Dans le paysage musical français, certaines chansons transcendent le simple divertissement pour devenir des symboles de changements sociétaux profonds. C'est le cas de "L'Assassin Assassiné", un titre poignant composé par Julien Clerc en 1979, qui sert aujourd'hui d'hommage vibrant à Robert Badinter, figure emblématique de l'abolition de la peine de mort en France. Le 9 octobre 2025 marque un moment historique : l'entrée de Robert Badinter au Panthéon, 44 ans jour pour jour après la promulgation de la loi abolissant la peine capitale. À cette occasion, Julien Clerc a été invité à interpréter cette chanson, rappelant son engagement contre une pratique jugée barbare. Cet article explore en profondeur l'histoire derrière cette œuvre, la vie de ses protagonistes, et son impact durable sur la culture et la société françaises. Nous plongerons dans les détails pour comprendre comment une mélodie peut influencer l'histoire nationale.
La Biographie de Julien Clerc, Un Parcours Musical Légendaire
Julien Clerc, de son vrai nom Paul-Alain Leclerc, est né le 4 octobre 1947 à Paris. Issu d'une famille où la musique occupait une place centrale – son père travaillait à l'UNESCO et sa belle-mère était claveciniste – il a développé très tôt une passion pour le piano et la composition. Son enfance à Bourg-la-Reine, en banlieue parisienne, a été marquée par une éducation musicale mêlant classique et chanson populaire. À l'adolescence, il commence à composer ses premières mélodies, influencé par les grands noms de la chanson française comme Georges Brassens et Jacques Brel.
La carrière de Julien Clerc décolle véritablement en 1968 avec son premier single "La Cavalerie", qui connaît un succès immédiat. Ce titre, avec ses accents pop et ses paroles poétiques, annonce une discographie riche de plus de 26 albums studio. En 1969, il reçoit le Prix de l'Académie Charles Cros pour son premier album, confirmant son talent émergent. La même année, il est propulsé sur le devant de la scène grâce à son rôle principal dans la comédie musicale "Hair", un spectacle révolutionnaire qui capture l'esprit de la contre-culture des années 60. Ce rôle non seulement booste sa popularité mais lui permet aussi de signer un contrat majeur avec une maison de disques, marquant le début d'une ère de succès ininterrompus.
Au fil des décennies, Julien Clerc enchaîne les hits : "Ce n'est rien", "La Californie", "Ma préférence", pour n'en citer que quelques-uns. Sa voix distinctive, mêlant émotion et puissance, lui vaut une reconnaissance intergénérationnelle. Malgré une seule Victoire de la Musique remportée, son influence sur la scène musicale française est indéniable. Clerc n'hésite pas à aborder des thèmes sociétaux dans ses chansons, comme l'écologie ou les injustices sociales, ce qui le distingue des artistes purement commerciaux. À 78 ans, il continue de tourner et d'inspirer, prouvant que la musique peut être un vecteur de réflexion profonde.
Robert Badinter, L'Homme qui a Changé la Justice Française
Robert Badinter, né le 30 mars 1928 à Paris et décédé le 26 septembre 2024, reste une icône de la lutte pour les droits humains en France. Professeur de droit et avocat renommé, il s'est fait connaître pour son opposition farouche à la peine de mort. Issu d'une famille juive originaire de Bessarabie, il a vécu les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, perdant son père dans les camps nazis. Cette expérience personnelle a forgé son engagement pour une justice plus humaine.
Avocat au barreau de Paris dès 1951, Badinter défend des causes célèbres, souvent contre l'opinion publique. En 1972, il sauve son client Roger Bontems de la guillotine, mais c'est en 1977 qu'il marque l'histoire en obtenant l'acquittement de Patrick Henry, condamné pour le meurtre d'un enfant. Sa plaidoirie magistrale, où il argue que "la peine de mort est une vengeance sociale", pave la voie à l'abolition. Nommé Ministre de la Justice par François Mitterrand en 1981, il prononce le 17 septembre un discours légendaire à l'Assemblée nationale : "La justice française ne sera plus une justice qui tue." Le projet de loi est adopté le 18 septembre par 363 voix contre 117, et promulgué le 9 octobre 1981.
Badinter ne s'arrête pas là : il réforme le Code pénal, abolit les tribunaux d'exception et promeut les droits des détenus. Plus tard, comme Président du Conseil constitutionnel (1986-1995), il consolide ces avancées. Son entrée au Panthéon en 2025 honore non seulement son combat contre la peine capitale mais aussi son legs pour une société plus juste. Des personnalités comme Guillaume Gallienne, Marina Hands et Julien Clerc ont participé à la cérémonie, soulignant l'impact transversal de son œuvre.
Le Contexte Historique de l'Abolition de la Peine de Mort en France
L'abolition de la peine de mort en France est le fruit d'un long combat idéologique et politique. Dès la Révolution française de 1789, des voix comme celles de Robespierre s'élèvent contre la guillotine, mais elle persiste. En 1848, la peine est abolie pour les crimes politiques, une avancée maintenue jusqu'en 1939. Cependant, au XXe siècle, des exécutions publiques choquent l'opinion, comme celle de Christian Ranucci en 1976 ou d'Hamida Djandoubi en 1977, la dernière en France.
