Après la disparition programmée de C8 et NRJ12 de la TNT, une nouvelle vague de fermetures touche la télévision française. Des chaînes emblématiques du câble et du satellite, notamment musicales, culturelles et dédiées aux loisirs, vont cesser d’émettre d’ici à 2026. Derrière ces décisions, un même constat : un modèle économique fragilisé, des usages bouleversés et une recomposition profonde du paysage audiovisuel.
L’année 2025 s’impose ainsi comme un tournant historique pour la télévision en France, marquant la fin d’une ère pour plusieurs marques fortes du petit écran.
Un choc initial, la fin de C8 et NRJ12 sur la TNT
Le signal d’alarme a été donné au début de l’année 2025. À l’issue de l’appel à candidatures pour le renouvellement des fréquences de la TNT gratuite, l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) a décidé de ne pas reconduire les autorisations de diffusion de C8 et NRJ12.
Cette décision réglementaire, fondée sur des critères éditoriaux, économiques et de pluralisme, a entraîné l’arrêt programmé de deux chaînes bien installées dans les habitudes des téléspectateurs. Pour C8, cela signifie notamment la disparition de programmes populaires comme Touche pas à mon poste, symbole d’une télévision de débat et de divertissement très clivante. Pour NRJ12, c’est tout un pan de la télévision musicale et de la télé-réalité des années 2000 qui s’éteint.
Si certaines émissions ont trouvé refuge ailleurs — comme Animaux à adopter, relancé avec succès sur TMC au printemps 2025 —, l’arrêt de ces chaînes a marqué un basculement durable.
Une dynamique plus large, le câble et le satellite à leur tour touchés
La fin de C8 et NRJ12 n’est pourtant que la partie visible de l’iceberg. En coulisses, d’autres chaînes, diffusées via le câble, le satellite ou les box des opérateurs, ont annoncé leur arrêt progressif avant 2026.
Ces fermetures ne résultent pas de décisions de l’ARCOM, mais de choix stratégiques opérés par de grands groupes internationaux confrontés à une baisse des revenus publicitaires, à l’érosion des abonnements et à la concurrence massive des plateformes de streaming.
Les chaînes concernées partagent un point commun : elles s’adressaient à des publics de niche, longtemps fidèles, mais aujourd’hui fragmentés par l’évolution des usages numériques.
MTV, la fin d’un mythe musical après 44 ans d’antenne
Un arrêt progressif en France et en Europe
Parmi les annonces les plus symboliques figure celle de MTV. La chaîne musicale, lancée en 1981 et devenue une référence mondiale de la pop culture, a confirmé l’arrêt de sa diffusion linéaire dans plusieurs pays européens, dont la France.
Sont également concernées ses déclinaisons thématiques :
- MTV Music
- MTV 80s
- MTV 90s
- Club MTV
- MTV Live
Ces chaînes ne seront plus disponibles sur de nombreuses offres des opérateurs avant la fin de l’année 2025.
Une décision économique avant tout
Cette disparition s’inscrit dans un vaste plan d’économies décidé par Paramount Global, maison mère de MTV, dans un contexte de réorganisation financière et industrielle. Le groupe prépare notamment sa fusion avec Skydance Media, une opération stratégique visant à recentrer ses investissements sur des contenus premium et des plateformes numériques.
Après 44 ans d’existence, MTV paie ainsi le prix d’une transformation inachevée : passée de chaîne musicale à chaîne de téléréalité, elle n’a jamais totalement retrouvé son rôle prescripteur face à YouTube, TikTok ou Spotify.
Le paradoxe Frenchie Shore
Ironie du calendrier, cette annonce intervient quelques mois seulement après le succès médiatique de Frenchie Shore, adaptation française d’un format de téléréalité qui a suscité un large écho, notamment sur les réseaux sociaux. Le programme a révélé plusieurs personnalités, dont Ouryel, et a prouvé que MTV conservait une capacité à créer l’événement.
Mais ce succès ponctuel n’a pas suffi à inverser une trajectoire jugée non prioritaire par le groupe.
Game One et J-One, la fin inattendue de chaînes cultes pour les passionnés
Autre coup dur pour les téléspectateurs : l’annonce de l’arrêt de Game One et J-One, deux chaînes historiques dédiées à la culture geek, aux jeux vidéo et à l’animation japonaise.
Longtemps considérées comme des références pour plusieurs générations de fans, ces chaînes faisaient figure d’exception dans un univers télévisuel de plus en plus généraliste.
Une fermeture qui surprend jusqu’aux équipes
Contrairement à d’autres chaînes déficitaires, Game One affichait encore de bonnes performances. Julien Tellouck, figure emblématique de la chaîne, a tenu à clarifier la situation dans un message adressé au public :
« Je pars en laissant une chaîne en excellente santé, rentable, avec de très bonnes audiences. La fermeture n’est pas liée au contenu ou aux résultats, c’est une décision stratégique. »
Ces propos illustrent un phénomène de plus en plus fréquent : des chaînes viables économiquement, mais jugées non essentielles dans la stratégie globale de groupes internationaux.
Le numérique comme horizon exclusif
Pour les amateurs de jeux vidéo et de culture japonaise, l’offre ne disparaît pas totalement. Elle se déplace. Streaming, plateformes spécialisées, YouTube et Twitch ont progressivement capté ces audiences, rendant le modèle de la chaîne linéaire moins pertinent.
Paramount Network, le cinéma rattrapé par la concentration des contenus
La chaîne Paramount Network, dédiée au cinéma et aux séries, figure également parmi les arrêts programmés. Là encore, la décision s’inscrit dans la stratégie de rationalisation de Paramount Global.
Le groupe privilégie désormais la valorisation de son catalogue via ses plateformes propriétaires, au détriment de chaînes linéaires jugées redondantes.
Ce mouvement illustre une tendance lourde : le cinéma de catalogue migre progressivement vers le streaming, laissant peu de place aux chaînes intermédiaires.
Pourquoi autant de chaînes ferment-elles en même temps ?
Ces disparitions successives ne relèvent pas du hasard. Elles s’expliquent par une combinaison de facteurs structurels :
- La chute de la télévision linéaire chez les moins de 50 ans
- La concurrence des plateformes de streaming (Netflix, Prime Video, Disney+)
- L’explosion des usages mobiles et des réseaux sociaux
- La concentration des groupes médias et la recherche de rentabilité globale
- La fin progressive du modèle publicitaire classique
Dans ce contexte, les chaînes de niche, même appréciées, deviennent des variables d’ajustement.
Quel avenir pour les téléspectateurs et les contenus ?
Si ces fermetures suscitent une forte nostalgie, elles ne signifient pas la disparition totale des contenus ni des talents. De nombreux animateurs, journalistes et producteurs poursuivent leur activité sur d’autres antennes ou sur le numérique.
Pour les téléspectateurs, l’enjeu sera de retrouver ces univers ailleurs : plateformes, chaînes concurrentes, services à la demande. Le paysage audiovisuel ne s’appauvrit pas nécessairement, mais il se fragmente et se déplace.
La période 2025-2026 restera toutefois comme celle d’une rupture symbolique : celle où plusieurs marques historiques de la télévision ont définitivement quitté l’écran, emportant avec elles une part de la mémoire collective.
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