Dans le paysage médiatique américain tendu de 2025, les tensions entre le président Donald Trump et les animateurs de late-night shows atteignent un nouveau sommet. Récemment, Trump a lancé une offensive verbale particulièrement acerbe contre Seth Meyers, l'hôte emblématique de Late Night sur NBC. Cette attaque, qualifiant l'humoriste de "fou dérangé" et suggérant que son opposition à Trump pourrait être "illégale", s'inscrit dans une série de confrontations qui interrogent les fondements de la liberté d'expression aux États-Unis. Cet article explore en profondeur cet épisode, ses antécédents et ses ramifications plus larges, en analysant comment la satire politique est devenue un champ de bataille politique.
Alors que les élections de mi-mandat approchent, ces échanges virulents révèlent les fractures profondes de la société américaine, où l'humour sert de miroir déformant aux divisions partisanes. Nous examinerons les déclarations exactes de Trump, le contexte du segment satirique de Meyers, et l'historique des conflits avec d'autres animateurs comme Jimmy Kimmel et Stephen Colbert. Cette escalade n'est pas seulement une querelle personnelle ; elle soulève des questions cruciales sur le rôle des médias, la régulation gouvernementale et l'impact sur les audiences.
Les Origines de l'Attaque, Le Segment "A Closer Look" de Seth Meyers
Le 30 octobre 2025, lors d'un épisode de Late Night with Seth Meyers, l'animateur a dédié sa rubrique récurrente "A Closer Look" à un discours récent de Donald Trump. Prononcé devant des membres de la marine américaine à bord du porte-avions USS George Washington, près du Japon, ce discours mettait en avant l'obsession de Trump pour la loyauté et des détails techniques comme les catapultes à vapeur des porte-avions. Meyers, connu pour son humour incisif et analytique, a décortiqué ces propos avec une ironie mordante, transformant un sujet aride en une satire hilarante sur l'ego présidentiel.
Particulièrement visé : la préférence de Trump pour les catapultes à vapeur traditionnelles par rapport aux systèmes électromagnétiques modernes. "Nous attachions nos soldats aux fusées, et ils adoraient ça", a imité Meyers d'une voix nasillarde, exagérant l'enthousiasme de Trump pour des technologies datant de la Seconde Guerre mondiale. Ce segment, visionné par des millions en ligne, a rapidement fait le buzz sur les réseaux sociaux, amplifiant la visibilité de l'émission. Mais pour la Maison Blanche, il représentait une provocation intolérable, un affront à l'autorité présidentielle.
Seth Meyers, ancien membre de la troupe Saturday Night Live, a bâti sa carrière sur une critique nuancée de la politique américaine. Depuis 2014, Late Night attire un public jeune et urbain, avec des audiences moyennes de 1,2 million de téléspectateurs par soir en 2025, selon les données Nielsen. Ce n'est pas la première fois que Meyers croise le fer avec Trump ; en janvier 2025, il l'avait déjà qualifié de "bouche de marbre" pour ses discours incohérents. Pourtant, cette fois, la riposte trumpienne a franchi un seuil inédit.
La Riposte de Trump sur Truth Social, Une Diatribe Inflammatoire
Le 1er novembre 2025, Donald Trump a déversé sa colère sur Truth Social, sa plateforme préférée pour contourner les médias traditionnels. Dans un post retentissant, il a décrit Seth Meyers comme "la personne la moins talentueuse à se produire 'en direct' dans l'histoire de la télévision". Notant ironiquement que l'émission est pré-enregistrée, Trump a ajouté : "(Seth Meyers) n'arrêtait pas, comme un véritable fou dérangé. Pourquoi NBC perd-elle son temps et son argent avec un type comme ça ??? – AUCUN TALENT, AUCUNE AUDIENCE, 100 % ANTI-TRUMP, CE QUI EST PROBABLEMENT ILLÉGAL !!!"
Cette déclaration, partagée plus de 500 000 fois en 24 heures, a provoqué un tollé. L'allusion à l'illégalité d'une critique présidentielle évoque des souvenirs sombres, rappelant les tentatives passées de Trump pour museler la presse via la FCC (Federal Communications Commission). En août 2025, Trump s'était déjà insurgé contre le renouvellement du contrat de Meyers jusqu'en 2028, le traitant d'"idiot" dépourvu d'intelligence. Ces attaques répétées ne sont pas anodines ; elles s'inscrivent dans une stratégie plus large de délégitimation des voix dissidentes.
Les supporters de Trump, sur des forums comme Parler et Gab, ont amplifié ces propos, appelant à un boycott de NBC. De l'autre côté, les progressistes y voient une menace autoritaire, comparant cela aux purges médiatiques dans des régimes illibéraux. Selon un sondage YouGov du 2 novembre 2025, 62 % des Américains estiment que ces attaques portent atteinte à la liberté d'expression, un chiffre en hausse de 15 points depuis juillet.
Historique des Conflits, Trump vs. Seth Meyers
La rivalité entre Donald Trump et Seth Meyers remonte à 2011, lorsque Meyers, encore à SNL, avait moqué Trump pour ses théories conspirationnistes sur la naissance d'Obama. Mais c'est sous la présidence Trump 2.0, en 2025, que les hostilités se sont intensifiées. En janvier, un tweet qualifiait Meyers de "remplaçable" ; en août, la rumeur d'extension de contrat a déclenché une nouvelle salve.
