Le 1er janvier 2026, un incendie d’une violence extrême a ravagé le bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, faisant au moins 40 morts et plus d’une centaine de blessés. Alors que l’enquête pénale débute à peine et que le pays est encore sous le choc, les propos très critiques du chroniqueur français Charles Consigny à l’encontre de la justice suisse ont ravivé le débat sur les responsabilités, la sécurité des établissements festifs et la place de la parole médiatique dans le temps du deuil.
Entre émotion collective, exigences de vérité et tensions autour du rôle de la justice, cette tragédie dépasse désormais le seul cadre judiciaire pour interroger un système et une société confrontés à l’une des pires catastrophes civiles de son histoire récente.
Une nuit de fête transformée en catastrophe nationale
La nuit du Nouvel An devait être festive dans la station alpine huppée de Crans-Montana, dans le canton du Valais. Peu après 1h30 du matin, le bar Le Constellation, prisé pour ses soirées festives, est soudainement la proie des flammes. En quelques instants, l’établissement bondé devient un piège mortel.
Selon les premiers éléments communiqués par les autorités suisses, l’incendie aurait été déclenché par des bougies-fontaines fixées sur des bouteilles de champagne, utilisées dans le cadre d’une animation. Les étincelles auraient atteint le plafond recouvert de mousse acoustique hautement inflammable, provoquant une propagation fulgurante du feu.
Les témoignages concordent : la fumée épaisse, la panique et l’obscurité ont rendu toute évacuation extrêmement difficile. De nombreuses victimes auraient succombé à l’inhalation de fumées toxiques en quelques minutes.
Un bilan humain d’une ampleur exceptionnelle
Le bilan est particulièrement lourd. Les autorités ont confirmé la mort de 40 personnes, toutes formellement identifiées dans les jours suivant le drame. Plus de 100 blessés ont été pris en charge par les services d’urgence, dont plusieurs dans un état critique.
Les hôpitaux du Valais ont rapidement été saturés, entraînant le transfert de patients vers d’autres cantons suisses, et pour certains, vers des établissements spécialisés à l’étranger. Parmi les victimes figurent de nombreux jeunes adultes, mais également plusieurs mineurs, ce qui a profondément marqué l’opinion publique.
La Confédération suisse a décrété une journée de deuil national, tandis que des hommages spontanés se sont multipliés à Crans-Montana et dans tout le pays.
Des failles dans les contrôles de sécurité mises au jour
Très rapidement, la question des responsabilités s’est imposée. La commune de Crans-Montana a reconnu publiquement que les contrôles de sécurité obligatoires n’avaient pas été réalisés entre 2020 et 2025, en contradiction avec les règles applicables aux établissements recevant du public.
Ces inspections périodiques sont pourtant destinées à vérifier :
- la conformité des matériaux utilisés,
- le respect des normes anti-incendie,
- la capacité d’évacuation,
- la formation du personnel aux situations d’urgence.
L’utilisation d’un plafond en mousse acoustique inflammable et l’autorisation d’effets pyrotechniques en intérieur soulèvent de lourdes interrogations. Pour de nombreuses familles de victimes, ces manquements constituent déjà une forme de faute grave.
Une enquête pénale en cours, encore à ses débuts
Le Ministère public valaisan a ouvert une enquête pénale pour homicide et blessures par négligence visant les gérants de l’établissement, ainsi que toute personne ou entité susceptible d’avoir failli à ses obligations.
Les enquêteurs cherchent notamment à établir :
- qui a autorisé l’installation des bougies-fontaines,
- si les matériaux du plafond respectaient les normes en vigueur,
- le rôle des autorités locales dans l’absence de contrôles,
- les conditions exactes d’évacuation.
Les autorités judiciaires suisses rappellent que l’enquête prendra du temps et que la présomption d’innocence s’applique à toutes les personnes mises en cause.
Charles Consigny attaque frontalement la justice suisse
C’est dans ce contexte encore extrêmement sensible que le chroniqueur et avocat français Charles Consigny est intervenu, le 5 janvier 2026, sur l’antenne de RMC.
Interrogé sur la gestion judiciaire du drame, il a tenu des propos très sévères :
« Ils ont 40 personnes qui meurent brûlées dans leur établissement et ils disent qu’ils ont eu des contrôles et qu’ils n’ont rien à se reprocher. C’est indécent. Je trouve la justice suisse molle. »
Des déclarations tranchées, formulées alors même que l’instruction venait à peine de débuter, et qui ont immédiatement suscité de vives réactions.
Une polémique sur le timing et la légitimité des critiques
Sur les réseaux sociaux et sous les extraits de l’émission, de nombreux internautes ont dénoncé ce qu’ils estiment être une prise de position prématurée.
Un auditeur a notamment écrit :
« Mais l’enquête est en cours. Attends le procès avant de dire que la justice est molle. Pourquoi parler toujours sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas ? »
Cette réaction illustre une fracture récurrente dans le traitement médiatique des faits divers : d’un côté, une exigence de fermeté et de réponses immédiates ; de l’autre, le rappel des principes fondamentaux de l’État de droit.
Plusieurs juristes suisses ont souligné que la justice helvétique fonctionne selon des délais et des procédures strictes, souvent plus discrètes que dans d’autres pays, mais pas nécessairement moins rigoureuses.
Un débat plus large sur la sécurité des lieux festifs
Au-delà de la polémique médiatique, l’incendie de Crans-Montana relance un débat de fond en Suisse et en Europe sur la sécurité des lieux de fête.
Plusieurs questions émergent :
- Les contrôles sont-ils suffisamment fréquents et indépendants ?
- Les sanctions en cas de manquement sont-elles dissuasives ?
- L’usage d’effets festifs en intérieur doit-il être plus strictement encadré ?
Des comparaisons sont déjà établies avec d’autres drames survenus dans des discothèques ou bars à travers le monde, où l’association de matériaux inflammables, de sur-fréquentation et d’effets pyrotechniques a conduit à des bilans catastrophiques.
Entre émotion, justice et responsabilité médiatique
La tragédie de Crans-Montana met également en lumière le rôle délicat des commentateurs médiatiques face à des événements encore en cours d’instruction. Si la colère et l’indignation sont compréhensibles au regard de l’ampleur du drame, elles se heurtent aux exigences de prudence et de rigueur juridique.
Pour les proches des victimes, l’urgence reste avant tout la vérité, la reconnaissance des fautes éventuelles et la garantie que de tels drames ne puissent se reproduire.
L’enquête devra déterminer si les responsabilités sont individuelles, institutionnelles ou systémiques. En attendant, la Suisse traverse un moment de recueillement et de remise en question profonde.
Un drame appelé à marquer durablement le pays
L’incendie du bar Le Constellation s’inscrit déjà comme l’un des événements les plus tragiques de l’histoire contemporaine suisse. Au-delà des chiffres, ce sont des vies brisées, des familles endeuillées et une confiance ébranlée dans les dispositifs de sécurité.
Alors que la justice suit son cours, le débat public, lui, ne fait que commencer. Il interroge la responsabilité des exploitants, des autorités, mais aussi celle de la parole médiatique à l’ère de l’émotion instantanée.
Un équilibre fragile, entre exigence de vérité, respect du temps judiciaire et devoir de mémoire.
Commentaires
Soyez le premier à commenter cet article !