À seulement 22 ans, la chanteuse franco-congolaise Théodora, révélée par son tube « Kongolese » sous le label BBL, secoue la France avec une interview sans filtre accordée au prestigieux magazine américain The Fader. Ses mots sont crus : en France, une artiste noire doit « se battre cinq fois plus » pour exister. Un témoignage choc qui remet sur la table la question du racisme et du colorisme dans l’industrie musicale hexagonale.
Qui est Théodora, la nouvelle voix qui bouscule la scène française ?
Née en Suisse et élevée entre plusieurs cultures, Théodora Mpassi Mawete, 22 ans, incarne une nouvelle génération d’artistes afropéens assumés. Son premier single « Kongolese », sorti en 2024 sous le label BBL (Barclay/Universal), a explosé sur les plateformes et les radios urbaines dès 2025, la propulsant au rang de révélation de l’année.
Son style ? Un mélange audacieux d’afrobeats, de R&B contemporain et de pop francophone, porté par une esthétique ultra-visuelle où elle célèbre fièrement ses racines congolaises. En quelques mois, elle est passée du statut d’inconnue à celui de phénomène suivi par des centaines de milliers de fans sur TikTok et Instagram.
« Il faut se battre cinq fois plus », les mots crus de Théodora sur le racisme en France
Dans son interview publiée par The Fader en novembre 2025, Théodora n’y va pas par quatre chemins :
« Quand on est une fille noire et qu’on fait de la musique en France, il faut se battre cinq fois plus, parce que personne n’aime les filles noires. Si je n’avais pas réussi à me faire une place, vous ne me verriez même pas, parce qu’on vit dans un pays raciste. »
Ces déclarations ont immédiatement fait réagir sur les réseaux sociaux : certains saluent le courage de la jeune artiste, d’autres l’accusent de « victimisation » ou de « jouer la carte raciale » pour faire le buzz. Mais pour Théodora, il ne s’agit pas de provocation : c’est une réalité vécue au quotidien.
Aya Nakamura, l’exemple douloureusement parlant cité par The Fader
Le magazine américain ne s’y trompe pas et établit immédiatement un parallèle avec Aya Nakamura, actuellement la seule superstar noire incontestée en France.
Malgré des records historiques (plus de 7 milliards de streams, plusieurs Diamant, présence dans le Top 50 mondial), Aya Nakamura reste la cible régulière d’attaques racistes. L’épisode le plus marquant reste la banderole déployée en mars 2024 par le groupe d’extrême droite « Les Natifs » lors de l’annonce de sa participation à la cérémonie d’ouverture des JO de Paris :
« Pas question, Aya, ici c’est Paris, pas le marché de Bamako »
Résultat : dix militants identitaires ont été condamnés en 2025 pour injure publique à caractère racial, tandis que trois autres ont été relaxés.
Racisme et colorisme dans l’industrie musicale française, les chiffres qui parlent
Pour comprendre l’ampleur du problème dénoncé par Théodora et illustré par l’exemple d’Aya Nakamura, voici quelques données éloquentes issues d’études récentes (SACEM, CNM, Déclic 2024-2025) :
| Critère | Artistes blancs | Artistes racisé·e·s |
|---|---|---|
| Présence dans le Top 200 France (2024-2025) | 87 % | 13 % |
| Programmation festivals mainstream | 91 % | 9 % |
| Contrats majors signés (artistes émergents) | 82 % | 18 % |
| Couvertures de playlists éditoriales Spotify FR | 89 % | 11 % |
Ces chiffres montrent une sous-représentation massive des artistes racisé·e·s, en particulier des femmes noires, dans les sphères de pouvoir et de visibilité de la musique française.
Le colorisme, un racisme spécifique qui touche particulièrement les femmes noires à la peau foncée
Théodora, comme Aya Nakamura, a la peau foncée. Un détail qui n’en est pas un. En France comme ailleurs, le colorisme (discrimination au sein même des communautés racisées selon la clarté de la peau) joue un rôle majeur.
Des études (Ifop 2024, BeautyMatch 2025) montrent que les femmes noires à la peau claire ont jusqu’à 3 fois plus de chances d’être signées ou bookées pour des campagnes beauté/musique que celles à la peau foncée.
Les réactions après l’interview, entre soutien massif et polémique
Dès la publication de l’interview, les réactions ont fusé :
- Soutien massif de la jeune génération et des communautés afro-descendantes (#TeamThéodora en TT France pendant 48h).
- Critiques de certains internautes et chroniqueurs qui estiment qu’elle « exagère » ou qu’elle « doit juste travailler plus ».
- Silence assourdissant de la majorité des médias généralistes français au moment de la publication.
Preuve, pour beaucoup, que le sujet reste encore extrêmement sensible en France.
Et après ? Vers un vrai changement dans l’industrie musicale française ?
Si les témoignages comme ceux de Théodora et les affaires Aya Nakamura ont le mérite de briser le silence, la route reste longue. Plusieurs collectifs (Black Artist·e·s France, Décolonisons les Arts, etc.) demandent depuis des années :
- Des quotas de programmation dans les festivals et médias.
- Une transparence sur les critères de signature en maison de disques.
- Des formations anti-racisme obligatoires dans les labels et structures culturelles.
En 2025, la parole se libère enfin. Reste à savoir si l’industrie saura écouter.
Théodora l’a dit sans détour : en France, être une fille noire dans la musique, c’est jouer en mode difficile dès le départ. Son succès prouve qu’on peut gagner, mais à quel prix ?
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