La rentrée audiovisuelle 2024 a marqué un tournant inattendu : Giulia Foïs, figure emblématique de France Inter et sœur de l’actrice Marina Foïs, a été écartée de l’antenne après vingt-cinq années d’ancienneté. Une décision qui suscite incompréhension et réactions dans le monde médiatique. Retour sur son parcours, ses engagements et les raisons de son recours aux prud’hommes.
Un parcours journalistique engagé
Contrairement à sa sœur Marina, qui a choisi les projecteurs du cinéma et du théâtre, Giulia Foïs s’est tournée vers le journalisme sociétal. Elle s’est rapidement imposée comme une voix forte sur les thématiques liées aux droits des femmes, au féminisme et aux luttes contre les violences sexuelles.
En 2024, lors du procès des viols de Mazan, elle s’est fait remarquer par une prise de parole percutante dénonçant la culture du viol. Son soutien aux victimes, notamment à Gisèle Pélicot, a marqué les esprits : elle avait salué « un courage immense » et insisté sur la nécessité de « faire le procès de la culture du viol ».
En marge, une émission emblématique
Pendant plusieurs saisons, Giulia Foïs a animé l’émission En marge, diffusée le samedi soir. Ce rendez-vous hebdomadaire proposait une réflexion sur les enjeux de société contemporains. L’approche éditoriale, souvent axée sur les minorités et les problématiques de genre, avait trouvé un public fidèle.
Cependant, à la rentrée 2024, France Inter a choisi de ne pas reconduire l’émission. Cette décision, prise sans préavis concret, a provoqué une onde de choc, tant pour la journaliste que pour ses auditeurs.
Une éviction brutale dénoncée par Giulia Foïs
Dans une interview accordée au journal L’Humanité le 4 septembre 2024, Giulia Foïs a exprimé sa stupéfaction : « J’ai 25 ans d’ancienneté à Radio France, avec de multiples CDD d’usage, et l’émission s’arrête sans aucun motif, et sans proposition derrière ». Elle considère cette décision comme une exclusion brutale et a décidé de saisir les prud’hommes pour obtenir réparation.
Elle affirme avoir tenté de trouver un compromis avec la direction : « Nous venons de passer quatre mois à essayer de trouver une solution amiable. J’ai été très gentille jusqu’à présent, je n’ai rien dit, ni sur les réseaux, ni à la presse. Parce que j’ai choisi de leur faire confiance ».
La réponse de France Inter
La direction de France Inter justifie ce choix par un renouvellement éditorial. Selon elle, il ne s’agit pas d’un licenciement économique ni d’une sanction liée à l’audience. L’émission En marge a été remplacée par Tapage, un magazine musical animé par Camille Diao.
France Inter affirme avoir proposé d’autres projets à Giulia Foïs, mais selon cette dernière, il ne s’agissait que de « propositions floues ». Ce différend rappelle d’autres affaires similaires dans le paysage radiophonique, comme celle de Noëlle Bréham en 2024, qui avait obtenu gain de cause devant les prud’hommes.
Comparatif, deux affaires emblématiques de France Inter
| Journaliste | Ancienneté | Émission concernée | Raisons invoquées | Recours judiciaire |
|---|---|---|---|---|
| Giulia Foïs | 25 ans | En marge | Renouvellement éditorial | Saisine des prud’hommes |
| Noëlle Bréham | 30 ans | Les P’tits Bateaux | Fin de contrat | Requalification de CDD en CDI |
Un symbole pour les journalistes précaires
L’affaire Foïs met en lumière la précarité des CDD d’usage dans le milieu de l’audiovisuel public. Malgré une fidélité de plusieurs décennies, de nombreux journalistes restent dans une situation contractuelle fragile, sans garantie de stabilité.
Pour les observateurs, cette éviction pourrait devenir un cas emblématique, renforçant le débat autour du statut des pigistes et contractuels à Radio France.
Les soutiens et réactions
De nombreuses voix se sont élevées pour soutenir Giulia Foïs. Ses prises de position courageuses sur les questions féministes et sa rigueur professionnelle lui ont valu une reconnaissance dans le paysage médiatique. Certains dénoncent une « mise à l’écart politique » tandis que d’autres parlent d’un simple choix stratégique de programmation.
Sa sœur Marina Foïs, bien que discrète sur le sujet, symbolise par son parcours artistique parallèle la force d’une famille dont les deux membres se distinguent dans leurs domaines respectifs.
Quel avenir pour Giulia Foïs ?
Alors que son recours aux prud’hommes est en cours, l’avenir professionnel de Giulia Foïs reste incertain. Son expertise et son engagement pourraient toutefois lui ouvrir d’autres opportunités, que ce soit dans les médias indépendants, l’édition ou encore le milieu associatif.
Quoi qu’il en soit, son éviction soulève une question centrale : comment concilier renouvellement éditorial et respect des carrières journalistiques au sein du service public ?
L’exclusion de Giulia Foïs de France Inter dépasse le simple cadre d’un choix éditorial. Elle met en évidence les fragilités du métier de journaliste, même après vingt-cinq ans de carrière. Entre engagement personnel, combat judiciaire et débat sur la précarité dans les médias, ce dossier pourrait devenir une référence dans la réflexion sur l’avenir de la profession.
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