Début novembre, le passage de Gims dans la cité Pablo-Picasso à Nanterre, pour les besoins d’un tournage de clip, a provoqué une vive réaction des riverains. Nuisances sonores nocturnes, dégradations présumées, absence d’autorisations officielles : l’épisode, largement relayé, met en lumière les tensions persistantes entre productions artistiques et respect du cadre de vie des habitants.
Figure incontournable de la scène musicale francophone, Gims n’en finit plus d’enchaîner les succès commerciaux et les records d’écoute. Pourtant, cette actualité artistique florissante s’est récemment doublée d’une polémique locale qui interroge sur les conditions d’accueil des tournages dans des quartiers emblématiques, habités et classés.
Un artiste au sommet de sa popularité
Depuis son émancipation du collectif Sexion d’Assaut, Gims a construit une carrière solo particulièrement solide. Albums certifiés, tournées à guichets fermés, présence constante dans les classements de streaming : l’artiste s’impose, année après année, comme l’un des chanteurs francophones les plus influents de sa génération.
En 2024, il figure encore parmi les artistes les plus écoutés sur Spotify France. Des titres comme Parisienne ou Ciel confirment sa capacité à fédérer un public large, au-delà des clivages générationnels. Cette dynamique repose notamment sur une stratégie visuelle forte, où le clip musical demeure un levier central de diffusion et de narration.
C’est précisément dans ce contexte de production intensive que s’inscrit le tournage à l’origine de la controverse.
La cité Pablo-Picasso, un décor emblématique et sensible
Située à Nanterre, la cité Pablo-Picasso est reconnaissable entre toutes. Conçue par l’architecte Émile Aillaud, elle se distingue par ses formes organiques et ses célèbres « tours nuages ». Ce patrimoine architectural singulier est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui en fait un lieu régulièrement sollicité par les industries culturelles.
Films, séries télévisées, clips musicaux : les habitants sont habitués à voir leur quartier transformé, ponctuellement, en plateau de tournage. Cette familiarité n’exclut toutefois ni la vigilance ni l’exigence de respect des règles, tant administratives que sociales.
Selon plusieurs témoignages relayés par la presse nationale, le tournage de Gims, intervenu dans la nuit du dimanche 9 novembre, aurait franchi ces lignes de tolérance.
Des nuisances nocturnes dénoncées par les habitants
Au cœur de la contestation : des nuisances sonores qualifiées d’« inadmissibles » par les riverains. Dans un communiqué diffusé par la Confédération nationale du logement (CNL) des Hauts-de-Seine, les habitants évoquent une nuit fortement perturbée.
Le texte décrit des niveaux sonores élevés, mêlant musique amplifiée et bruits mécaniques, qui se seraient prolongés bien après l’heure habituellement autorisée. Les habitants affirment avoir été réveillés, certains empêchés de dormir jusqu’à plus de minuit.
La formule qui a marqué l’opinion résume la situation avec force : « Nous avons subi en pleine nuit des bruits stridents de dérapages de voitures ». Une déclaration qui suggère l’utilisation de véhicules pour des scènes spectaculaires, sans encadrement perçu comme suffisant.
Des dégradations matérielles pointées du doigt
Au-delà des nuisances sonores, les riverains dénoncent des dégradations physiques du site. Des traces de freinage visibles sur la dalle de la cité auraient été constatées après le tournage. Des éléments de décor improvisés, notamment des barils utilisés pour faire du feu, auraient été laissés sur place.
Des photographies ont été prises par le collectif d’habitants afin d’étayer ces accusations. Ces images, selon les auteurs du communiqué, témoigneraient d’un manque de remise en état des lieux à l’issue du tournage.
Dans un quartier classé et symbolique, ces dégradations sont perçues comme une atteinte directe à un patrimoine partagé, mais aussi à l’image du site.
Une coupure d’électricité qui cristallise la colère
L’un des points les plus sensibles soulevés par les habitants concerne une coupure d’électricité survenue pendant plusieurs heures. Selon le communiqué, cette interruption serait directement liée aux installations techniques nécessaires au tournage.
Si aucune confirmation officielle n’a été apportée sur les causes exactes de la coupure, l’épisode a renforcé le sentiment d’injustice exprimé par les résidents. Être privés d’un service essentiel, en pleine nuit, pour les besoins d’un clip musical, a été vécu comme un dépassement inacceptable.
Cette situation pose la question de l’anticipation logistique et de la coordination avec les services municipaux et les concessionnaires d’énergie.
La question des autorisations au centre du débat
Le communiqué de la CNL affirme que le tournage se serait déroulé sans les autorisations nécessaires. Un point crucial, car tout tournage dans l’espace public est soumis à un cadre réglementaire strict, encore renforcé dans les sites classés.
En l’absence d’autorisations officielles, les responsabilités se multiplient : production, prestataires techniques, intermédiaires locaux. À ce stade, aucune communication publique détaillée n’a permis de clarifier les démarches administratives entreprises en amont.
Ce flou nourrit la défiance et alimente l’idée, exprimée explicitement par les habitants, que la notoriété de l’artiste aurait primé sur le respect des règles communes.
Une demande claire, respect et considération
Pour eux, il ne s’agit pas de s’opposer aux tournages ou à la création artistique, mais d’exiger une cohabitation équilibrée, fondée sur la transparence, la concertation et le respect des engagements.
Cette revendication fait écho à d’autres tensions observées dans plusieurs grandes villes, où les quartiers populaires servent de décors attractifs sans toujours bénéficier de retombées positives ou de considération suffisante.
Silence de l’artiste et enjeux d’image
À ce jour, Gims n’a pas publiquement réagi à la polémique. Ce silence, fréquent dans ce type de situation, laisse la gestion du dossier à ses équipes ou à la production concernée.
Sur le plan de l’image, l’enjeu reste toutefois réel. À l’ère des réseaux sociaux et de l’information en continu, ce type d’incident peut rapidement écorner la perception d’un artiste, notamment lorsqu’il touche à des questions de respect et de cadre de vie.
Pour un artiste aussi exposé que Gims, chaque production visuelle engage désormais une responsabilité qui dépasse la seule création artistique.
Un cas révélateur de tensions structurelles
Au-delà du cas individuel, l’épisode de la cité Pablo-Picasso illustre une problématique plus large : celle de l’équilibre entre attractivité culturelle, liberté de création et respect des habitants.
Les collectivités locales, souvent désireuses d’accueillir des tournages pour leur visibilité et leurs retombées économiques, doivent composer avec des populations résidentes de plus en plus attentives à leurs droits.
Ce dossier rappelle enfin que la réussite artistique, aussi éclatante soit-elle, ne dispense jamais du respect des cadres réglementaires et humains.
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