Les années 1970 voient un débat intense : sondages montrent une majorité favorable à la peine capitale, mais des intellectuels comme Victor Hugo (qui l'avait déjà dénoncée au XIXe siècle) influencent le mouvement abolitionniste. Badinter, inspiré par ces prédécesseurs, mène la charge. L'élection de Mitterrand en 1981, avec l'abolition comme promesse clé, accélère le processus. Le discours de Badinter, salué comme l'un des plus grands de l'histoire parlementaire, argue que la peine de mort est inefficace contre la criminalité et contraire aux valeurs républicaines. Aujourd'hui, la France est un pilier de l'abolition mondiale, avec Badinter comme symbole.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1848 | Abolition pour crimes politiques |
| 1976 | Exécution de Christian Ranucci ; sortie de "Je suis pour" de Michel Sardou |
| 1977 | Dernière exécution en France (Hamida Djandoubi) |
| 1979 | Composition de "L'Assassin Assassiné" par Julien Clerc |
| 1981 | Abolition promulguée le 9 octobre |
| 2024 | Décès de Robert Badinter |
| 2025 | Entrée au Panthéon et performance de Julien Clerc |
L'Origine de la Chanson "L'Assassin Assassiné"
"L'Assassin Assassiné" n'est pas née par hasard. En 1979, Julien Clerc, inspiré par une plaidoirie de Badinter qu'il a assistée, décide de composer ce plaidoyer musical contre la peine de mort. Les paroles, écrites par le légendaire Jean-Loup Dabadie, dépeignent les derniers instants d'un condamné, humanisant le criminel et questionnant la barbarie de l'exécution. Initialement une maquette présentée à la télévision, la chanson suscite un tollé : le standard téléphonique explose de réactions.
Sortie en 1980 sur l'album "Sans Entracte", elle n'est pas exploitée en single mais reçoit une lettre de félicitations de Badinter lui-même, que Clerc regrette d'avoir perdue. L'artiste insiste : ce n'est pas une chanson politique, mais sociétale, visant à émouvoir plutôt qu'à militer. Clerc raconte avoir été marqué par l'ambiance tendue au tribunal, où le public réclamait la mort, contrastant avec l'éloquence de Badinter. Cette expérience personnelle infuse l'œuvre d'une authenticité rare.
Comparaison avec la Chanson de Michel Sardou, Deux Visions Opposées
Quatre ans avant "L'Assassin Assassiné", Michel Sardou sort "Je suis pour" en 1976, un titre controversé où un père endeuillé appelle à la vengeance et à la peine de mort. Les paroles crues – "Je veux ta mort : je suis pour !" – choquent et divisent, certains y voyant un plaidoyer pour la capitale, bien que Sardou affirme qu'il s'agit d'une fiction sur la douleur paternelle.
Les médias opposent rapidement Clerc et Sardou, créant un duel symbolique : l'un humanise le condamné, l'autre exprime la rage des victimes. Clerc reçoit même des lettres critiques, comme celle d'une dame outrée, à qui il répond que les artistes combattent avec l'émotion. Sardou, de son côté, défend son droit à la provocation. Cette confrontation reflète le débat sociétal des années 70-80, où la musique devient un miroir des tensions. Aujourd'hui, ces chansons illustrent l'évolution des mentalités, avec l'abolition comme victoire de l'humanisme.
L'Impact Culturel et Sociétal de la Chanson
"L'Assassin Assassiné" transcende la musique pour devenir un hymne officieux de l'abolition. Sortie deux ans avant la loi de 1981, elle contribue à sensibiliser le public, humanisant un débat souvent abstrait. Clerc la décrit comme une œuvre exigeante, longue de plus de six minutes, demandant un engagement physique intense – raison pour laquelle il l'a rarely interprétée en tournée récemment.
Culturellement, elle marque un tournant où les artistes s'engagent sur des enjeux majeurs. Influencée par Dabadie, un parolier de génie, elle s'inscrit dans une tradition française de chansons engagées, comme celles de Brassens ou Ferré. Son impact perdure : en 2025, lors de la panthéonisation, une version raccourcie à quatre minutes, avec piano et claviers, émeut l'assistance. La chanson rappelle que l'art peut influencer les lois et les cœurs, favorisant une société plus compassionnelle.
La Performance au Panthéon, Un Moment d'Émotion Collective
Le 9 octobre 2025, Julien Clerc monte sur scène au Panthéon pour une "version expurgée" de sa chanson, gardant l'essence en quatre minutes avec des arrangements modernes. "Un très grand honneur", confie-t-il, ayant rencontré Badinter seulement trois fois mais admirant son parcours. La cérémonie, sobre et solennelle, inclut des lectures par des acteurs de la Comédie-Française et un discours d'Emmanuel Macron, soulignant l'héritage de Badinter.
Clerc se souvient des discussions avec Badinter dans un train, après une plaidoirie impressionnante. Cette performance n'est pas anodine : elle lie musique et histoire, rappelant comment une chanson de 1979 résonne encore en 2025. Les réactions sont unanimes : émouvante, elle renforce le message d'humanité contre la vengeance d'État.
L'histoire de "L'Assassin Assassiné" et de son lien avec Robert Badinter illustre le pouvoir de la culture dans les transformations sociales. Julien Clerc, à travers cette œuvre, a contribué à un débat crucial, aidant à humaniser une pratique abolie il y a 44 ans. Aujourd'hui, alors que la France célèbre Badinter au Panthéon, cette chanson reste un témoignage vivant de l'évolution des valeurs républicaines. Que ce soit par la musique, le droit ou la politique, ces figures nous rappellent que le progrès naît de l'empathie et du courage. Pour les fans de Julien Clerc, des billets pour sa tournée sont disponibles sur des plateformes comme Fnac et Ticketmaster – une occasion de revivre ces émotions en live.
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