praud, animateur sur Europe 1, a notamment invité Steven Gunnell pour promouvoir le film, tandis que CNews a publié un article élogieux. Ces soutiens ont contribué à faire connaître Sacré Cœur, qui a enregistré 47 000 entrées la première semaine, puis près de 200 000 en trois semaines.
| Événement | Contexte | Réaction |
|---|---|---|
| Déprogrammation MediaTransports | Refus de la campagne publicitaire dans les transports parisiens | Polémique médiatique, soutien de CNews et Europe 1 |
| Déprogrammation à Marseille | Annulation de la projection au Château de la Buzine | Critiques d’élus de droite, accusations de censure |
Les Enjeux, Laïcité vs Liberté d’Expression
La controverse autour de Sacré Cœur soulève des questions fondamentales sur l’équilibre entre laïcité et liberté d’expression. La loi de 1905, pilier de la laïcité française, impose une neutralité stricte aux institutions publiques. Cependant, certains estiment que son application rigoureuse peut empiéter sur la liberté de création et d’expression, en particulier dans un contexte où la foi et l’identité culturelle sont des sujets sensibles.
Sabrina Gunnell, co-réalisatrice, insiste sur l’absence de visée politique dans le film. Selon elle, Sacré Cœur cherche à transmettre un message d’espérance, particulièrement pertinent en période de Toussaint. Elle souligne également que la promotion du film n’a pas ciblé de médias spécifiques, acceptant toute visibilité, qu’elle vienne de CNews ou d’autres plateformes.
Impact Culturel et Perspectives
Le cas de Sacré Cœur illustre les tensions culturelles et juridiques autour de la place de la religion dans l’espace public en France. Alors que certains y voient une entrave à la liberté artistique, d’autres défendent la nécessité de préserver la neutralité des institutions publiques. Cette affaire pourrait alimenter des débats plus larges sur la manière dont la laïcité est interprétée et appliquée dans des contextes culturels variés.
En attendant, le film continue de trouver son public, porté par une médiatisation accrue et un bouche-à-oreille efficace. Avec près de 200 000 entrées en trois semaines, Sacré Cœur prouve que, malgré les controverses, il touche une audience en quête de récits spirituels et humains.
La déprogrammation de Sacré Cœur à Marseille met en lumière les défis de concilier laïcité et liberté d’expression dans une société plurielle. Si la mairie défend une application stricte de la loi, les critiques soulignent le risque de stigmatiser des œuvres culturelles au nom de la neutralité. Cette affaire, loin d’être isolée, invite à une réflexion approfondie sur la place de la spiritualité dans l’espace public et sur les limites de la laïcité en France.
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