Pour contextualiser, examinons un tableau récapitulatif des attaques principales :
| Date | Déclaration de Trump | Contexte |
|---|---|---|
| Janvier 2025 | "Meyers est un idiot avec une bouche de marbre" | Critique d'un monologue sur les discours de Trump |
| Août 2025 | "Aucune audience, aucun talent, aucune intelligence" | Renouvellement de contrat de Meyers |
| Novembre 2025 | "100% anti-Trump, ce qui est probablement illégal" | Segment sur les catapultes à vapeur |
Ce tableau illustre une escalade progressive, passant de l'insulte personnelle à la menace réglementaire. Meyers, dans une interview au New York Times du 3 novembre, a répondu avec humour : "Être sur le radar de Trump, c'est comme gagner un prix empoisonné – flatteur, mais potentiellement fatal."
La Campagne Plus Large, Trump Contre les Late-Night Shows
Ces piques contre Meyers ne sont que la pointe de l'iceberg. Depuis son retour à la Maison Blanche en 2025, Trump mène une croisade contre les animateurs critiques, utilisant la FCC comme arme. En septembre, Jimmy Kimmel a été suspendu une semaine par ABC après des commentaires sur l'assassinat de l'activiste conservateur Charlie Kirk. Kimmel avait accusé les "MAGA" d'exploiter la tragédie pour des points politiques, provoquant la fureur de Brendan Carr, président de la FCC nommé par Trump.
Paradoxalement, cette suspension a boosté les audiences : le retour de Kimmel a attiré 25 millions de vues cumulées sur YouTube et les réseaux, un record pour l'émission. En juillet, The Late Show with Stephen Colbert a été annulé par CBS, suite à une critique de Colbert sur un accord juridique entre Paramount et Trump, qualifié de "pot-de-vin" de 16 millions de dollars. Trump s'est réjoui publiquement : "Bonne nouvelle pour l'Amérique ! Colbert n'a aucun talent."
Les autres hôtes, comme Jimmy Fallon et Jon Stewart, ont formé un front uni. Colbert a déclaré : "Avec un autocrate, on ne peut pas céder un pouce." Stewart, sur The Daily Show, a ironisé sur une "déférence forcée" envers Trump, feignant des louanges exagérées. Ces réactions collectives soulignent la résilience du late-night, un format né dans les années 1950 avec Steve Allen, qui a toujours servi de soupape humoristique à la politique.
Implications sur la Liberté d'Expression et les Médias
Cette "guerre des late-shows" soulève des enjeux constitutionnels majeurs. La Première Amendment protège la satire, mais les menaces de retrait de licences FCC rappellent l'affaire Fairness Doctrine des années 1980. Des experts comme le professeur de droit Cass Sunstein, dans un op-ed du Washington Post, avertissent : "Trump teste les limites de la démocratie en criminalisant la critique."
Du point de vue économique, les late-shows génèrent encore des revenus substantiels via la syndication et le streaming. Late Night avec Meyers a vu ses vues en ligne augmenter de 40 % en 2025, grâce à des clips viraux. NBC défend farouchement son hôte, affirmant que "l'humour est essentiel à la démocratie". Pourtant, la pression politique pourrait inciter les réseaux à l'autocensure, un phénomène observé chez Sinclair Broadcast Group, qui a remplacé Kimmel par un hommage à Kirk.
À l'échelle internationale, ces événements sont scrutés. En Europe, des médias comme la BBC comparent cela à la censure sous Orbán en Hongrie. Un rapport de Reporters Sans Frontières du 2 novembre classe les États-Unis 45e en liberté de presse, en baisse de 10 places depuis 2024, citant explicitement les attaques de Trump.
Impact sur les Audiences et la Culture Populaire
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Malgré les controverses, les late-shows prospèrent auprès des 18-34 ans, démographie clé pour les annonceurs. Un tableau comparatif des audiences post-controverse :
| Émission | Audience Moyenne 2024 (millions) | Pic Post-Controverse 2025 (millions) | Croissance (%) |
|---|---|---|---|
| Late Night with Seth Meyers | 1.1 | 1.8 | +64 |
| Jimmy Kimmel Live! | 1.5 | 3.2 (incl. streaming) | +113 |
| The Late Show with Stephen Colbert (avant annulation) | 2.4 | 4.1 | +71 |
Ces hausses démontrent que la controverse dope les ratings, transformant les animateurs en martyrs culturels. Dans la pop culture, des memes sur les "catapultes woke" de Trump envahissent TikTok, avec plus de 10 millions de vues. Des célébrités comme Ben Stiller et Alyssa Milano ont soutenu Meyers, tweetant #StandWithLateNight.
Historiquement, le late-night a toujours reflété les tumultes sociétaux. Des années 1960 avec Johnny Carson critiquant le Vietnam, à Jon Stewart sur l'Irak, l'humour politique unit et divise. En 2025, face à un Trump revanchard, il devient un bastion de résistance, rappelant que la satire est l'arme des faibles contre les puissants.
Perspectives d'Avenir, Vers une Censure Institutionnalisée ?
Alors que les midterms de 2026 se profilent, cette guerre pourrait s'étendre. Trump a suggéré que d'autres shows comme The Tonight Show de Fallon sont "prochains sur la liste". La FCC, sous Carr, prépare des révisions réglementaires pour "équilibrer" les contenus, un euphémisme pour favoriser les voix pro-Trump.
Les animateurs ripostent avec créativité : Colbert, dans son dernier épisode en mai 2026, prévoit un "tribut à la censure". Meyers, confiant, tease des segments plus audacieux. Pour les audiences, c'est un spectacle captivant, mais pour la démocratie, un avertissement. Comme l'écrivait Mark Twain : "La satire est ce qui referme la plaie ; l'humour ce qui la désinfecte."
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