Après avoir marqué des générations de spectateurs sur grand écran, Tom Hanks et Keanu Reeves franchissent une nouvelle étape artistique. Les deux acteurs publient leur premier roman, dont les versions françaises paraîtront début 2026. Deux projets littéraires radicalement différents, à l’image de leurs parcours et de leurs univers : l’un rend hommage à la fabrique du cinéma, l’autre s’inscrit dans une science-fiction sombre et mythologique. Une double entrée remarquée dans la rentrée littéraire de janvier, où les signatures anglo-saxonnes occupent une place centrale.
Cette arrivée simultanée de deux icônes hollywoodiennes dans le paysage éditorial français interroge autant qu’elle intrigue : que racontent ces romans, et que disent-ils du rapport de ces artistes à la création, au temps long et à la narration hors écran ?
Tom Hanks, le cinéma raconté de l’intérieur
Avec Naissance d’un chef-d’œuvre du cinéma, publié en France par les éditions du Seuil le 16 janvier 2026, Tom Hanks propose un roman directement nourri de son expérience de comédien et de producteur. L’ouvrage, paru aux États-Unis en 2023, s’intéresse au tournage chaotique d’un film de super-héros au budget démesuré, confronté à une succession d’obstacles artistiques, techniques et humains.
À 69 ans, l’acteur de Forrest Gump, Apollo 13 ou Il faut sauver le soldat Ryan livre une fiction qui sonne comme une chronique lucide et parfois ironique de l’industrie hollywoodienne. Loin du pamphlet ou du règlement de comptes, le roman adopte un ton nuancé, observateur, attentif aux rouages invisibles de la création cinématographique.
Selon son éditeur français, Tom Hanks « pose un regard d’initié sur les efforts considérables nécessaires à la production d’un film ». Le récit explore ainsi :
- la tension permanente entre vision artistique et contraintes économiques ;
- la fragilité des équilibres humains sur un plateau ;
- la part d’imprévu qui façonne parfois les œuvres cultes.
Ce roman s’inscrit dans une tradition littéraire bien identifiée : celle des récits méta-cinématographiques, où le cinéma devient à la fois sujet et décor. Tom Hanks y mobilise sa connaissance intime des plateaux, acquise sur plus de quatre décennies de carrière, pour donner chair à une fiction crédible, documentée et profondément incarnée.
Une écriture discrète, au service du collectif
Ce qui frappe dans Naissance d’un chef-d’œuvre du cinéma, c’est la cohérence entre la figure publique de Tom Hanks et son approche romanesque. Loin de se placer au centre du récit, l’auteur privilégie une narration chorale, attentive aux métiers de l’ombre : assistants, techniciens, scénaristes, producteurs.
Cette posture renforce la dimension humaine du roman et évite l’écueil de l’autofiction narcissique. Tom Hanks ne raconte pas « son » cinéma, mais celui d’une industrie collective, parfois dysfonctionnelle, souvent passionnée, toujours dépendante de compromis.
Un choix qui confère au livre une portée universelle, bien au-delà du seul public cinéphile, et qui explique sans doute l’accueil favorable réservé à l’ouvrage lors de sa sortie américaine.
Keanu Reeves, la science-fiction comme prolongement d’un univers graphique
À l’opposé stylistique et thématique, Keanu Reeves signe avec Le livre d’ailleurs (Au diable vauvert) un roman de science-fiction co-écrit avec l’écrivain britannique China Miéville, figure majeure des littératures de l’imaginaire contemporain.
Âgé de 61 ans, l’acteur canadien, connu pour Matrix, John Wick ou Speed, s’inscrit ici dans un projet transmédia. Le roman accompagne et prolonge l’univers de BRZRKR, série de comics créée et scénarisée par Reeves, centrée sur le périple d’un guerrier immortel à travers les âges.
Le livre suit ce même personnage, confronté à une violence cyclique et à une quête de sens dans un monde fragmenté. Loin d’un simple produit dérivé, Le livre d’ailleurs développe une dimension introspective et philosophique absente du format graphique.
