Le parquet espagnol a officiellement classé la plainte pour agressions sexuelles déposée contre le chanteur Julio Iglesias, estimant ne pas avoir compétence pour juger des faits allégués survenus aux Bahamas et en République dominicaine. Cette décision, rendue publique le vendredi 23 janvier, met un terme à l’instruction judiciaire en Espagne, tout en relançant le débat sur la juridiction applicable aux affaires transnationales impliquant des célébrités.
Une plainte déposée par deux anciennes employées
La plainte, enregistrée en Espagne le 5 janvier 2026, émane de deux anciennes employées de Julio Iglesias, affirmant avoir été victimes d’agressions sexuelles et de harcèlement sexuel. L’une d’elles a également évoqué des faits pouvant être qualifiés de viol auprès des médias qui ont révélé l’affaire.
Les plaignantes, toutes deux non espagnoles et résidant hors du territoire national, ont choisi de porter l’affaire en Espagne, où la législation est perçue comme plus favorable aux victimes dans ce type de dossiers, selon les organisations Amnesty International et Women's Link Worldwide, qui les accompagnent.
Décision motivée par l’incompétence territoriale
Le parquet de l’Audience nationale, juridiction spécialisée dans les affaires sensibles à Madrid, a précisé que la justice espagnole ne pouvait pas se déclarer compétente. Selon le document officiel consulté par l’AFP, « les victimes n’étant pas espagnoles et n’habitant pas en Espagne, la personne accusée ne vivant pas non plus sur le territoire espagnol et les faits ne s’étant pas produits en Espagne, la justice espagnole ne peut pas être compétente. »
La juridiction espagnole ne pourrait intervenir que si le pays où les faits ont eu lieu refusait ou était incapable d’enquêter, ce qui n’a pas été démontré dans ce cas.
La défense de Julio Iglesias
Depuis la révélation de l’affaire mi-janvier, l’avocat du chanteur, José Antonio Choclán, avait insisté sur « l’absence de compétence juridictionnelle espagnole pour les faits dénoncés ». Selon lui, les agressions alléguées se seraient produites entre janvier et octobre 2021 dans les résidences de Julio Iglesias situées en République dominicaine et aux Bahamas. Les plaignantes, tout comme le chanteur, n’étant pas domiciliées en Espagne, il a estimé que « les éventuels délits devaient être poursuivis sur le lieu de leur commission. »
Le conseil a également précisé qu’il n’est « pas possible qu’il soit accordé à la victime un droit d’option sur la juridiction qui lui serait la plus commode », rappelant le principe fondamental de territorialité du droit pénal international.
Répercussions médiatiques et témoignages
En début de semaine, Julio Iglesias a diffusé sur ses réseaux sociaux des captures d’écran de messages échangés avec les plaignantes, révélant leur identité. Cette démarche a été perçue comme une tentative de transparence mais a également relancé le débat sur la protection de la vie privée des victimes dans les affaires de célébrités.
Le parcours artistique de Julio Iglesias
Né en 1943, Julio Iglesias demeure une icône de la chanson internationale. Artiste phare des années 1970 et 1980, il a connu un succès mondial avec des titres comme Je n’ai pas changé et Pauvres diables (Vous les femmes). Avec des centaines de millions d’albums vendus, il reste l’un des artistes hispanophones les plus prolifiques de l’histoire, consolidant son image de séducteur à travers le monde.
La décision de la justice espagnole intervient alors que la question de la compétence territoriale dans les affaires de harcèlement et d’agressions sexuelles transnationales devient de plus en plus cruciale, notamment lorsque des figures publiques sont impliquées.
Perspectives juridiques
- Les faits allégués restent susceptibles d’être examinés par les juridictions des Bahamas ou de la République dominicaine.
- Les ONG impliquées continuent d’assister les plaignantes dans leurs démarches pour garantir l’accès à la justice, quelle que soit la juridiction compétente.
- Cette affaire souligne les défis liés aux enquêtes internationales sur les violences sexuelles, particulièrement lorsque les victimes et les auteurs sont de nationalités différentes et résident dans des pays distincts.
Si la plainte est classée en Espagne, elle pourrait rouvrir la discussion sur la coopération judiciaire internationale et les mécanismes de protection des victimes de crimes transfrontaliers.
Enjeux sociétaux et médiatiques
Le classement de cette plainte intervient dans un contexte où la société espagnole et internationale demeure attentive à la responsabilité des personnalités publiques face aux accusations d’abus sexuels. L’affaire, médiatisée dès sa révélation, met en lumière la tension entre célébrité, légalité et droits des victimes, et pose la question de l’accès à la justice dans un cadre transnational complexe.
Pour le public, cette décision ne constitue pas une absolution morale du chanteur mais rappelle les limites des juridictions nationales face aux crimes supposés commis à l’étranger, soulignant l’importance d’une coopération internationale renforcée pour traiter ces dossiers avec équité et rigueur.
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