Critique complète du nouveau film Yoroï, réalisé par David Tomaszewski et interprété par Orelsan. Un voyage visuel et émotionnel où l’artiste normand explore la frontière entre réalité, fiction et introspection, sur fond de culture japonaise et de créatures mythologiques.
Un retour attendu au cinéma pour Orelsan
Après plusieurs années consacrées à la musique et à la série documentaire Montre jamais ça à personne, Orelsan revient sur grand écran avec Yoroï, une œuvre audacieuse mêlant autofiction, humour noir et mythologie japonaise. Réalisé par son fidèle collaborateur David Tomaszewski, le film propose une réflexion sur la notoriété, la création et la fuite de soi.
Sorti en salles le 29 octobre 2025, Yoroï met en scène un Orelsan au bord du burn-out, épuisé par la pression médiatique et la célébrité. Le rappeur choisit de tout quitter pour s’exiler au Japon, le pays d’origine de sa compagne Nanako, incarnée par Clara Choi. Ensemble, ils s’installent dans une vieille maison isolée, à la campagne, dans l’espoir de trouver un peu de paix avant la naissance de leur enfant.
Entre silence, exil et quête de soi
Ce départ vers l’Orient n’est pas anodin. Orelsan cherche à fuir un monde numérique saturé, où chaque instant est jugé, liké ou critiqué. Le film montre un artiste en quête de sens, qui éteint son téléphone et se déconnecte du tumulte médiatique. La campagne japonaise, filmée avec poésie, devient un espace de respiration, un refuge spirituel où le silence prend une dimension presque sacrée.
La mise en scène de Tomaszewski sublime ce contraste entre la frénésie urbaine et la lenteur apaisante du Japon rural. Les couleurs douces, les paysages embrumés et les temples anciens plongent le spectateur dans une atmosphère contemplative. On y sent la présence du wabi-sabi — cette philosophie japonaise qui célèbre la beauté de l’imperfection et de l’éphémère.
Le fantastique s’invite, les Yokaïs et la malédiction du puits
Mais ce calme apparent ne dure pas. Très vite, le scénario glisse vers le fantastique. Lorsqu’Orelsan découvre un puits mystérieux au centre de sa nouvelle demeure, l’ambiance change radicalement. En y tombant accidentellement, il y trouve une ancienne armure de samouraï — la Yoroï — qui va bouleverser sa vie.
Une fois revêtue, cette armure déclenche une série d’événements surnaturels. Chaque nuit, Orelsan et Nanako sont attaqués par des Yokaïs, créatures issues du folklore japonais. Ces démons polymorphes, mi-humains mi-fantômes, représentent autant de peurs enfouies dans l’esprit du héros.
| Créature (Yokaï) | Signification symbolique | Interprétation dans le film |
|---|---|---|
| Oni | La colère et la destruction | Représente la frustration accumulée du rappeur |
| Kappa | L’avidité et la tromperie | Allégorie des médias et des faux amis |
| Rokurokubi | La perte d’identité | Évoque la confusion entre Orelsan et son image publique |
| Tengu | L’arrogance et la fierté | Symbolise la vanité liée à la célébrité |
Les combats contre ces entités sont chorégraphiés avec brio, entre manga, jeux vidéo et cinéma d’action. Les effets spéciaux, supervisés par Tomaszewski lui-même, sont impressionnants et rappellent l’esthétique de Scott Pilgrim ou de certains films de Takashi Miike. Le mélange d’humour et de tension rend chaque scène à la fois intense et délirante.
Entre comédie d’action et introspection psychologique
À mi-parcours, le film opère un virage inattendu. Derrière les combats spectaculaires se cache une lecture plus intime. Chaque Yokaï incarne un démon intérieur d’Orelsan : la peur de l’échec, le doute artistique, la paternité imminente, le poids des attentes.
Cette dimension symbolique apporte une profondeur émotionnelle au récit. Le spectateur découvre un artiste vulnérable, loin de la caricature du rappeur désabusé. Yoroï devient alors une métaphore puissante de la lutte contre soi-même — une bataille où l’on affronte non pas des monstres réels, mais ses propres angoisses.
Le climax du film, une confrontation épique entre Orelsan et son double maléfique Orelsama, incarne cette dualité. Le combat final, à la fois spectaculaire et poétique, se conclut sur une leçon de résilience : accepter ses failles plutôt que de les fuir.
Une esthétique singulière, entre modernité et tradition japonaise
Visuellement, Yoroï est un véritable bijou. Le réalisateur combine l’imagerie traditionnelle japonaise (torii, temples, calligraphie) avec des effets numériques modernes. L’univers graphique s’inspire du cyberpunk et du shōnen, tout en conservant une poésie mélancolique. Chaque plan est une œuvre d’art, soutenue par une direction photo soignée et une palette de couleurs travaillée.
Le résultat : un film à la fois énergique et contemplatif, où la technologie sert la narration sans jamais l’éclipser. David Tomaszewski réussit à marier le folklore japonais à la culture pop occidentale, créant un pont entre deux mondes — celui du rap français et celui de l’imaginaire nippon.
La bande originale, un personnage à part entière
Impossible de parler de Yoroï sans évoquer sa bande originale. Composée par Orelsan, Skread, Phazz et Eddy Purple, elle accompagne le film avec justesse. Les sonorités oscillent entre électro planante, trap introspective et ambiances orchestrales. Chaque morceau traduit une émotion : la peur, la sérénité, la renaissance.
Le film sert également de prélude au prochain album d’Orelsan, « La Fuite en Avant », attendu le 7 novembre 2025. Ce disque reprendra plusieurs thèmes du long-métrage : la notoriété, la fuite, la paternité et la reconstruction.
Un message universel, affronter ses peurs pour renaître
Au-delà du délire visuel et du ton décalé, Yoroï livre une leçon de vie universelle. L’œuvre nous rappelle qu’il est impossible d’échapper à soi-même. Pour avancer, il faut accepter ses ombres, comprendre ses faiblesses et apprendre à vivre avec.
Cette morale, simple mais sincère, donne à Yoroï une dimension humaine et touchante. Malgré quelques longueurs et une fin légèrement prévisible, le film séduit par son authenticité et sa créativité. Il témoigne d’un artiste en pleine évolution, prêt à se réinventer sans trahir son essence.
Fiche technique du film
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre | Yoroï |
| Réalisation | David Tomaszewski |
| Scénario | Orelsan et David Tomaszewski |
| Genre | Comédie fantastique / Autofiction |
| Durée | 1h58 |
| Distribution | Orelsan, Clara Choi, Philippe Katerine, Alice Isaaz |
| Date de sortie | 29 octobre 2025 |
| Bande originale | Orelsan, Skread, Phazz, Eddy Purple |
Yoroï s’impose comme une œuvre hybride et inspirée, à la croisée de la pop culture et de l’introspection. Entre humour absurde, combats stylisés et méditation sur la célébrité, Orelsan signe un retour au cinéma à la fois spectaculaire et sincère. Yoroï ne se contente pas de divertir : il invite à réfléchir sur la quête d’équilibre entre soi, les autres et le monde digital qui nous entoure.
Que l’on soit fan du rappeur, amateur de culture japonaise ou simple curieux, ce film mérite le détour. Par sa créativité visuelle, son message introspectif et sa sincérité, Yoroï marque une étape importante dans la carrière d’Orelsan. Un voyage intérieur et cinématographique inoubliable.
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