China Miéville, une caution littéraire assumée
La collaboration avec China Miéville n’est pas anodine. Auteur reconnu pour des œuvres comme Perdido Street Station ou The City & the City, Miéville apporte au projet une densité narrative et conceptuelle qui dépasse les codes classiques de la science-fiction d’action.
L’écriture à quatre mains permet :
- d’approfondir la mythologie de l’immortalité ;
- d’interroger la répétition de la violence à travers l’histoire ;
- d’explorer les conséquences psychologiques d’une existence sans fin.
Keanu Reeves, souvent décrit comme une figure introspective et réservée, trouve dans ce roman un espace d’expression plus méditatif que ses rôles cinématographiques. Le texte se distingue par une tonalité sombre, parfois contemplative, qui tranche avec l’image de blockbuster associée à son nom.
Deux trajectoires, une même légitimité créative
Si les démarches de Tom Hanks et Keanu Reeves diffèrent profondément, elles partagent un point commun essentiel : la légitimité acquise par l’expérience. Aucun des deux ne se présente comme un écrivain improvisé. Leur entrée en littérature s’inscrit dans un prolongement logique de décennies passées à raconter des histoires, à travailler la narration, le rythme et les personnages.
Dans les deux cas, l’écriture apparaît comme :
- un espace de liberté hors des contraintes du marché cinématographique ;
- un moyen d’explorer des récits plus intimes ou plus complexes ;
- une manière de reprendre le contrôle du temps long de la création.
Cette crédibilité explique l’intérêt des éditeurs français, qui positionnent ces romans non comme des curiosités people, mais comme de véritables objets littéraires intégrés à la rentrée.
Une rentrée littéraire de janvier très anglo-saxonne
Les romans de Tom Hanks et Keanu Reeves s’inscrivent dans un contexte éditorial dense. La rentrée littéraire de janvier 2026 met particulièrement en avant les auteurs anglo-saxons, confirmant une tendance de fond du marché français.
Parmi les autres parutions attendues figurent :
- La voie de Gabriel Tallent (Gallmeister), récit d’amitié dans le désert des Mojaves ;
- Chair de David Szalay (Albin Michel), lauréat du Booker Prize ;
- Nos héritages d’Anna Hope (Gallimard), chronique familiale au sein de l’aristocratie anglaise.
À cela s’ajoutent des voix internationales fortes, comme le recueil posthume de Russell Banks, American Spirits (Actes Sud), ou encore L’ivresse de la violence de Gabor Zoltan (Belfond), consacré aux crimes de la milice des Croix-Fléchées à Budapest en 1944.
Quand les stars d’Hollywood investissent la littérature
L’arrivée de Tom Hanks et Keanu Reeves en librairie illustre un phénomène plus large : la porosité croissante entre les arts narratifs. À l’heure où les séries, les comics, le cinéma et le roman dialoguent en permanence, ces passerelles ne relèvent plus de l’exception.
Ce qui distingue ces deux projets, c’est toutefois leur sobriété médiatique. Ni tapage promotionnel excessif, ni posture provocatrice. Les deux acteurs semblent privilégier la discrétion, laissant les textes se défendre par eux-mêmes.
Un choix qui pourrait séduire un lectorat en quête de récits exigeants, au-delà de la notoriété de leurs auteurs.
Une attente forte du public français
Avec une sortie prévue début 2026, ces deux romans bénéficieront d’un contexte favorable : curiosité du public, crédibilité critique et visibilité médiatique maîtrisée. Pour les lecteurs français, ils offrent une double promesse :
- découvrir l’envers du décor hollywoodien à travers le regard de Tom Hanks ;
- plonger dans une science-fiction dense et singulière portée par Keanu Reeves et China Miéville.
Deux livres, deux univers, une même ambition : prouver que certaines stars savent aussi se raconter autrement, loin des projecteurs.
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