Arte propose en prime time, ce jeudi 1er janvier 2026, Guerre et Paix, fresque monumentale de King Vidor sortie en 1956. Derrière ce classique du cinéma historique se cache une histoire méconnue : Marlon Brando, alors au sommet de sa notoriété naissante, a décliné le rôle principal de Pierre Bézoukhov. Un refus directement lié à Audrey Hepburn, icône absolue du film. Un épisode révélateur des rapports humains, des ego et des sensibilités qui façonnaient Hollywood à l’âge d’or.
À l’heure où Arte remet en lumière ce monument cinématographique, retour sur une décision qui aurait pu bouleverser l’histoire du film — et peut-être celle de ses acteurs.
Arte ouvre l’année 2026 avec un choix ambitieux : diffuser Guerre et Paix en prime time, un pari rare pour un long-métrage de plus de trois heures, adapté de l’œuvre monumentale de Léon Tolstoï. Réalisé par King Vidor en 1956, le film demeure l’une des productions les plus coûteuses et prestigieuses de son époque.
Le récit traverse la Russie impériale au moment des guerres napoléoniennes. Il entremêle destins individuels et bouleversements historiques à travers plusieurs familles aristocratiques, confrontées à l’amour, à la perte et à la guerre.
Au cœur du récit :
- Natasha Rostova (Audrey Hepburn), jeune femme idéaliste, dont l’innocence se heurte à la violence du monde.
- Pierre Bézoukhov (Henry Fonda), héritier maladroit en quête de sens moral.
- Le prince André Bolkonsky (Mel Ferrer), soldat désabusé rongé par la fatalité.
Entre salons mondains et champs de bataille, Guerre et Paix déploie une vision ample, humaine et tragique de l’Histoire.
Un rôle clé promis à une autre légende du cinéma
Avant qu’Henry Fonda n’endosse le costume de Pierre Bézoukhov, le rôle était destiné à une star montante déjà considérée comme un phénomène : Marlon Brando.
Au milieu des années 1950, Brando est l’acteur le plus convoité d’Hollywood. Après Un tramway nommé Désir et Sur les quais, il incarne une nouvelle masculinité, plus brute, plus intérieure, en rupture avec le jeu classique. Les producteurs de Guerre et Paix voient en lui un Pierre Bézoukhov idéal : tourmenté, fragile, en quête de vérité.
Pourtant, contre toute attente, Brando refuse le projet. Officiellement, aucune raison artistique ou contractuelle n’est avancée. La véritable explication est bien plus intime — et profondément humaine.
La raison du refus, Audrey Hepburn
Le refus de Marlon Brando n’est pas lié à un conflit, ni à une rivalité. Il trouve son origine dans une rencontre fugace avec Audrey Hepburn, bien avant le tournage de Guerre et Paix.
Les deux acteurs se croisent une seule fois lors d’un dîner du Syndicat des acteurs. Audrey Hepburn, alors en pleine ascension après Vacances romaines, est assise à côté de Brando. Elle lui adresse un simple et timide « bonjour ».
Marlon Brando, à ce moment-là encore intimidé par le milieu hollywoodien malgré son succès, reste totalement silencieux.
Un silence lourd de sens, mais mal interprété.
Une incompréhension qui durera quarante ans
Amy Hepburn est convaincue pendant des décennies que Marlon Brando l’a volontairement ignorée, voire méprisée. De son côté, l’acteur n’osera jamais dissiper ce malentendu.
La vérité n’émergera que bien plus tard. Alors qu’Audrey Hepburn est hospitalisée en fin de vie, Marlon Brando lui adresse une lettre bouleversante. Il y confesse qu’il ne l’a jamais évitée : au contraire, il était paralysé par une admiration immense.
Il explique n’avoir trouvé aucun mot à la hauteur du respect qu’il éprouvait pour elle. Une timidité profonde, presque enfantine, à l’origine d’un silence interprété comme un rejet.
C’est précisément ce malaise — cette incapacité à se sentir à l’aise face à Audrey Hepburn — qui aurait conduit Brando à refuser de jouer à ses côtés dans Guerre et Paix.
Henry Fonda, un choix par défaut… mais assumé
Après le refus de Marlon Brando, la production se tourne vers Henry Fonda. À 50 ans passés, l’acteur est pourtant loin du profil physique du jeune Pierre Bézoukhov, censé avoir une vingtaine d’années dans le roman de Tolstoï.
Fonda lui-même ne s’en cache pas. Il reconnaîtra plus tard avoir accepté le rôle principalement pour des raisons financières. Le cachet proposé est considérable, et l’acteur est conscient de l’incohérence d’âge.
Ce décalage n’empêchera pas sa prestation d’être saluée pour sa sobriété et son humanité, même si elle divise encore aujourd’hui les puristes de l’œuvre originale.
Audrey Hepburn, cœur émotionnel et jackpot du film
Si Guerre et Paix marque l’histoire du cinéma, c’est aussi grâce à Audrey Hepburn. Son interprétation de Natasha Rostova, tout en grâce et en retenue, s’impose comme l’un des sommets de sa carrière.
Le film constitue également un tournant financier majeur pour l’actrice. Audrey Hepburn perçoit un cachet de 350 000 dollars, le plus élevé de toute sa carrière.
Une somme qui la met profondément mal à l’aise.
Selon son entourage, lorsqu’elle apprend le montant exact, elle refuse d’y croire, estimant ne pas « valoir » une telle rémunération. Elle supplie même son agent de garder le chiffre secret.
Cette réaction illustre un trait constant de sa personnalité : une modestie sincère, en décalage avec son statut d’icône mondiale.
Un film façonné par les choix humains autant que par l’Histoire
Guerre et Paix n’est pas seulement une fresque historique spectaculaire. C’est aussi un film façonné par des décisions profondément humaines : timidités, malentendus, choix économiques et sensibilités personnelles.
Le refus de Marlon Brando, loin d’être un caprice de star, révèle une fragilité rarement associée à son image publique. Il rappelle que derrière les légendes du cinéma se cachent des individus traversés par le doute, l’admiration et parfois l’incapacité de dire ce qu’ils ressentent.
Cette histoire confère aujourd’hui au film une dimension supplémentaire : celle d’un carrefour manqué entre deux des plus grandes figures du cinéma du XXᵉ siècle.
Pourquoi revoir Guerre et Paix aujourd’hui
À l’heure où Arte rediffuse le film, Guerre et Paix résonne avec une actualité toujours brûlante : la fragilité des équilibres politiques, le poids de la guerre sur les destins individuels, et la quête de sens dans un monde en crise.
Revoir ce film aujourd’hui, c’est aussi redécouvrir :
- une mise en scène ample et classique, emblématique du cinéma hollywoodien des années 1950 ;
- un casting prestigieux marqué par des trajectoires humaines singulières ;
- un témoignage précieux sur la fabrique des mythes du cinéma.
Guerre et Paix est diffusé ce jeudi 1er janvier 2026 en prime time sur Arte. Une occasion rare de replonger dans un classique, enrichi par une histoire de cinéma aussi discrète que fascinante.
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